Année B

Septième dimanche du temps ordinaire

Isaïe 43, 18-25 2Corinthiens 1, 18-22 Marc 2, 1-12

 

« Nous n’avons rien vu de pareil ! » C’est l’exclamation de la foule après la guérison du paralysé. Cela traduit la conscience de cette nouveauté étonnante qu’est le mystère du Christ. Le Seigneur dit au paralysé une affirmation qu’il n’attend pas du tout : « Mon fils, tes péchés te sont pardonnés ». Le paralysé est venu retrouver la santé et l’usage de ses membres et voilà qu’il s’entend dire « Tes péchés sont pardonnés ». L’attitude du Seigneur est paradoxale et va beaucoup plus loin. Il veut guérir l’homme au plus profond de lui-même et pour cela, il se donne tout entier. « Tes péchés sont pardonnés ». Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi cet homme parle-il- ainsi ? Il blasphème. Dieu seul peut pardonner les péchés ». Pénétrant aussitôt leur pensée, Jésus leur dit : « Pourquoi de tels raisonnements ? Qu’est ce qui est le plus facile ? De dire au paralysé : tes péchés sont pardonnés, ou bien de dire : lève-toi, prends ton grabat et marche ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’Homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne (dit-il au paralysé), lève-toi, prends ton brancard et marche ».

« Voici que je fais un monde nouveau : il apparaît déjà, ne le voyez-vous pas ? » nous dit aujourd’hui le prophète Isaïe. C’est vraiment le mystère du Christ. Le Christ est venu pour pardonner les péchés. Dans saint Jean, au soir de Pâques, Jésus ressuscité dit à ses apôtres : « Recevez l’Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 22-23) La délivrance des péchés est le cœur de l’évangile. Le péché nous colle à la peau. Nous sommes des êtres non entièrement rénovés. Nous avons commencé à sentir l’influence de la résurrection, nous sommes des baptisés et nous vivons la foi en Jésus-Christ. Mais le Seigneur nous demande de découvrir l’horizon de sa toute puissance qui concerne essentiellement le péché. Il est venu pour nous sauver. Mesurons-nous la signification du geste de Jésus de guérir la paralytique pour nous faire comprendre quelque chose de beaucoup plus profond ? Il pardonne les péchés, nos propres péchés, ceux qui sont au plus profond de notre vie et dont nous n’arrivons pas à nous détacher. Mais le Seigneur est là, il nous demande de le  regarder et de croire que tout est possible.

Nous pouvons être dans un monde renouvelé, un monde qui dise oui à Dieu. Ecoutons saint Paul : « Le langage que nous vous parlons n’est pas à la fois « oui » et «  non ». Le Fils de Dieu, le Christ Jésus que nous avons annoncé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été à fois « oui » et « non » ; il n’a jamais été que « oui » dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons « amen », notre « oui » pour la gloire à de Dieu ». Si le Christ pardonne nos péchés, s’il nous en délivre, c’est pour que nous soyons des fils. D’ailleurs vous avez remarqué la formule : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ». Nous vivons dans cette filiation qui est le oui du Christ à son Père. Le Christ se reçoit du Père, il se donne à son Père. Le Christ n’a été que oui car il fait la volonté du Père. Nous pouvons devenir « oui » dans le Christ et être « amen » à la gloire de Dieu. Le Seigneur nous fait dire oui. Le Seigneur nous fait être dans un oui étonnant, un oui qui nous consacre au Christ et qui nous donne l’Esprit-Saint. Ce qui nous rend solides dans le Christ, c’est Dieu car il a mis sa marque sur nous et il nous a fait une première avance sur ses dons, l’Esprit-Saint qui habite en nos cœurs. Nous sommes transfigurés par cette présence du Seigneur et nous devons nous demander si nous prenons suffisamment à cœur cette transformation  qui nous appelle au plus profond de nous-mêmes. Profitons-nous du sacrement de pénitence ? Profitons-nous de ce pardon qui est là à notre disposition ? Profitons nous de cette possibilité que le Seigneur nous offre qui est, de nous transformer entièrement ? Nous avons en effet à rencontrer le Christ, à le rencontrer dans cette transformation qu’il fait de nous-mêmes : le pardon de nos péchés, le renouvellement de notre être. « Je fais toute chose nouvelle. Je fais un monde nouveau ». Voilà la vérité de la pénitence. Nous venons trouver le Seigneur, il nous pardonne, il nous donne d’être vraiment des êtres nouveaux entièrement « oui » à Dieu, des fils de Dieu. Nous avons à demander à dieu de connaître cette filiation qui est le cœur de la vie chrétienne. Nous sommes des fils ; nous pouvons regarder note Père parce que tout a été renouvelé en nous, tout a été transformé. Nous n’avons pas besoin d’avoir peur du péché. Certes nous sommes des êtres mêlés et touchés par lui mais nous avons à regarder plus profondément que cela. Il y a l’amour de Dieu au cœur de notre vie, l’amour du Seigneur qui s’est livré, cet amour qui s’est donné dans la croix et dans la résurrection. Quand le Christ dit : « Pour que vous sachiez que le Fils de l’Homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi », le Christ veut nous dire que, dès cette terre, il a le pouvoir de pardonner les péchés et qu’il communique son pouvoir à ses apôtres.

Pardonner les péchés est la chose la plus extraordinaire qui soit. C’est la réalité la plus fondamentale, beaucoup plus importante que la guérison du paralysé. C’est une transformation de notre être, c’est une vie dans la vie de Dieu, c’est la vie éternelle qui est commencée en nous et qui doit se développer. Nous avons souvent, je l’espère, entendu dans nos vies « tes péchés sont pardonnés ». Il faut que le sacrement de pénitence redevienne pour chacun d’entre nous ce qu’il est, un sacrement de vie, un sacrement de transformation. Nous n’aurons pas de transformation spectaculaires mais le Seigneur nous transformera à la racine de notre être, là même où nous n’avons pas conscience, il transformera notre cœur d’où tout part et hélas d’où viennent aussi tous nos péchés et toutes nos misères.

Le Seigneur vient nous donner son propre cœur. Il vient nous communiquer ce qu’il est, il vient nous communiquer la nouveauté qu’il est, le oui à Dieu qu’il est. Alors vous le comprenez bien, ce « oui » au Seigneur est vraiment notre être. Il suffit de regarder Marie comme nous regardons le Christ. Elle a été oui, elle a été oui toute entière, oui à l’Annonciation, oui à la croix, oui à la Résurrection. Elle n’a été que oui au don de Dieu. Notre seule unité est là dans notre loyauté envers Dieu. C’est Dieu qui nous la donne parce que Dieu est fidèle et pardonne à l’infini, il pardonne avec une joie extraordinaire. Rappelons-nous la parabole de l’enfant prodigue : le Père est là pour le recevoir comme pour nous montrer que nos péchés ne sont rien dans la miséricorde de Seigneur. « C’est moi qui efface tes crimes par égard pour moi, et je ne me souviendrais plus de tes fautes » nous dit Isaïe. (ch 43,25). Le Seigneur oublie nos péchés, demandons qu’il en tienne plus compte et que nous soyons des êtres prêts à lui dire « oui ». Un « oui » le plus étonnant qui soit, le « oui » du Christ à la gloire de Dieu. Laissons-nous faire. Le Seigneur nous transformera. Il mettra sa marque sur nous et nous vivrons de l’Esprit-Saint puisque il nous en a fait le don en arrhes. Nous connaîtrons le face à face avec Dieu, nous serons transformés jusqu’au fond de notre être. Nous serons guéris dans notre corps. Il y a d’abord la guérison des péchés mais il entraîne la guérison de notre corps. Nous aurons le corps transfiguré à l’image du corps du Christ. Notre corps sera transformé en corps de gloire et nous serons la joie de Dieu. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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