Année B

Septième dimanche de Pâques

Actes des apôtres 1, 15-26 1 Jean 4, 11-16 Jean 17, 11-19

 

Toute l’Eglise est dans la prière avec Marie, comme les apôtres l’étaient avec le groupe des disciples, en attendant le Saint-Esprit. L’Eglise a besoin de prière, l’Eglise a besoin de rentrer dans le mystère de son Seigneur et c’est par la prière qu’elle le fait. C’est sa première démarche qui l’engage jusqu’au bout.

Nous avons aujourd’hui dans le texte de saint  Jean, le sommet de l’Evangile : le Seigneur nous dit son mystère, nous dit son secret et nous dit ce qu’il veut pour nous. « Avant de passer de ce monde à son Père, Jésus leva les yeux au ciel et pria ainsi : Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage pour qu’ils soient un comme nous-mêmes. » Père saint, remarquez la nuance de révérence, d’adoration. Père saint évoque la paternité de Dieu, la sainteté de Dieu. C’est tout ce qu’il y a de plus inaliénable et d’incompréhensible dans le mystère de Dieu. Il s’agit de s’offrir dans ce mystère de Dieu qui est présent au milieu de ses disciples. Le Seigneur demande que nous soyons gardés dans le nom que le Seigneur lui a donné en partage. Dès qu’on parle d’amour, on parle de fidélité. La fidélité est au cœur du don que le Seigneur fait de lui-même à ses apôtres et à ses fidèles, à tous ceux qui croient en lui. Nous sommes dans la fidélité et nous devons sans cesse la demander au Seigneur en son nom, cette fidélité qui nous introduit dans le cœur du Seigneur, dans le cœur du mystère de Dieu.

La fidélité au nom est la fidélité à cet amour qui constitue le Père. Le nom, c’est la personne, c’est la communion profonde, c’est le don total. C’est la gloire, cette gloire de Dieu dans laquelle vit le Seigneur de toute éternité. Il demande la fidélité à ce nom parce qu’il sait très bien que cette fidélité est difficile, parce qu’il sait très bien qu’il nous jette dans le monde et que le monde prend les chrétiens en haine. « Je leur ai fait don de ta Parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que je ne suis pas du monde. » Il y a une plénitude de don de la part du Seigneur lorsqu’il donne sa parole. Il se donne lui-même. Il se livre lui-même et il va jusqu’à dire qu’il se consacre pour nous.

Il se consacre par la Parole de Dieu. Il se consacre lui-même afin que ses disciples soient aussi consacrés par la vérité. Etre consacrés dans l’amour. Etre consacrés par la gloire de Dieu, c’est tout notre désir, c’est tout notre appel, c’est tout ce que le Seigneur demande pour nous : « Je me consacre moi-même afin qu’ils soient eux aussi consacrés par la vérité ». Cela suppose le sacrifice du Christ qui se consacre pour nous. « Consacre-les dans la vérité, ta parole est vérité ». Cela suppose le sacrifice du Christ qui se consacre pour nous. « Consacre-les dans la vérité, ta parole est vérité ». Nous avons à demander au Seigneur à entrer dans sa vérité. Quel programme invraisemblable ! Comment pouvons-nous écouter de telles paroles sans frémir, sans être touchés au plus profond du cœur par ce qui  est indicible dans ce texte. « Pour eux, je me consacre moi-même afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité ». Le Seigneur se livre tout entier, il se livre dans le don, il n’est que don, don à son Père. Il n’est que cela, il n’est que consécration au mystère de son Père. Et, il demande que nous aussi nous soyons consacrés par cette vérité, dans la fidélité.

Désormais la fidélité est possible car le Christ l’a vécue. Le Christ la vit et habite notre cœur, il est au plus intime de nous-mêmes que nous-mêmes. « Ta parole est vérité ». Nous avons à découvrir la Parole de Dieu et à la laisser exploser dans notre cœur. Nous avons à demander à cette parole de nous prendre. Qu’elle nous chahute, qu’elle nous prenne par le plus profond de nous-mêmes, qu’elle vienne nous prendre comme le Seigneur le veut. Nous ne savons pas de quelle manière. Mais nous pouvons demander au Seigneur qu’il nous engage dans sa vérité, dans son chemin. Ce chemin est invraisemblable, aussi invraisemblable que celui du Christ marchant vers la croix. Le Seigneur nous engage avec lui. Il nous engage dans son propre mystère et nous avons à nous laisser faire dans l’amour, car nous sommes pris dans son amour. Saint Jean nous le dit : « Mes bien-aimés, puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres ». Aimer, c’est tout le programme que le Seigneur nous trace. Aimer, parce que consacrés au Seigneur, il nous communique son Esprit, et l’Esprit Saint atteste en nous que le Père a envoyé son Fils comme sauveur du monde.

Nous avons à découvrir l’amour. Ce n’est pas une chose facile. L’amour est vraiment la réalité du monde la plus cachée, et en même temps la plus offerte puisque Dieu est Amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. Je crois qu’il faut écouter ces textes avec la profondeur que le Seigneur veut mettre en nos cœurs. Que ces paroles du Christ, juste avant sa mort, soient chargées de tout leur poids, de toute leur amplitude, qu’elles nous engagent à aimer, à aimer nos frères et à nous laisser faire par l’amour. Certes le monde est difficile, le monde est atroce, le monde ne sait pas où il va, mais nous avons à être au cœur de ce monde des hommes de lumière, des homme de vérité, des hommes consacrés par la vérité de l’amour du Père. « Ta Parole est vérité. » Tout l’évangile de Jean nous introduit dans cette consécration au Seigneur et nous livre plus que jamais à la splendeur du Père. Aimer le Seigneur, aimer le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous laisser prendre dans cet amour, dépasser les conflits que nous pouvons connaître, les difficultés que nous pouvons avoir pour découvrir ce qu’est demeurer en Dieu.

Demandons au Seigneur de demeurer en Dieu, d’être habités par Dieu, d’être pris dans ce mouvement du Seigneur qui nous appelle et qui veut nous entraîner là où il veut. C’est le seul chemin que nous avons à chercher, celui du Seigneur. Demandons au Seigneur d’entrer dans son mystère. Nous ne sommes plus du monde. Mesurons-nous ce que ces paroles signifient ? Mesurons-nous ce qu’il y a d’invraisemblable dans cette prière du Christ ? Le Seigneur est vraiment incompréhensible. Le Seigneur est au-delà de tout ce que nous imaginons. Il est notre guide, il est la voie, la résurrection, la vie et il nous conduit. Il nous conduit avec cette tendresse, avec cette délicatesse, avec ce caractère terrible qui est la conduite de Dieu sur nous. Nous ne la comprenons pas toujours. Elle est terrible parce qu’elle dépasse nos forces, terrible parce que nous sommes scandalisés par le choix du Seigneur et par ses chemins, comme Pierre l’a été et comme les apôtres l’ont été. Demandons au Seigneur de nous laisser consacrer par la vérité, de laisser le sceau du Seigneur se marquer en nous, celui que le Seigneur a consacré et a envoyé dans le monde. Le Seigneur nous envoie aussi dans le monde pour témoigner de ce mystère d’amour qui est sur nous.

Nous demanderons ensemble, au cours de l’eucharistie qui est le moment solennel de notre retour au Père, que le don du Seigneur nous entraîne dans son amour. Demandons lui de nous laisser faire. Que sa Parole nous transforme, qu’elle nous appelle à devenir des êtres libres absolument libres, libres malgré toutes les apparences, libres parce que le témoignage suprême se fait dans la liberté et que nous pouvons être appelés au témoignage suprême s’il plaît à Dieu. L’amour de Dieu est vainqueur. Dieu est Amour. Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. Que la joie de Dieu soit en vous et que cette joie soit complète. Je voudrais vous crier ma joie et vous dire que tout est possible, que la joie peut transformer le monde, que la joie est vraiment ce qu’il y a de plus extraordinaire au monde, que la joie est la joie de Dieu, la joie de l’amour, la joie de la paix. Que cette joie éclate dans le monde avec, hélas, la douleur peut-être mais la joie est si profonde qu’elle est au cœur du monde, et le Seigneur le sait. Que le Seigneur puisse faire en nous tout ce qu’il lui plaît. Qu’il nous fasse avancer à pas d’amour dans la foi. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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