Fête du Sacré-Coeur de Jésus

Osée 11, 1-9 Ephésiens 3, 8-19 Jean 19, 31-37

 

Nous avons dans ces textes que nous venons de lire, le plus beau chant d’amour qu’il y ait dans l’histoire de l’humanité : l’amour de Dieu pour son peuple, l’amour de Dieu prévenant pour nous tous : « J’ai aimé Israël depuis son enfance, et pour le faire sortir d’Egypte, j’ai appelé mon fils ». Ecoutez ce chant de tendresse inouï de Dieu qui, cependant, ne trouve pas de réponse à son amour : « C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours. Je le guidai avec humanité, par des liens de tendresse. Je le  traitais comme un nourrisson  qu’on soulève tout contre sa joue. Je me penchais vers lui pour le faire manger. Mais ils ont refusé de revenir vers moi. : vais-je les livrer au châtiment ? »

Ce dialogue entre Dieu et son peuple renferme toute l’histoire de l’humanité. C’est un dialogue de tendresse qui dépasse toute mesure, qui pourtant demeure au fond de chacun d’entre nous, qui traverse l’Eglise et le monde pour les rendre semblables au mystère du Fils. « J’ai appelé mon Fils ». Il s’agit, en effet, de découvrir ce mystère de filiation, ce mystère d’amour, ce mystère d’infinie tendresse, de tendresse même inconcevable puisque c’est la tendresse même de Dieu. Et ce qui est extraordinaire, c’est pour nous dire cette tendresse, Dieu n’a trouvé qu’une chose : que son corps de chair dans l’Incarnation soit ouvert. Le corps du Christ a été ouvert par la lance. Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.

Dieu, c’est un cœur ouvert. Un cœur ouvert qui rend tout possible. Tout peut être trahi humainement, tout peut être détruit humainement mais l’amour de Dieu subsiste. Il est premier, il nous porte, il nous transforme. Il nous garde. Nous avons à découvrir cet amour, cet amour qui jaillit du corps du Christ et qui se répand sur toute l’Eglise. « Il sortit du sang et de l’eau ». C’est à la fois le mystère de l’amour et le mystère de l’Eglise qui va répondre à l’amour du Christ. C’est dans ce cœur que tout se trouve. C’est dans ce cœur que se livre la plénitude du mystère que le Seigneur veut nous révéler. C’est un témoignage que nous avons de Jean : « Celui qui a vu, rend témoignage afin que vous croyez vous aussi. Son témoignage est véridique, et le Seigneur sait qu’il dit vrai ». Un cœur ouvert ! Le cœur ouvert ! Il n’y en a pas d’autres. Je précise bien qu’il ne s’agit pas d’une image mais bien de la réalité la plus profonde qui soit, la réalité la plus totale qui soit : l’infini de l’amour.

Ce qui, est chez Osée, n’était qu’une image, devient la réalité de toute l’Ecriture, de tout le dessein d’amour qui apparaît dans la splendeur que seul le Seigneur peut faire. « Aucun de ses os ne sera brisé… Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils auront transpercé ». Nous devons regarder ce cœur ouvert qui se livre, qui se donne tout entier, qui se donne jusqu’au bout. Dieu n’est que don total, absolument total, sans bavure. Ce don éternellement de Dieu, nous pénètre jusqu’au plus profond de nous-mêmes. C’est la Trinité qui se dévoile. C’est le mystère du Père, du Fils et de l’Esprit qui se dévoile et rien n’est plus merveilleux que cette découverte.

C’est pourquoi vous avez entendu Paul  vous dire avec puissance : « Moi, qui suis le dernier de tous les fidèles, j’ai reçu la grâce d’annoncer aux nations païennes la richesse insondable du Christ et de mettre en lumière le contenu du mystère tenu caché depuis toujours en Dieu, le créateur de toutes choses ». C’est vraiment le secret du monde et de toute l’humanité qui nous est dit, de l’humanité malmenée, prise dans le péché, prise dans la misère mais que Dieu transfigure dans son cœur, dans son projet éternelle qui est le Christ lui-même. C’est le Christ qui nous donne d’accéder dans la confiance auprès de Dieu. Nous sommes vraiment dans la découverte de la paternité de Dieu. Cette paternité nous pénètre jusqu’au fond de notre être. Nous dépendons de cette paternité. Nous vivons que de cette paternité. Avec Paul, nous ne pouvons « que tomber à genoux devant le père, qui est la source de toute paternité au ciel et sur la terre ».

En cette fête du Sacré-Cœur, en cette fête où le cœur du Christ s’ouvre comme l’écrin le plus inouï qui soit, il faut écouter Paul et faire ce qu’il nous dit : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour ». Prenons conscience que tout est pris dans le mystère de Dieu, que la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur de l’amour du Christ sont manifestes dans l’Eglise, sont manifestes au cœur du monde. Il s’agit de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance. Alors nous serons comblés et nous entrerons dans la plénitude de Dieu. C’est vraiment l’infini de l’amour de Dieu qui est là, l’infini de la puissance de Dieu, l’infinie de sa gloire.

La fête du Sacré-Cœur chante cet amour avec une solennité, avec une simplicité, avec une tendresse incomparable. L’amour de Dieu est plus puissant que tout. Il peut tout transfigurer, il peut tout transformer, il est lumière et amour. Nous avons à demander du plus profond de notre cœur de connaître, au sens où l’entend saint Paul, c'est-à-dire dans une intimité totale, de connaître l’amour du Christ qui surpasse tout ce qu’on peut connaître.

Nous avons à demander au Seigneur d’être comblés par Dieu. Demandons au Seigneur d’être comblés par Dieu, comblés de sa plénitude, comblés de tout ce qu’il est, comblés de cet amour qui est à la recherche de l’humanité depuis toujours ? Il ne fait que cela. Il est fou de l’humanité et il recherche cette humanité jusqu’à se donner jusqu’au bout, jusqu’à se donner sur la croix. Que ses écrits soient pour vous des textes que vous méditiez par prédilection, avec cet amour et cette tendresse qui sont dans le cœur de Dieu. Méditer ces textes et laisser les pénétrer en vous pour faire de vous des êtres nouveaux, des êtres qui ont vu de leurs yeux celui qu’ils ont transpercé ! Nous avons tous transpercé le cœur du Seigneur mais le Christ est venu, et comme nous l’a dit Osé, il ne vient pas pour nous livrer au châtiment, il vient pour nous sauver : le Christ n’a cessé de nous le dire.

Dans l’eucharistie que nous allons célébrer, nous allons demander au Seigneur de devenir des êtres sauvés par l’amour, par la plénitude de l’amour, sauvés par cette largeur, cette longueur, cette hauteur, cette profondeur. On ne peut pas imaginer autre chose. Tout s’explique par l’amour du cœur du Christ. Tout s’explique par là. L’homme intérieur en nous doit être renouvelé par la puissance de l’Esprit. Il s’agit de demander au Seigneur de nous mener par le chemin qu’il veut pour que nous connaissions son amour qui surpasse tout ce qu’on peut connaître.

Que votre joie soit parfaite, que votre joie soit celle même du Seigneur ! La joie du cœur ouvert ! Le Seigneur est dans la joie de se livrer totalement à l’amour de son Père pour nous sauver. Laissons-nous sauver et nous chanterons dans l’eucharistie  cet amour ineffable, cet amour qui surpasse toute connaissance. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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