Année C

Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, année C

Genèse 14, 18-20 1 Co 11, 23-26 Luc 9, 11-17

 

 

Tout au long de sa vie, le Seigneur a revécu le mystère de son peuple depuis la tentation au désert jusqu’au mystère de la croix et de la résurrection, accomplissement de son mystère.

Le texte très simple de Luc nous met devant la réalité prophétique de l’Eucharistie. Il est évident que c’est la signification de ce que veut le Christ : « il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde ».

Le Seigneur mesurait dans quelle détresse se trouvait tous ces hommes. Nous sommes dans la traversée du désert et Jésus vient lui-même nous nourrir. Avez-vous remarqué l’ironie qu’il a à l’égard de ses disciples en leur disant : « Donnez-leur vous-même à manger ». Les disciples ne mesurent pas du tout ce que va faire le Seigneur et disent tout simplement : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons… ». Le Seigneur veut nous montrer qu’il est la nourriture de son peuple. Il nous la donne avec surabondance, et dans cette traversée du désert qu’est notre vie, il y a la présence du Seigneur dont nous parle St Paul. C’est le texte même de l’institution de l’Eucharistie et vous remarquez que Saint Paul dit simplement. « Je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition  qui vient du Seigneur ». Ce n’est pas une invention de Paul, c’est une entrée dans la tradition qui est en même temps un acte. Ce n’est pas simplement une tradition orale, mais une tradition dans les gestes même du Christ. Les disciples les referont pour vivre du mystère même du Christ : « Le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, prit du pain puis ayant rendu grâce, il le rompit et dit : ‘’ Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi ‘’. Après le repas, il fait de même avec la coupe : ‘’ Cette coupe est la nouvelle alliance, établie par mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ».

Le mystère du Christ est le don absolu qu’il fait de son humanité à son Père. Celui-ci nous a donné son Fils pour le livrer à la mort. Il ne faut pas entendre cela comme une sorte de masochisme, le Père au contraire est celui qui donne son Fils pour qu’il nous mette dans la joie et la paix.

« Faites cela en mémoire de moi ». Il ne s’agit pas d’une mémoire au sens psychologique, il s’agit d’une institution qui éclate devant Dieu parce que c’est le cœur même de la vie du Seigneur, ce qu’il a à nous donner, c'est-à-dire tout lui-même. Il vient se donner. Il donne tout. C’est le don et le sacrifice mais le sacrifice pris dans sa dimension fondamentale d’offrande au Seigneur, d’offrande dans la lumière de Dieu. Chaque fois que nous proclamons la mort du Seigneur, nous la proclamons jusqu’à ce qu’il vienne. Ce mémorial, cette institution divine nous met devant le Christ rendu présent sur nos autels, au milieu de nous, dans nos cœurs.

Le Christ nous fait don de son corps et de son sang ; par ce don nous devenons tout don pour Dieu ou si vous voulez, notre être doit s’engager totalement en Dieu. Le Seigneur se livre à nous et cela nous ouvre à l’horizon du monde entier où Abraham était, dans la Genèse, béni par Melkisédek, roi de Salem qui apporte du pain et du vin car il était prêtre du Très-Haut. A l’horizon de l’Eucharistie, il y a la plénitude de Dieu envahissant la plénitude de nos vies et c’est là notre joie.

Je voudrais aussi souligner l’affirmation du Christ « Ceci est mon corps » n’est pas pour un moment. Il ne se donne pas pour passer. Il se donne pour que nous le mangions, véritable festin des noces. Nous sommes, avec le Christ présent dans l’Eucharistie, comme si nous étions au pied de la croix, contemporains de la croix, engagés dans le mystère de la croix. L’Eucharistie nous garde en la présence du Christ et nous pouvons l’adorer parce que c’est la personne total du Christ qui est là. Et tous ensemble en lui, nous formons qu’un seul corps.

Nous avons à être des offrandes vivantes, transfigurées dans la lumière de l’Esprit. Dans la tradition orientale, chaque fois que le corps du Christ est reçu, il est dit « Nous avons reçu le Saint-Esprit ». Tous nos actes sont ainsi repris dans la présence de l’Esprit, enveloppés et transfigurés par cette présence de l’Esprit. Le Père nous demande notre sacrifice spirituel et l’Eucharistie n’a d’autre sens que de faire de nous des eucharisties.

Demandons d’entrer dans ce mystère d’actions de grâces, ce mystère de reconnaissance. Nous nous reconnaissons dans le Christ. Laissons le Seigneur agir en nous, laissons se déployer la vitalité de la grâce, cette vitalité de la force divine qui peut tout, qui est splendeur et lumière dans nos vies.

L’alliance, c’est l’Eglise. L’alliance, c’est ce corps du Christ qui nous prend tous, et chaque fois que nous communions, c’est nous-même que nous recevons, comme dit St Augustin. Nous nous recevons nous-même de Dieu et ce qu’il faut apprendre, c’est à nous recevoir tous ensemble dans sa lumière. Lorsque nous communions, ce n’est pas seulement le Christ que nous recevons mais c’est le corps tout entier du Christ, ce corps qui est vraiment la vie du monde.

Proclamons la mort  et la résurrection jusqu’à ce qu’il vienne. La résurrection transfigure déjà nos vies, elle nous fait devenir tout neufs. C’est elle qui nous attire. C’est elle qui nous accomplie dans la joie et la paix de Dieu. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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