14 septembre

Fête de la Croix glorieuse

Nombre 21, 4-9 Phlippiens 2, 6-11 Jean 3, 13-17

 

La fête de la Croix glorieuse, de la croix qui nous mène au ciel, est vraiment pour nous le révélateur du visage du Père.

Dans les discussions que les Juifs ont avec Jésus, ce dernier prononce ces mots : « Avant qu’Abraham fût, je suis ». C’est un grand scandale, puisque les juifs lui disent : « Tu es un homme et tu veux te faire Dieu ». Le défi est là : le scandale d’un homme qui se prétend Dieu. Et le scandale est toujours là même s’il a quelquefois changé de sens dans le monde moderne. Dieu apparaît comme celui qui a soif de sang, qui demande la mort de son Fils pour, en quelque sorte s’affirmer lui-même. Ou d’autres prétendent que l’homme a tellement besoin de refuge face à la détresse qu’il construit un Christ qui est toute obéissance, plein de sécurité, ou encore certains disent que le Christ est un être qui n’a pas pris la condition humaine jusqu’au bout : il n’a pas assuré sa réalité d’homme, il manifeste un caractère inachevé.

Pourtant, l’Evangile est d’un merveilleux et singulier équilibre. Il nous montre, comme Paul, que c’est dans la liberté que tout se joue. Ce Dieu que l’on accuse est Dieu, qui au contraire se donne librement par amour, en se désappropriant de tout lui-même. La liberté divine est affirmée par Paul de façon magistrale : « Le Christ Jésus, qui était de condition divine, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Il est libre et décide librement de venir dans notre monde et de s’abaisser jusqu’à la mort sur la croix. La liberté du Christ est infinie, elle s’affirme jusqu’au cœur du mal. Il n’y a pas la moindre trace d’un Fils qui soit, en quelque sorte, annihilé par son Père.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais que pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Ce que l’Evangile affirme, c’est vraiment l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est libre, l’amour existe entre le Père et le Fils de toute éternité et se projette dans le monde. Mais attention, ce n’est pas une sorte de projection de notre part, de notre imagination, ce n’est pas une construction de rêve ou un refuge que nous créerions contre notre détresse. L’Evangile n’a absolument pas ce sens-là. C’est l’affirmation d’un amour fou qui vient rejoindre l’humanité dans son désert, non pas fictif, mais réel, le désert de nos pauvres cœurs non converties au mystère de Dieu. Il y a une liberté infinie dans l’acte du Christ, dans l’acte de Dieu et c’est le même. Le Christ ne regarde que son Père, il fait tout ce que veut son Père, il est tout tourné vers son Père et il s’abandonne constamment à son Père non pas pour se fermer sur lui-même mais bien pour donner la vie.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique ». C’est un amour qui se donne, un amour libre, un amour désintéressé, un amour désapproprié de lui-même. Ce n’est pas une captation, une emprise. Non. C’est tout simplement l’amour dans sa beauté, dans sa joie.

Ce que je vous demande de découvrir dans la croix, c’est la plénitude du mystère trinitaire, cette plénitude qu’il y a entre le Père et le Fils. « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie ». La croix n’est pas une échappatoire, la croix n’est pas un refuge. Aimer le dialogue d’amour infini entre le Père et le Fils qui existe de toute éternité et c’est au cœur de cet amour que Dieu veut nous introduire. Si nous y croyons, que se passe-t-il ? L’ouverture de nous-même à Dieu, la Parole définitive qui jaillit du plus profond de Dieu pour chacune de nos vies.

Un dialogue. Un dialogue d’amour infini entre Dieu et nous, un dialogue dramatique à cause de nos péchés, mais l’amour du Seigneur triomphe de tout : « Tout homme qui croira en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». Nous avons la vie éternelle, nous avons le Père. « Celui qui a le Père, a le Fils » nous dit St Jean. Pensez-vous vraiment qu’au cœur de chacune de nos vies, il y a le Père ? Celui qui est à l’origine de tout, de tout amour, de toute vérité, de toute justice. Croyons-nous que nous avons ce qu’il y a de plus précieux, de plus extraordinaire, de plus invraisemblable : le Père ! Il est au plus intime de nous-mêmes, il nous invite à manifester son amour et à marcher à pas d’amour dans la foi !

Dieu est-il pour vous vraiment Dieu ? Ce Dieu qui se livre, qui se donne à l’infini parce qu’il aime, qu’il est le seul qui aime et que toutes les critiques entendues n’atteindront jamais l’Evangile. C’est une structure théologale où il y a un dialogue éternel entre le Père et le Fils, un dialogue éternel ouvert sur tous les hommes pour les introduire dans son mystère. 

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Le mal, la souffrance et la mort sont absorbés dans l’amour de Dieu. Tout est pris dans l’amour de Dieu. Il n’ y a pas de plus grandes affirmations que celle de St Paul aux Philippiens : « Dieu l’a élevé au dessus de tout : il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms » c'est-à-dire que le Père a donné au Fils sa propre nature donc son nom. Rappelez-vous dans St Jean, le Christ dit : « J’ai révélé ton nom » c'est-à-dire qui tu es, mystère de profondeur d’amour infini. Dieu a livré son être, il l’a livré jusqu’au bout. Toute sa conduite n’a de sens que par là. Elle ne s’explique que par la croix. Et c’est pourquoi, elle est glorieuse. C’est en se livrant pour nous qu’il nous offre le salut et qu’il nous donne la vie bienheureuse en germe dans nos vies et qui s’épanouira dans sa gloire.

Croyez-vous que la vie éternelle est là au cœur de vous-mêmes, plus forte que tout, dépassant tout, entraînant tout et traversant notre vie et notre liberté ? Cela, nous ne pouvons le découvrir que sur la croix : « Quand vous m’aurez élevé de terre, vous saurez que je suis ». Je suis Yahvé, je suis le mystère de Dieu, je suis la transparence de Dieu. Le Père donne son Fils et le Fils nous donne son Père. C’est paradoxal, il n’ y a pas de rivalité, il n’y a pas de négations du Fils dans son Père, il y a l’égalité parfaite dans l’amour et la vérité.

L’eucharistie est une poursuite du dialogue entre le Père et le Fils, dans la vérité de notre chair humaine. Au cours de sa célébration, nous demanderons au Seigneur d’être notre vie, notre amour, notre justification, notre paix, et d’être entraînés dans cet amour infini. 

« Ô Christ, nous t’adorons, Ô Père nous te bénissons, par ta croix tu as racheté le monde ». La croix, c’est Dieu ouvert. Demandons au Seigneur que cette croix bénie nous ouvre la vérité de notre vie et nous ouvre le ciel. Nous nous retrouverons dans la vie éternelle et nous découvrirons le visage que Dieu a voulu pour nous de toute éternité. Ayons dés maintenant le visage que Dieu a voulu pour nous de toute éternité. Ayons dés maintenant le visage illuminé par la gloire du Père, par la gloire du Fils, par la gloire de l’Esprit. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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