2 novembre

Journée de prières pour tous les fidèles défunts

Is25,6a-9 Ps 70 Rm6,2-13 Jean 11,17-27

 

Sur quelle espérance pouvons-nous nous appuyer face à la mort ?

Le Christ est-il vraiment notre vie ? Quelle est notre foi ?

... La Résurrection du Christ se manifeste dans la vie de l’Église. Au soir de la Résurrection, Jésus donne à ses apôtres son pouvoir de remettre les péchés. Il ne donne pas son pouvoir mais « son » propre pouvoir de remettre les péchés, et cela parce qu'il leur dit : « Recevez l’Esprit-Saint » (Jn 20,22). C’est le même Esprit-Saint dont le Seigneur nous a entretenus durant sa vie terre qui est avec lui, auprès du Père.

Sa victoire sur le péché donne sens à la victoire sur la mort.
« Le Christ ressuscité ne meurt plus » (Ro 6,9), c'est le gage du triomphe du Christ sur le péché. La victoire sur la mort est une garantie de la victoire sur le péché. C’est un triomphe éclatant si bien que le Christ ressuscité peut dire avec vérité : « Paix à vous » (Jn 20, 19-21). Nous entendons cette parole à chaque Eucharistie : réalisons-nous que c’est la mort du Christ mort et ressuscité ?

Lorsqu'il remporte la victoire sur le péché, sur Satan et sur la mort, le Christ est enveloppé de toute notre faiblesse et c’est vraiment en aimant jusqu'au sacrifice sans mesure qu'il nous a sauvés. Le Christ engage l'Église à faire de même, c’est-à-dire à vivre de cet amour du Père jusqu'au don total et au terme de sa pâque, il promet le triomphe. La Résurrection dans l’Église inaugure le saut promis à tous et à toutes les nations.



L’ILLUMINATION DE LA VIE CHRÉTIENNE


Notre vie chrétienne est illuminée dans la Résurrection par le baptême et l’Eucharistie. La Résurrection resplendit désormais sur chaque baptisé puisqu'il nous rend participants de la gloire du Ressuscité. L’hymne baptismale de l’épître au Ephésiens le proclame « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera » (Eph 5,14).

La plus ancienne tradition de l’Église nous enseigne que le baptême est l’illumination, c’est-à-dire c’est la source du renouvellement de tout notre être dans la lumière du Christ ressuscité.
Cette lumière irradie en nous la gloire du Père, dans la présence de l’Esprit. C’est un renouvellement de l’être dans la Trinité elle-même. C’est une nouvelle naissance. Au baptême, nous sommes vraiment transfigurés par une énergie nouvelle, une énergie donnée parle Christ ressuscité. Que faisons-nous de cette énergie ?

Nous participons à la vie du Christ plus forte que la mort. Nous confessons et nous partageons sa vie plus forte que la mort, agissant dans nos esprits illuminés par la présence de Jésus-Christ et agissant aussi dans nos corps mortels promis à la gloire de la Résurrection. Dans le Christ ressuscité, nous communions à l’intimité personnelle du Dieu Créateur, nous sommes recréés, donc nous sommes en communion avec le Dieu créateur et en passant par l’Église, nous collaborons à son action dans le monde, c’est-à-dire au salut du monde. Tenir toujours les deux !

Certes, malgré notre baptême, nous ne sommes pas totalement soustraits au péché et à la mort. Le péché continue à tenter l’homme. Cependant, ce qui fait le propre de notre condition de baptisés, c’est que nous sommes sauvés en espérance. Et l’espérance, nous dit Saint Paul, est la garantie des biens que l’on ne voie pas. Nous sommes « cachés avec le Christ en Dieu » (Col 3,1) ou encore « Nous sommes ressuscités avec le Christ » (Col 2,12) et aussi « Nous sommes transférés du Royaume des ténèbres dans son Royaume de lumière » (Col 1,13). Tout nous est possible !
Si nous sommes toujours soumis aux déterminismes de ce monde, nous en sommes cependant arrachés par la puissance de l’Esprit, à condition de bien le vouloir et de se laisser faire par l’Esprit qui nous unit de plus en plus à la vie même de Dieu par la résurrection du Christ. Il s’agit de se laisser illuminer de l’intérieur. Il faut que cette énergie reçue au baptême fructifie. C’est une énergie de lumière et cette lumière est une force ! Rappelons-nous la transfiguration du Christ !

Cela demande un dépouillement de nous-mêmes pour croître de plus en plus spirituellement. Quelles que soient les épreuves, petites ou grandes, nous devons vivre de la certitude du triomphe. La Résurrection est le gage que nous sommes renés et que tout le mal est condamné à mort. Cela ne supprime pas la souffrance mais toute souffrance a un sens et un accomplissement dans la vie même de Dieu. Toute souffrance est transitoire. Lorsque nous souffrons, nous risquons de rester rivés à nous-même alors qu'il faut se laisser faire par la puissance du Saint-Esprit. Nous avons la possibilité d’atténuer les effets du baptême mais l’Esprit-Saint nous appelle à aller plus avant à la rencontre du Christ ressuscité.

Nous sommes illuminés aussi par l’Eucharistie. L’Eucharistie nous met au cœur de la Pâque du Christ : elle nous ouvre à sa vie. L’Eucharistie nous unit à la vie même du Christ et c’est là que nous pouvons retrouver l’énergie de notre baptême et en approfondir ses effets. Ainsi l’Eucharistie fait reculer en nous le péché et le scandale de la mort. ; elle fait éclater nos limites pour donner le champ à Dieu. Notre participation au mystère eucharistique nous fait grandir dans la présence du Verbe qui habite en nous, présence incréé qui occupe le fond intime de notre cœur. Mais on a le droit de se poser la question : est-ce vraiment le Verbe, la présence incréé du Verbe qui occupe vraiment le fond de notre cœur.

Rappelons-nous les paroles de Jésus dites à Marthe : « Une seule chose est nécessaire » (Jn 10,42). Jésus ramène toujours à l’essentiel, c’est-à-dire au Père. C’est une annonce de ce qu'il fera dans tous les cœurs après la Résurrection. Ce n’est pas nous qui pouvons y arriver, mais lui peut tout.

Avons-nous soif de devenir dans notre corps et notre esprit, de plus en plus spirituels ?
Voulons-nous de plus en plus être animés par l’Esprit-Saint, donc par l’amour même de Dieu ?
Nous préparons-nous suffisamment à recevoir l’Eucharistie pour nous laisser dépouiller par elle et trouver ainsi le véritable amour ?


En nous laissant habiter par l’Esprit-Saint, l’Eucharistie nous rend de plus en plus conformes au Christ glorifié pour que nous puissions avec lui, mourir et ressusciter.
Appliquons-nous à mieux cerner cette lumière de la Résurrection à travers toute note vie chrétienne. Celle-ci doit être une Pâque incessante. Mourir avec le Christ pour pouvoir ressusciter, cela veut dire mourir au péché toujours un peu plus, afin de vivre pour Dieu dans l’Esprit que nous donne sans cesse le Christ. C’est aussi mourir à nous-mêmes, à tous nos égoïsmes, à toutes nos fermetures, n’avoir soif que de renaître à Dieu, que de découvrir toujours plus, en y participant, l’amour du Père.
Si nous disons « Abba, Père ! » parce que nous sommes réellement fils avec le Fils,
sommes-nous assez assoiffés de vivre de l’amour du Père ?
La Résurrection transfigure-t-elle toute notre vie ? Nos relations humaines ?
Ne voyons-nous pas trop nos propres limites mais aussi celles des autres ?
Si Jésus avait ainsi agi, nous ne serions pas sauvés ! Le salut du monde se joue dans notre propre cœur. Pour cela il faut laisser le Christ ressuscité sauver en plénitude notre cœur. C’est à la mesure de notre pauvreté, à la mesure de notre acceptation de se recevoir entièrement du Père et de se donner tout entier aux autres.(...)

L'Église est le peuple chrétien, le peuple saint qui participe au sacerdoce du Christ c’est-à-dire à sa médiation et à sa sainteté. Elle attend cette transfiguration glorieuse : « Quand le Christ sera manifesté, lui qui est notre vie, alors vous serez, vous aussi, manifestés avec lui pleins de gloire » (Col 3,4) Ce n’est pas une proposition vague, c’est une réalité que nous connaîtrons et que nous connaissons déjà pour autant que nous nous laissions emporter par cette consécration au Père : voilà le point capital. Dans l’événement de la Résurrection, il n’y a que joie car c’est l’aboutissement de toute l’histoire : tout est récapitulé dans le Christ ressuscité. La lumière transfigure toutes les ténèbres : les ténèbres n’existent plus.
Il est temps de lire ce teste de Saint Chrysostome qui, dans l'Église d’Orient, est solennellement proclamé un peu comme nous Exultet dans la nuit de Pâques :

« Que tout homme pieux et aimant Dieu se réjouisse dans cette belle et lumineuse solennité,
que le serviteur prudent entre avec allégresse dans la joie de son Maître,
que celui qui a fait effort pour observer le jeûne reçoive maintenant le denier promis,
que l'ouvrier de la première heure s'avance pour recevoir son dû,
qu'il rende grâce aussi l'ouvrier de la troisième heure et qu'il soit en fête,
et celui de la sixième heure, qu'il n’ait aucun doute : de son salaire rien ne sera retenu.

Qu'il s’approche sans hésitation, sans crainte, l'ouvrier qui a tardé jusqu'à la neuvième heure ;
et celui qui n'est apparu qu'à la onzième heure, qu'il ne s’effraie pas de ce retard
car le Seigneur est généreux. Il accueille le dernier comme le premier ;
à l'ouvrier de la onzième heure il accorde son repos (le repos, c’est la communion avec Dieu)
comme à l'ouvrier de la première heure.
Plein de miséricorde envers le dernier, de complaisance envers le premier,
il donne à l'un et fait présent à l'autre.
Il agrée l'œuvre terminée et donne à l'intention son achèvement ; il estime les actes et les désirs.

C’est pourquoi, entrez tous dans la joie de votre Maître :
premier ou second, prenez votre récompense.
Riches ou pauvres, tous ensemble, soyez en fête.
Vous qui avez pratiqué l'abstinence et vous qui l'avez négligée, honorez ce jour.
Que vous ayez ou non observé le jeûne, exultez aujourd'hui.
La table du festin est prête, venez tous y prendre part.
Le veau est engraissé : que personne ne parte affamé.
Délectez-vous tous au banquet de la foi, recueillez toutes les richesses de la miséricorde.

Que personne ne déplore sa pauvreté car il est apparu le Royaume qui appartient à tous.
Que personne ne gémisse plus sur ses fautes puisque le pardon a jailli du tombeau
Que personne ne redoute la mort, celle du Sauveur nous a libérés ;
lui qui fut son prisonnier, il l'a écrasée ;
lui qui descendit aux enfers, il les a domptés ;
la mort qui avait le goût de sa chair, il l'a frappée.
Isaïe d’ailleurs l'avait prédit : l'enfer a été frappé de mort lorsqu'il le rencontra sous terre.

Frappé de mort, l'enfer, parce que vous l'avez anéanti ;
frappé de mort parce que vous l'avez tué ;
frappé de mort parce que vous l'avez terrassé ;
frappé de mort parce que vous l'avez enchaîné.
Il vous considère comme chair et voici qu'il rencontre un Dieu,
comme terrestre et c'est le ciel qu'il voit,
comme créature visible et sur l'invisible qu'il tombe !

Où est ton aiguillon, ô mort ?
Enfer, où est donc ta victoire ?
Le Christ est ressuscité et tu es humilié ;
le Christ est ressuscité et les démons sont tombés ;
le Christ est ressuscité et les anges se réjouissent ;
le Christ est ressuscité et la vie demeure ;
le Christ est ressuscité, plus de mort dans les tombeaux
car le Christ a surgi d'entre le morts, lui le premier d’entre eux.
A lui la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ! »


Le triomphe de la vie éclate dans ce texte dont il faut admirer le crescendo extraordinaire qui part de l’homme pieux, du serviteur prudent, de l’ouvrier de la première à la onzième heure : la vie est pour tous, plein de miséricorde et de sagesse.

En Dieu il n’y a pas de juste milieu comme en nous : on se donne un motif et on verra après. En lui lorsqu'il a vaincu la mort, il donne avec largesse et il donne plus qu'on ose espérer. Personne ne déplore sa pauvreté. Maintenant tout est vu du côté de Dieu et tout est repris que ce soit sur le plan individuel et spirituel, que ce soit sur le plan social etc … tout est repris dans le Christ ressuscité. La vie est victorieuse de tout parce que lui, le Fils de Dieu, a été frappé, terrassé, est mort et l’ennemi suprême de Dieu, l’enfer - c'est le diable - a été terrassé en ce sens qu'il a toujours cru tomber sur quelqu'un de visible, de limité et il a été terrassé parce que c'est le ciel lui-même qui s'est entr’ouvert avec lui.

C’est un chant admirable de vérité, d’amour et d’espérance. Délectons-nous tout au banquet de la foi : c’est une invitation à prendre conscience qu'à chaque Eucharistie, c’est la Résurrection que l'on proclame : mystère de foi !

(Extrait du livre : Le sens de notre vie. Parole et Silence )

Prières pour nos défunts

 

 

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