15 août

Assomption de la Vierge Marie

 

On a souvent accusé le christianisme de donner trop de place à Marie et de déviriliser le christianisme. Mais par ailleurs, on a accusé le christianisme de ne pas faire sa place à la femme et de ne pas lui donner toute l’importance qu’elle a. Ces accusations contradictoires touchent le cœur même du mystère du Seigneur et nous montrent ce qui est en jeu : c’est le cœur de l’évangile, c’est le cœur du mystère de Dieu, transmis par son Fils, né de la Vierge Marie et ressuscitée désormais avec lui.

Nous croyons que le Fils de Dieu s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie et nous croyons que tout ce que Marie a fait est conforme à ce que veut le Seigneur. La correspondance incessante au plus profond de son être de femme à la volonté de Dieu sur elle constitue un mystère étonnant, celui de Marie. Correspondance absolument totale, correspondance inconditionnelle à ce que veut le Seigneur : toute la vie de Marie n’est que cette correspondance qui va jusqu’au Mystère de Dieu et qui la fait entrer dans la gloire.

Marie est ressuscitée ! Marie est ressuscitée comme son Fils, elle est auprès de lui. La première chose qui nous vient à l’esprit en posant cette affirmation est que le ciel existe. Le ciel existe parce que Marie et le Christ sont vivants, parce que désormais éternellement, il y a au cœur du mystère de Dieu, une femme, une femme glorifiée dans sa chair.

Quel étonnement ! Mesurons-nous ce que nous affirmons en disant que Marie est glorifiée auprès de son Fils, glorifiée auprès du Père, glorifiée dans la joie, glorifiée pour toujours ? Marie est toute entière cachée dans le mystère de Dieu et elle est là pour nous faire passer tout entiers dans le mystère de Dieu !

Vous n’aimerez jamais trop Marie ! Je crois que beaucoup de modernes ne comprennent pas la place de Marie dans l’Eglise. Volontiers ils diraient que saint Paul n’en parle que pour dire que Jésus est né de la femme, que cela suffit bien au regard de l’Eglise qui lui donne trop de place. Mais je crois que c’est un contresens absolument complet sur l’évangile. Car, au cœur, au plus profond de l’évangile, il y a Marie. Il y a Marie parce que c’est elle qui a accepté que son Fils soit conçu en elle pour nous, pour la croix, pour la gloire. Tout a dépendu de son oui à l’appel du Père. « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Tout s’oriente vers le moment que nous fêtons aujourd’hui, où Marie est glorifiée auprès du Père, ressuscitée, auprès du Père.

Nous avons à aimer Marie : non pas comme une dévotion qualifiée négativement de « pieusarde » mais comme un amour qui nous ouvre au mystère de Dieu. Nous ne pouvons pas contempler le mystère de Dieu sans Marie parce que tout simplement, que tout commence avec elle, et je dirais volontiers en un sens, tout se termine en elle. Tout est donné en Marie. Nous pouvons contempler le Mystère entier du salut en Marie, ce mystère entier qui est la joie de Dieu, ce mystère qui est vraiment notre joie et qui est la joie de toute l’Eglise.

En ce jour, l’Eglise exalte le Seigneur, comme Marie, et son esprit exulte en Dieu son Sauveur. Nous sommes des êtres qui doivent découvrir la place que Marie occupe dans nos vies. Oh, c’est une place à la fois toute cachée et à la fois toute illuminée de partout et transformant toute chose en les transfigurant. C’est une présence discrète, infiniment discrète, comme dans l’évangile. On ne parle pas beaucoup de Marie et pourtant elle est là, toute présente, toute donnée, toute livrée, toute stabilisée au cœur du mystère de son Fils et c’est elle qui demandera à son Fils le miracle des noces de Cana auquel correspondra le mystère des noces de la croix.

Marie annonce au monde que le Seigneur vient transformer les cœurs de pierre en cœurs de chair, que les noces de Jésus avec l’humanité vont commencer et que tout est déjà là, que tout est déjà donné.

En Marie, il y a un mystère de douceur infinie que nous avons à proclamer. Marie est la douceur même, la douceur du Père, la douceur du Seigneur. La douceur n’est pas si facile dans le monde dans lequel nous vivons, monde d’agonie, monde de torture, monde de mal et de souffrances. Le monde est envahi par la peur, le monde est envahi par la violence, mais Marie est là. Marie est celle qui est passée par l’agonie et la violence, qui a passée par cette agonie jusqu’au bout, qui s’y est livrée. Mesurons-nous à quel point le Seigneur a livré son Fils à la violence ? Tout l’évangile est rempli de cette virulence, de ces attaques incessantes contre le Christ, et Marie les connaît. Elle est là, debout au pied de la croix, dans la violence suprême, dans la violence dérisoire, placée dans la dérision même de son Fils. Elle est là, toute présente, et c’est dans cette présence que s’exprime le mystère de Dieu.

Dieu nous appelle à comprendre la douceur. Si l’on nous accuse de faiblesse, comme l’a fait Nietzsche et tant de philosophes depuis, si l’on nous accuse de prôner les vertus de faiblesse, il faut que nous disions, du plus profond de notre cœur, que nous sommes pour les vertus de faiblesse, que nous sommes pour cette douceur infinie qui coule du cœur de Dieu, mais qui ne se réalise que par la croix. Nous devons être pris par cette douceur. La douceur de Marie, c’est la douceur de Dieu. C’est cette épiphanie dans le monde de cette douceur infinie. C’est cette manifestation de cette douceur que seul le Seigneur donne, de cette douceur qui est la sienne et dans laquelle il nous enveloppe.

Nous sommes des êtres extraordinaires si nous laissons faire ce que veut le Seigneur en nous. Nous croyons que dans ce monde de mal et de souffrances, la toute-puissance de Dieu est victorieuse. Dieu est Dieu. Nous avons à porter dans notre cœur les souffrances de ce monde avec Marie. Et si nous fêtons aujourd’hui son Assomption, c’est pour prendre sur nous toutes les misères du monde, c’est pour les prendre jusqu’au bout, pour les laisser nous transformer et faire que l’amour soit l’amour. Il y a l’amour dans le cœur de Dieu. Il est amour ! C’est ce que nous avons à comprendre. Nous n’avons pas d’autre chose à découvrir.

J’aime Marie et je voudrais vous le crier ! J’aime Marie et je voudrais vous dire à quel point le Seigneur, par elle, peut transformer la vie. J’aime Marie, et je sais ce que peut faire Marie au cœur d’une vie. Tant qu’on n’a pas découvert Marie, on n’a pas découvert le christianisme, on n’a pas découvert ce qui est au cœur de l’évangile, cette tendresse si douce, cette tendresse infinie, cette tendresse d’une Mère qui est le reflet de l’amour du Père.

Il faut que nous laissions l’amour de Dieu nous prendre, cet amour qui est infini, cet amour qui est – oh ! Je ne sais pas comment vous dire- celui qui peut descendre au plus profond de votre cœur et vous donner la richesse suprême qui est la richesse de la pauvreté. Marie est une pauvre ! Elle veut que nous soyons des êtres livrés à Dieu, livrés à la puissance de l’amour. Que nous soyons, à sa suite, capables de comprendre l’amour qui s’exprime dans le Fils.

Découvrir l’amour ! Je ne vous souhaite qu’une chose, c’est d’aimer à l’infini, aimer sans mesure, aimer comme le Seigneur peut donner d’aimer. Cela ne fait pas de bruit mais c’est pourtant la réalité du monde. Le monde est fondé sur l’amour du Père. C’est ce que nous avons à proclamer. Ce n’est pas ce qui apparaît mais c’est ce qui est le plus vrai. Au plus fort de la tempête, au plus fort des absurdités que nous connaissons, il y a l’amour infini de Dieu, l’amour qui passe tout, l’amour qui passe à travers toutes les faiblesses des hommes, qui passe à travers même tous les crimes des hommes et qui nous livre à Dieu.

Marie a chanté son magnificat dés le début de la vie de son Fils. Elle a chanté son amour. Nous aussi, au cours de l’Eucharistie, nous chanterons l’amour infini. Je vous le répète : il n’ y a pas d’autre réalité au monde sinon l’amour. En cette fête de l’Assomption, je voudrais vous appeler à entrer dans le secret du Père. Que votre vie soit cachée en Dieu et que vous découvriez que l’amour est plus fort que tout et que le dragon rouge n’a aucune influence dans nos vies si nous nous livrons au Seigneur.

Il faut nous souvenir du Seigneur à chaque instant de nos vies. Il faut penser au Seigneur et se livrer à lui, être des hommes pauvres livrés à Dieu, transparents à Dieu. Ensemble, si vous le voulez bien, nous demanderons au Seigneur, au cœur de l’Eucharistie d’entrer dans le mystère de la croix et de la résurrection, d’y entrer de toutes nos forces, ou plutôt celles de Dieu, et d’être les enfants du Père. Nous ferons alors comme Marie ; au plus profond de notre cœur l’allégresse de Dieu chantera. Dieu nous aime, Dieu est amour, Dieu est la tendresse même, il nous aime à l’infini. Il s’est livré pour nous. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta parole. Homélies année B. Parole et Silence )

 

 

 

[Accueil] [Prier par son intercession] [Récollection-Pèlerinages] [Ecrits, Etudes] [Une vie pour Dieu] [Lire la Parole]


© 2003, L'Association "Père Marie-Joseph le Guillou o.p."