La genèse de l'homme de Dieu

ENFANCE ET JEUNESSE -- NOTES DE JEUNESSE

Le Père Marie-Joseph Le Guillou est originaire de Servel, petite commune des Côtes d'Armor, aujourd'hui intégrée à Lannion. Il naquit le 25 décembre 1920 et le recteur de Servel eût voulu le prénommer Emmanuel. Ses parents étaient d'origine modeste. Sa mère était couturière ambulante dans les fermes, son père second maître fourrier dans la  Marine nationale ; il terminera cependant sa carrière comme administrateur civil à l'Institut national de la Statistique. Ils en décidèrent autrement et l'appelèrent Marcel. Au retour du père après une campagne de plus deux ans en Chine et au Japon, où il assista au tremblement de terre de Yokohama en 1923, la famille s'installa à Brest où le jeune Marcel devait faire ses études primaires et sa première communion (communion solennelle) en 1930. Ce fut ensuite Paris, au 106 rue Lemercier, puis 22 rue Brochant en 1937.


"Toute
ma vie baigne - pour ce qu'il y a de bien en elle -  dans la lumière mariale :
elle va depuis mon baptême certainement (25 décembre 1920) mais plus consciemment, depuis ce premier chapelet récité avec maman dans l'après-midi vers 5 heures (5 à 7 ans) jusqu'à cette présence vivante de Marie dans ma vie avant l'entrée au noviciat.

Communion privée : importance extraordinaire, plus exactement importance calme et profonde qu'elle  a eu à mes yeux. Je crois que dés ce moment, pour le fond, je me suis totalement donné. Appel à être prêtre (9-10 ans) : là, encore, je crois que c'est un appel marial.

C'est un appel dans le mystère de l'intérieur : il ne me semble pas que ce soit l'activité extérieure du prêtre qui m'ait attiré, mais le mystère même du prêtre, le mystère même du Christ dans le prêtre."



un reportage de Servel

En octobre 1931, après un succès à l'examen des Bourses, il entra au Lycée Carnot où il fit toute sa scolarité secondaire, de 1931 à 1938 : études brillantes, ses bulletins scolaires l'attestent, sauf en gymnastique qui ne fut jamais sa matière forte. D'une manière générale, les trimestres se terminaient presque toujours par les félicitations du Conseil de discipline. On lit effectivement sur l'un des bulletins : " trimestre, dans l'ensemble, très bien employé". En octobre 1938, il entra au lycée Henri IV pour préparer l'École Normale Supérieure.

"Toute mon enfance n'est qu'une longue préparation dans la pauvreté, le renoncement : comme j'aime l'humilité et l'exemple de travail donné par papa et maman ;
une longue préparation dans la foi, qui a été pour moi, dés ma communion privée sans doute, mais très consciemment dés l'âge de 10 ans, le bien suprême.

Grâces mariales de foi pour passer à travers toutes les difficultés. Tout cela, pour ces désirs que vous avez creusés en moi. Mon Dieu, vous seul savez combien vous m'avez donné de prier pour le salut du monde, pour les âmes des pécheurs, vous savez avec quelle ferveur vous m'avez donné de réciter la grande oraison de Sainte Catherine de Sienne pour le salut des âmes : 

«  O Passion, objet de mes désirs - Délicieuses et très douce passion -O divin médecin, donne-nous donc de ces autres Christs qui s'épuisent en veille, en larmes, en prières pour le salut des âmes ». "

 

La guerre, en 1939-1940, modifia ses projets. Les classes préparatoires quittent Paris et sa famille revient vers Servel, son père étant mobilisé comme lieutenant dans l'intendance. Il devint alors professeur au petit séminaire Saint-Joseph de Lannion, responsable d'une classe de 3e classique, surveillant aussi la scolarité en 6e de son frère cadet dans le même établissement. A cette époque - et même bien avant - sa vocation religieuse est affirmée. Il a toujours déclaré que l'exemple d'une mère très pieuse en était l'origine.

 

"Importance de deux saints dans ma vie : sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et sainte Catherine de Sienne.

Alors que depuis plusieurs mois, je n'arrivais pas à parler à mes parents de ma vocation, c'est le jour de sainte Catherine de Sienne que maman m'a dit : « Alors, Marcel, je crois que tu veux toujours devenir prêtre ?»
Sainte Catherine de Sienne et son amour pour l'Église. C'est déjà, mais je ne m'en doutais pas alors l'amorce de ma vocation. "

Octobre 1940 aurait dû être la date de son entrée dans l'ordre de Saint Dominique. Les événements en décidèrent autrement, deux surtout : un accident de la hanche survenu à son frère cadet Louis en mai 1940 - il dû être plâtré neuf mois, allongé dans son lit - le fit se dévouer comme professeur de son frère ; de plus son père insistait pour qu'il terminât sa licence de lettres classiques. En juin 1941, il passa avec succès son dernier certificat de licence, celui de grammaire et de philologie. C'est octobre 1941 qui marqua son entrée dans l'ordre des Dominicains, rue de la Glacière. Malgré la joie de sa nouvelle vie, toute consacré à Dieu, tout n'est pas toujours gai dans ces années de restrictions et de contrainte de l'occupation allemande le S.T.O. en particulier.

 

"Dans les derniers mois de mon noviciat surtout, soif des âmes, soif dévorantes. Je sens que cette soif ardente du salut des âmes jaillit du plus profond de cette vie contemplative que Dieu approfondit sans cesse en moi.

La guerre, grâce à Dieu, m'a fait prendre conscience aiguë du pur idéal de catholicité. Noviciat simple : bombardement de Renault - Joie du bombardement. Deuxième bombardement : je commence à souffrir du bombardement. Non, j'aime trop mes frères. Nous n'avons pas le droit d'employer de pareils moyens. La nouvelle de tous les bombardements me fait terriblement souffrir.

Mon Dieu, vous m'avez donné ainsi d'aimer tous mes frères. De plus en plus, j'aime les Allemands, je préférais dire mes frères d'Allemagne, j'aime les Russes, les Anglais. "

  Puis après la licence en théologie, ce sont à partir de 1946, les ordres mineurs, majeurs, la prêtrise en juillet 1947, avec une messe solennelle à Sainte Marie des Batignolles l'église de son adolescence, à Servel, sa paroisse natale où il fit plusieurs beaux sermons en breton, sa langue maternelle : « Quelle joie,écrit-il le 21 août 1947, j'ai eu à retrouver Servel et tout son petit monde, à vous retrouver tous et à me retrouver prêtre au milieu de vous ! Je n'ai qu'un désir comme je l'ai dit le jour de ma première grande messe : être au milieu de vous un homme qui vous aide à comprendre combien l'amour de Dieu est grand ».

 

 

 

 

 

"Être comme un frère auprès de son frère : ne pas faire semblant de faire le chemin. Nous avons le chemin à faire ensemble, tous les deux, dans la lumière de Dieu. J'ai à faire le chemin avec mon frère, pour mon frère. J'aime mon frère et je veux faire avec lui tout le chemin, sans être pressé, simplement pour le faire avec lui, pour lui - parce que je l'aime.

Total désintéressement, total amour.
Il n'y a pas de problème pour moi, mais il y a un problème pour mon frère c'est pour cela qu'il y a un problème pour moi.

Parce que j'aime mon frère, je dois être avec lui, là où il est, comme il est, avec seulement en moi le témoignage du Christ et de son amour. L'incarnation, c'est cela, être avec les hommes là où ils sont. Problème en moi parce que je l'aime, parce qu'il est moi et que Dieu me l'a donné comme ce qu'il a lui de plus précieux, parce que le Christ est venu sauver ce qui était perdu. Parce que la charité est trop forte en moi. Présence ou problème par la charité du Christ, d'où jaillira la lumière.
Je suis avec mon frère et de toutes mes forces, de toute mon âme, je veux pour lui la lumière."

 


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