Année B

Sixième dimanche du temps ordinaire

Livre des Lévites 13, 1-46 1 Corinthiens 10, 31-11,1 Marc 1, 40-45

 

« Frères, tout ce que vous faites : manger, boire ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu.» Cette phrase de saint Paul se situe dans la première épître aux Corinthiens, après qu’il se soit justifié de sa conduite. Il en fait un résumé en disant : « faites tout pour la gloire de Dieu ». Notre vie est-elle centrée sur le mystère de la gloire de Dieu en nous, sur ce mystère qui se dévoile ? Venez-vous à l’Eucharistie en mesurant ce que vous faites ? Mesurons-nous que nous sommes en présence de Dieu, de la splendeur du mystère de Dieu ? Savez-vous que vous devez rendre gloire à Dieu, c'est-à-dire le glorifier comme le fait l’Eucharistie dont la structure est tellement typique ? Nous rendons gloire à Dieu car il nous a donné son Fils Jésus-Christ qui nous donne son propre corps, qui, lui-même, rend grâces au Père, souffre la croix, ressuscite et s’en retourne au Père en nous emmenant avec lui. Il n’y a rien de plus merveilleux que la structure de la messe, c’est une structure d’actions de grâces, d’éblouissement, d’émerveillement. Nous rendons grâce de ce qu’il est Dieu et nous nous en réjouissions. Son Fils Jésus-Christ nous a établis dans l’Eucharistie et retourne à son Père pour qu’un jour nous aussi nous allions vers le Père.

Saint Paul nous dit aussi : « en toutes circonstances, je tâche de m’adapter à tout le monde ; je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés » (cf Co 9, 19-20). Je ne cherche pas mon intérêt personnel : voilà la vérité de la charité, tout est tourné vers le mystère de Dieu. Tout est transformé en un chant d’amour tourné vers le Père. Y-a-t-il un chant d’amour qui passe par nous ? L’Eucharistie est-elle vraiment autre chose qu’une assistance habituelle et prévue ? Elle nous met devant le mystère de Dieu, devant ce triomphe du Seigneur présent dans nos vies et qui nous saisit. Peut-être êtes-vous choqués de ce que Paul dit : « Prenez-moi pour modèle, mon modèle à moi, c’est le Christ ». Nous avons à imiter Dieu. Le Seigneur nous le dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (cf Mt 5) Si nous chantons la gloire de Dieu, c’est pour vivre comme le Christ, comme le Père qui nous aime depuis toujours et qui nous enveloppe de son cœur et de sa tendresse.

Découvrir la tendresse de Dieu : une Eucharistie, c’est cela avant tout. Découvrir cet amour de Dieu au plus profond de notre être et nous laisser faire par le Seigneur.

Pour cela, nous avons besoin d’être purifiés et la guérison du lépreux est là pour nous l’expliquer : « Un lépreux vient trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie :  « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Pris de pitié devant cet homme, Jésus étend la main, le touche et lui dit : « Je le veux, soit purifié ». A l’instant même, sa lèpre disparaît et il est purifié ». Le lépreux s’en remet inconditionnellement  à Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Il y a une humilité, une disponibilité, un don total qui mérite de la part du Seigneur la réponse « Je le veux, soit purifié ». Lorsque le Christ touche le lépreux, il est purifié. Il me semble que dans la religion juive, il n’était pas permis de toucher un lépreux. Mais le Christ est au-delà de cela. Il est le maître du sabbat, il est le maître de savoir s’il peut ou non toucher le lépreux pour le purifier. Il fait entrer dans la transformation totale de ce que nous sommes. Nous avons à être purifiés de ce que nous sommes pour chanter la gloire de Dieu. Etre purifiés, c'est-à-dire laisser cette parole pénétrer en nous, laisser cette parole nous transfigurer, laisser cette parole jouée en nous. La Parole de Dieu nous purifie. Rappelez-vous ce que le Christ dit à ses apôtres au moment du lavement des pieds (cf Jn 13). Les apôtres n’ont pas besoin d’être purifiés, ils sont déjà purs parce qu’ils ont déjà reçu la Parole. Mais comme le dit saint Jean dans sa première épître, il faut se laisser purifier jusqu’au fond de l’être pour être pur comme Jésus est pur. « Quiconque a cette espérance en lui se rend pur comme celui-là est pur.» (1 Jn 3,3)

Nous avons à être transformés par la Parole de Dieu à une profondeur inouïe et vous remarquerez dans la suite du récit que le lépreux est réintroduit dans le culte car ce qui fait le drame de la lèpre, image du péché, c’est qu’elle exclut de la communauté. Ici, il y a réintégration dans la communauté, image de la réintégration dans ce chant d’amour qu’est une communauté chrétienne. C’est une transformation de tout l’être. « Je le veux, sois purifié. » Il faut que nous entendions cette parole dans notre cœur en sachant que cette parole est vraie. Nous avons été purifiés au baptême mais nous avons sans cesse à être purifiés pour avancer dans la gloire.

Chanter le mystère de Dieu : voilà ce que je voudrais que vous dégagiez de cette Eucharistie. Chanter le Seigneur, chanter sa miséricorde, chanter ce qu’il est, chanter parce que nous le connaissons. Faisons en sorte que nos Eucharisties soient une rencontre avec le Seigneur et non une succession d’actes formels. Que cette vie coule en nous comme une source transformante. Réjouissez-vous que Dieu qui est le centre de votre vie ? Chantez-vous au Seigneur comme les chrétiens qui on pris conscience de qu’ils font. Chantez-vous parce que vous êtes aimés, parce que le Seigneur a mis la main sur vous, parce qu’il vous a touché et que vous êtes guéries ? Oui, nous n’imaginons pas la profondeur du péché, mais ce que le Seigneur nous demande c’est la confiance en sa miséricorde. Par elle, il peut faire de nous des êtres libres. C’est vraiment un chant d’action de grâces qui va jaillir tout au long de cette Eucharistie qui va faire que tout notre être passe en Dieu. Etre vraiment habités par Dieu, découvrir l’habitation trinitaire que Dieu nous propose, voilà vers quoi nous sommes tendus.

Etre aimés de Dieu, répondre à la tendresse de Dieu, nous laisser faire : « Je le veux, sois purifié ». Il faut que nous entendions cette parole et que nous chantions le Seigneur parce qu’il est bon, parce qu’il est vérité, parce qu’il est amour. Le Seigneur demande au lépreux de ne rien dire à personne mais d’aller se montrer au prêtre pour accomplir ce que prescrit la loi de Moïse. Le Seigneur dit cela parce qu’il veut attendre le moment décisif pour se dévoiler et, dans l’évangile de Marc tout particulièrement, le Seigneur demande qu’il ne soit pas dit qui il est. Il le dira dans la splendeur de la gloire sur la croix et dans la résurrection.

Demandons au Seigneur de fêter le mystère de sa présence ; c’est lui qui nous a aimés le premier. Nous n’avons qu’à répondre avec une totale disponibilité. Quand nous nous adressons au Seigneur, c’est toujours en nous remettant à lui. Toute prière est une prière qui se remet en toute disponibilité au Seigneur. « Si tu le veux. » Chantons cette initiative du Seigneur qui vient dans nos vies nous purifier et demandons au Seigneur de mesurer la profondeur de notre faiblesse et de notre péché.

La grâce que je vous souhaite, c’est que vous fassiez l’expérience de Dieu et que vous découvriez à quelle point il veut nous purifier au-delà de tout ce que nous imaginons. Il est la pureté même. Il est l’amour. Laissons-le faire. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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