" Ecoute, ô mon fils, prête l'oreille de ton coeur..."

 

11 juillet

Fête de Saint Benoît

 

Avec Saint-Benoît, l’Eglise nous invite à regarder les saints. Les saints ont pris le chemin d’être des vrais témoins du Seigneur, des témoins authentiques, des témoins qui ne recherchent que la volonté de Dieu. Ils sont pour nous des images parfaites de la vie religieuse et Benoît est de ce type. Benoît est le Père des moines d’Occident et en même le temps patron de l’Europe et cela est significatif. Il s’est tellement engagé dans le mystère de Dieu qu’il a été en même temps source pour l’Eglise et le pour monde d’une paix, d’une ouverture et d’une compréhension incessante.

Benoît vit dans une période troublée comme la nôtre et la première chose qu’il fait, c’est de se retirer au désert dans la vallée de Subiaco. Il s’installe dans une grotte pour vivre en ermite, pour vivre seul, seul avec Dieu, car la vocation monastique réside dans cette rencontre avec le Seigneur, rencontre directe pour tout lui donner, tout lui offrir et vivre tout entier en lui. La renommée de Benoît se répand vite et on vient à lui pour lui demander conseils et demandes si bien qu’il devra être le pasteur de communautés, malgré les difficultés et les problèmes qui se poseront à lui.

Benoît est d’abord un homme de prière. Cette solitude est d’abord pour la prière. Il se jette dans la prière. Sa prière enveloppe le monde entier et c'est ce dont nous avons le plus besoin. La prière est au coeur de nos vies chrétiennes et elle nous appelle à nous situer au cœur du mystère de Dieu pour rencontrer les hommes.

Une vocation de prière, de don total au Seigneur, de don total dans la vérité, dans la simplicité, dans le travail quotidien. Si Benoît a été déclaré par l’Eglise, Patron de l’Europe, cela fait que cette vocation de travail en profondeur, de travail humble, pauvre est une des leçons les plus importantes que le monachisme donne au monde. Les vertus les plus humbles sont également les plus profondes, celles qui manifestent le mieux le mystère de Dieu. Il s’est enfoui dans le mystère du Seigneur et cet enfouissement lui a fait rencontrer les hommes. Il a les retrouvés à un autre niveau, à un niveau supérieur, à un niveau de vérité. Comme tous les saints, Benoît vivait de la gratuité de Dieu. Une vocation est toujours un don gratuit, un don inespéré, un don qu’on attend pas, un don qui nous prend, qui tombe sur nous, qui nous appelle à le rencontrer, à le rencontrer jusqu’au bout de l’amour.

Une vocation est une vocation à s’enfoncer dans le mystère de Dieu, caché pour avoir une meilleure place. Le Seigneur appelle pour que le moine demeure au cœur de la vie et tienne pour tous les hommes. Il se met à leur place pour les sauver.

Benoît ne vit pas directement l’apostolat. Ce qu’il vit, ce sont les  Béatitudes et les Béatitudes sont le cœur de vie chrétienne. Benoît nous montre que la vie monastique consiste principalement à vivre des Béatitudes.

Nous avons à demander au Seigneur de rentrer dans ce mystère et de le chanter. Saint Paul chante ce mystère de choix du Seigneur : « C’est ainsi qu’il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ ». (Ep. 1,4-5). Nous sommes pris dans ce mystère ineffable qui est la puissance de l’amour, la puissance de la sagesse et de l’intelligence de Dieu.

Dieu nous a tout dévoilé dans le Christ et le moine est celui qui se met, tout simplement à l’écoute de la Parole de Dieu et essaie de la faire pénétrer dans son cœur, qui se livre tout entier à cette Parole que le Seigneur a dite et qui y croit toute sa vie. Il ne croit qu’à cela et cela suffit. Il ne croit qu’à cette action de grâce qui doit être le fond de son être parce que tout simplement le Christ n’est qu’action de grâces envers son Père, tout tourné vers son Père. Il est  tout accueil de son Père et il nous demande à notre tour, tout accueil de sa vie  et toute entrée dans le mystère de Dieu.

Il y a une joie profonde qui jaillit de la vie monastique dont témoignent tous les moines au cours des siècles. Puissance de l’amour, puissance de la sagesse, puissance de l’intelligence de Dieu : connaître le mystère de Dieu.

Sommes nous prêts à connaître le mystère de Dieu ? Sommes nous prêts à payer le prix pour connaître le mystère de Dieu, pour découvrir la vérité, pour entrer dans cette aventure immense de la foi, pour voir la foi se développer en nous et prendre toute sa dimension ?

Croyons nous vraiment que le Seigneur choisit des hommes pour les appeler à suivre de plus près sa propre personne et à être témoins de son amour ? Les moines ne sont que des témoins de cet amour, ils ne sont pas autre chose. Ils sont témoins que l’amour Dieu saisit le monde entier pour le transformer de l’intérieur. Nous avons à entrer dans cette perspective ; cela se fait en menant une vie humble et pauvre, une vie humble et cachée, une vie toute lumineuse de pauvreté.

Le Seigneur nous fait découvrir que c’est dans la mesure où nous vivons de cette humilité radicale qu’a voulu saint Benoît que nous entrons dans le mystère de Dieu et que nous sommes comblés et que par le fait même, cela rejaillit sur toute l’Eglise, sur tous les hommes. Cela rejaillit parce que tout simplement ces vertus les plus humbles que nous abandonnons facilement comme la constance dans le travail, la simplicité dans le travail, la charité fraternelle, la paix, la joie sont les mêmes que nous avons à réaliser dans notre vie. Vous savez comme que ce n’est pas si facile ! Si la vie chrétienne est regardée bien en face, nous nous apercevrons qu’elle est dure parce qu’elle nous appelle à suivre le Christ dans la mort et la résurrection. Le moine est celui qui veut jouer sa vie plus que tout autre ou plus exactement comme ses frères, mais aussi profondément qu’il est possible.

Demandons au Seigneur de nous laisser prendre par cet amour infini du Seigneur qui est là, qui nous est dévoilé dans le texte de saint Paul et dans le texte des douze qui vont prêcher l’évangile. Il est plus que jamais nécessaire d’annoncer au monde la parole de vérité. La marque du Saint-Esprit est sur nous et nous avons à prendre possession de ce qui est déjà donné : le Seigneur nous a donné une première avance de biens qu’il nous donnera et les béatitudes dont nous vivons sont comme une première avance sur l’héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale.

Demandons au Seigneur de connaître la puissance de la vie monastique. C’est elle qui a construit notre civilisation, c’est elle qui a construit notre Europe. Il faut demander d’avoir le courage, à travers le monde qui naît, d’être présent à ce monde et de témoigner de la manière que le Seigneur voudra, de cette façon d’être à Dieu, de cette façon de répondre à Dieu dans l’absolu de l’amour. Il faut avoir l’intelligence des situations et montrer au monde ce qu’est une vie monastique, une vie toute donnée pour le salut du monde, toute ouverte pour le salut du monde.

Croyez-vous vraiment que les moniales ici présentes ont offert leur vie dans cette perspective de don, dans cette perspective d’accueil, dans cette perspective de gratuité, dans cette perspective d’amour ? Si nous découvrons cela, nous nous convertirons au plus profond de nous-mêmes pour aller vers nos frères. Découvrir nos frères dans la joie de Dieu. Que nous soyons des témoins fidèles de l’amour. L’amour seul importe, il s’agit de nous laisser prendre par l’amour et d’être des témoins dans l’amour.

Que la grâce de notre  Seigneur Jésus-Christ, la communion au Père et la communion au Saint-Esprit soit avec vous tous. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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