2 février

Présentation de Jésus au Temple

Malachie 3, 1-4 ; Ps 23 ; Luc 2, 22-40

 

Cette fête est une proclamation merveilleuse
de la lumière qui éclaire nos vies.
C'est la seule lumière qui puisse nous transformer
jusqu'au fond de notre être
puisque c'est la lumière même qu'est le Christ.

Le Christ est venu dans le Temple. Il est venu en précurseur, si je puis dire, pour rencontrer le Temple ! En vérité, le Temple, c'est lui, le Christ, qui sera détruit pour être reconstruit. Le Christ vient dans le Temple pour se faire reconnaître par Siméon, le prophète qui attendait la consolation d'Israël, c'est-à-dire sa libération. L'Esprit-Saint était sur lui et lui avait révélé qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Messie du Seigneur.



Et que dit Siméon, après avoir pris dans ses bras l'Enfant-Jésus ? Goûtez ce texte, il est merveilleux : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple ». Siméon annonce l'universalisme du salut. Il annonce la lumière qui va éclairer tous les hommes jusqu'au tréfonds de l'humanité. Il annonce le serviteur qui va se livrer pour tous les hommes : c'est celui qui est vraiment la paix et la lumière.

Si l'Église aujourd'hui insiste solennellement sur la lumière, c'est parce qu'elle est un prélude à la Passion et à la Résurrection. La Résurrection est là puisque Siméon voit le salut préparé pour tous les peuples, les nations païennes comme les juifs. Pour que l'Église soit celle des juifs et des païens, il fallait que le Christ abatte le mur de la haine qu'il y avait entre Israël et le peuple païen et qu'ensemble, ils s'ouvrent à l'amour.

Nous sommes ces païens que le Seigneur a appelés. Nous sommes ces païens que le Christ a délivrés pour nous faire entrer dans sa lumière. « Je suis la lumière » dit Jésus (Jn 9, 5) et en conséquence il nous dira aussi : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14).

Être la lumière du monde : mesurons-nous ce que cela signifie ?
Être la lumière du monde pour éclairer les hommes,
donner le sens des vraies valeurs,
donner les sens de vérités profondes de la foi, du mystère de Dieu.

Remarquez que cette lumière étonnante se fait dans un petit enfant. Il y a là un paradoxe comme il y n'en est pas d'autre : le Seigneur se fait petit enfant. Le Seigneur de l'univers se fait le petit des petits : il vient se présenter au Temple comme n'importe lequel des enfants d'Israël. Oui, il y a un paradoxe étonnant et merveilleux : la lumière est si petite et si grande qu'elle est la lumière même de Dieu. La plénitude de la lumière de Dieu est là, en Jésus. C'est son père et sa mère qui viennent le présenter au Temple et déjà se profile à l'horizon la Passion.

Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui, nous dit saint Luc. Et voilà que Siméon, s'adresse à Marie en lui disant : « Vois, ton fils, qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et, toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ». Remarquez la formule : « Vois, ton fils qui est là ». Elle est à rapprocher de la parole du Christ sur la croix adressé à Jean : « Voici ta mère ».

C'est le mystère de cette femme qui s'appelle Marie, qui englobe toute l'Église et qui porte en elle le mystère du Seigneur, mystère de la lumière vivante, mystère de la lumière qui peut être signe de division. Pourtant, on, dit spontanément que la lumière doit faire l'unité mais la lumière est accueillie ou non dans chaque cœur et c'est pour cela qu'elle est motif de division. C'est pourquoi le cœur de Marie sera brisé par le nom de Dieu, pour être glorifié par le cœur de Dieu. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes de son coeur.

l'Église nous fait lire aujourd'hui le très beau texte de la lettre aux Hébreux qui nous explique comment le Seigneur s'est fait le sauveur de chacun d'entre nous. Il est venu souffrir avec nous, porter avec nous notre péché pour nous l'enlever. Il a voulu devenir semblable à nous excepté le péché. Pour chacun de ses frères, le Seigneur a voulu être le grand prêtre miséricordieux, compatissant ; il a voulu connaître nos souffrances, nos misères. Dieu n'est pas extérieur à sa création, il est entré jusqu'au bout dans ce mystère de compassion d'Israël, ce mystère de compassion de l'humanité, et il a voulu souffrir jusqu'au bout l'épreuve de sa passion pour venir en aide à ceux qui subissent l'épreuve. Car la vie est une épreuve : vous n'avez qu'à lire le livre de Job pour savoir à quel point cette épreuve peut provoquer un cri de souffrance, un cri de douleur, un cri d'innocence et en même temps un cri d'impuissance.

Le Seigneur se présente au Temple. Il est là, celui qui s'offrira librement sur la croix. Ce petit enfant s'offre déjà, il dit à son Père : « Me voici, Père, pour faire ta volonté ». Nous sommes pris dans le tourbillon de l'amour divin, dans le plus haut degré d'amour qu'il y a entre le Père et le Fils. Nous sommes pris dedans et en conséquence, nous sommes appelés à partager la souffrance même du Seigneur.

L'Évangile est à la fois merveilleusement joyeux et merveilleusement douloureux : les deux aspects nous sont donnés en cette fête de la Présentation de Jésus au Temple. Il nous est demandé de pénétrer ce mystère dans lequel le Seigneur a voulu partager notre condition humaine pour réduire à l'impuissance l'ennemi du genre humain. Le Christ s'est livré pour nous, s'est donné pour nous. Aujourd'hui, c'est la fête de la présentation du don que le Père nous fait en son Fils et en Marie.

Alors que la joie du don éclate dans notre cœur ! La messe est la joie du don total, elle va faire de nous des êtres nouveaux, des êtres incandescents de la chair de Dieu, si je puis m'exprimer ainsi, incandescents dans la gloire de Dieu et la souffrance humaine, les deux à la fois. Nous n'avons pas le droit de biaiser, ces deux aspects du mystère du Christ nous sont donnés pour que grandissent en nous la joie, l'amour, le don. Ne cherchons pas autre chose : l'Évangile est simple, de la simplicité des pauvres, de la simplicité des simples, de la simplicité de Siméon qui reconnaît l'Enfant-Jésus, celui qui vient sauver les nations.

Avez-vous pensé à cet homme qu'est Siméon ?
Dieu lui avait promis qu'il verrait le Messie du Seigneur ! Quelle merveille !
Cet homme s'abaisse devant ce petit enfant et voit son Seigneur ! Nous devons, nous aussi, nous abaisser devant nos frères et reconnaître en eux le mystère du Seigneur.

Je voudrais vous demander humblement de nous aimer comme le Seigneur nous aime, de nous aimer avec cette gravité que le Seigneur met dans ses actes, avec cette gravité qui le mettra aux pieds de ses apôtres et qui le mènera à la croix. Crions au Seigneur que nous voulons cette charité, cette joie, cette paix, cette lumière ; même si cela doit nous faire souffrir, qu'importe, pourvu que le Seigneur nous apprenne à l'aimer jusqu'au bout de l'amour. Laissons-nous transpercer par la lumière. Je me souviens d'un berger grec qui chantait sous le ciel de son pays : « La plus belle chose du monde, c'est la lumière ». C'est vrai ! La plus belle chose du monde, c'est la lumière à condition que ce soit la lumière de la croix qui se transforme en résurrection.

Cette lumière du Christ doit entrer en nous et nous transformer. Demandons au Seigneur de nous donner la lumière de son Père et de nous y rendre fidèles. Alors tout nous sera donné et nous serons dans l'amour de Dieu, des êtres extraordinaires. Le monde a besoin d'êtres extraordinaires dans l'ordinaire, dans le quotidien. En pensant à tous les martyrs de ce monde, nous devons demander au Seigneur d'être des pauvres, des humbles qui crient leur foi au Seigneur, qui s'offrent dans l'amour à leurs frères, qui se donnent pour eux. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères. Amen !

(Extrait du livre : L'amour du Père révélé dans sa Parole.
Homélies, année A.
Parole et Silence )

 

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