Les homélies de ce Carême seront illustrées avec les photos de la Terre Sainte.
Aujourd'hui : Jérusalem, Jésus pleure en voyant la ville, puis il y entre pour vivre sa Passion



"Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle; il disait : "Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. (...) tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait.""














 

Dimanche 13 avril 2014

Dimanche des Rameaux

Isaïe 50, 4-7 Philippiens 2, 6-11 Matthieu 26, 14-27, 66

La passion de Notre Seigneur Jésus Christ

 

Nous venons de lire la passion du Christ selon St Matthieu. Peut-être certains d‘entre vous se demandent : pourquoi l’Eglise reprend inlassablement ce récit chaque année ? Il n’ y a qu’une réponse : c’est l’amour qui lui fait reprendre ces textes. Car si on aime, on a besoin de revoir le visage de celui qu’on aime et l’Eglise n’a qu’un souci : revoir le visage de son Seigneur.

Ce texte ne dit qu’une seule chose : l’amour, l’amour de Dieu manifesté pour nous dans son Fils. L’amour de Dieu va exploser dans le monde et va recréer un monde d’hommes et de saints livrés à Dieu. Ces hommes vivront de la charité du Christ, manifesteront son amour et seront pour leurs frères le témoignage de Dieu.

C’est l’amour ! L’amour explique tout dans ce texte, l’amour prend toutes les formes au cours de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ.

Vous remarquerez que l’amour souligné dans le texte de St Matthieu est un amour trahi, un amour blessé, un amour bafoué, un amour méprisé. C’est un amour qui va jusqu’à la mort et qui se donne tout entier.

L’amour du Christ est un amour trahi et trahi par nous, non pas par les autres mais par chacun d’entre nous !  C’est cela l’amour. Il faut découvrir le Christ trahi par les siens, trahi par celui qu’il aime le plus, Pierre qu’il va placer à la tête de son Eglise. Trahi et livré. Livré par l’un des douze, Judas. Livré aux païens, ce qui est la pire des choses qui puisse arriver à un juif. C’est cela que connaîtra le Christ.

Un amour qui est toute miséricorde, toute compréhension. Jésus Christ n’a pas le moindre geste d’accusation. Il entre dans le mystère de son Père pour sauver le monde. Et si Jésus est livré, c’est parce qu’il accepte par amour. Tout le texte de Matthieu est en effet placé sous le signe de la liberté: c'est librement que le Christ accepte cela.

C’est un amour bafoué. Le texte du serviteur souffrant le dit bien. Il livre son dos pour être flagellé, il livre ses joues pour être giflé. On le trahit de partout. On le méconnaît de partout. On le traite de roi, mais de roi moqué, de roi humilié, on lui met le manteau rouge des rois, mais c’est de la moquerie. Tout est moquerie dans la mort du Christ. Tout est moquerie jusqu’au dernier moment, jusqu’au denier instant. C’est une moquerie invraisemblable. Il y a une progression dans la moquerie. Tous les passants, tous la foule, tous les chefs des prêtres et les pharisiens se moquent : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C’est le roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu : que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime car il a dit : Je suis Fils de Dieu ».

La passion déploie le mystère du Christ, abandonné de tous qui crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Un abandon. Un abandon confiant. Le Christ sait qu’il annoncera dans la grande assemblée son nom au peuple de Dieu et qu’il le recréera dans sa mort et sa résurrection. Mais tout cela dans un amour crucifié. C’est la croix dans toute son horreur. Un amour qui va jusqu’au bout ! Si l’Eglise lit ces textes, c’est pour que nous mesurions à quel prix d’amour nous avons été sauvés et à quel point nous avons à entrer dans le mystère du Christ.

Le texte de Paul nous dit : « Il s’est dépouillé devenant l’image même du serviteur et se faisant semblable aux hommes. On reconnaissait en lui un homme comme les autres. Il s’est abaissé et dans son obéissance, il est allé jusqu’à la mort et la mort sur une croix ». L’amour implique toujours l’humiliation. Dans notre monde brisé et broyé, dans notre monde pécheur, l’amour a besoin, si je puis dire, de cette trahison pour se manifester dans cette plénitude. Il a besoin de se manifester dans tout ce qu’il est : un amour qui se met aux pieds de ses frères. Nous avons besoin de cet amour et nous avons besoin, en cette fête des Rameaux, de demander au Seigneur de découvrir l’amour. Cela n’est pas facile, c’est même la chose la plus difficile qui soit. Découvrir le véritable amour, l’amour qui se livre comme le Christ se livre, un amour dépassant tout ce qu’on peut imaginer. Un amour de don, don de l’amour du Père. Il n’y a rien d’autre.

Si vous regarder la croix, il n’ y a rien d’autres que l’amour crucifié et d’autant plus éclatant ! Nous devons méditer tout cela avec Marie. Si l’Eglise nous fait relire les mêmes textes chaque année, c’est pour qu’à l’image de Marie nous puissions méditer toutes ces choses dans nos cœurs. Nous devons ruminer la Passion, la ruminer dans le fond de notre cœur. Il faut ruminer l’amour insolite, extraordinaire et extravagant, fou, l’amour de Dieu pour tous les hommes. Nous devons découvrir un amour comme il n’en est pas. Si vous n’avez  pas rencontré le Christ, essayer de le regarder, regardez son visage, regardez ses larmes, regardez ce manque de stoïcisme ! Ce n’est pas lui qui a dit qu’il ne souffrait pas, c’est autrement sérieux que toutes les petites théories que l’on peut faire sur la croix du Christ. Il le sait bien : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux ».

Un amour véritable !

Je voudrais que vous aimiez ! Que vous aimiez jusqu’à cela vous bouleverse jusqu’au plus profond de votre être ! Que vous aimiez comme le Seigneur aime car on ne peut répondre à l’amour du Seigneur que par son amour qu’il nous donne par son Saint Esprit.

Ensemble dans l’Eucharistie, nous lui demanderons d’aimer vraiment, avec cet oubli de soi, avec cet abaissement du Christ- l’amour ne va jamais sans abaissement ! – avec cette compréhension infinie de l’autre, cette compassion de notre malheur, cette ouverture à notre pauvreté, à notre misère.

Demandons au Seigneur d’être des hommes de foi, des hommes qui croient dans le mystère de Dieu, qui croient dans le mystère du Christ, qui croient dans le mystère de l’Esprit. C’est assez original, c’est même extraordinaire. Il n’ y a rien de plus extraordinaire que cela. Dieu nous aime ! L’aimons-nous ? Lui répondons-nous de tout notre cœur ?  

Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ vous bénisse et vous garde. Qu’il vous fasse découvrir les divers aspects de l’amour du Christ pour nous, qu’il vous donne de comprendre cet amour et de vous y insérer dans la paix et dans la joie. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

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