Année B

Cinquième dimanche du temps ordinaire

Job 7, 1-7 1 Corinthiens 9, 16-23 Marc 1, 29-39

 

L’évangile de ce jour nous met devant la prédication du Christ à Capharnaüm et son immense succès. Le Christ réalise vraiment un triomphe dans cette ville et les miracles sont l’expression de sa puissance miséricordieuse qui vient sauver tous les hommes. Nous avons la guérison de la belle-mère de Simon suivie d’autres guérisons. La ville entière se presse à sa porte et on lui ramène tous les malades possédés par les esprits mauvais qu’il chasse. C’est un triomphe et cependant, ce qui est frappant dans le texte de Marc, c’est que le Christ semble prendre du recul par rapport à ce succès. Bien avant l’aube, il se lève et va à l’écart dans un endroit désert et là, alors qu’on est heureux de saluer en lui un grand thaumaturge et où finalement personne ne mesure ce qui est en jeu, le Christ, lui, se retire dans le désert pour prier. Sa prédication repose sur sa prière envers son Père. Tout est centré là, tout part de là. Mais les apôtres se mettent à sa recherche et quand ils l’ont trouvé, ils disent : « tout le monde te cherche ». Au lieu de répondre comme ils s’y attendaient, le Christ leur dit : « Partons ailleurs dans les bourgs voisins afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle car c’est pour cela que je suis sorti ».

Tout le monde te cherche. Partons ailleurs. Le Christ veut nous faire partager son propre mystère qui est de proclamer la Bonne Nouvelle et de ne pas s’installer. Il ne veut pas être prisonnier de la vision que se font les gens de Capharnaüm, de sa prédication, de ses guérisons, de ces démons qu’il chasse.

Une petite formule très profonde demande quelques explications : le Christ, dans saint Marc, ne cesse de sortir quand il a annoncé la Bonne Nouvelle. Il sort, il quitte la ville, c’est un passage et il dit « c’est pour cela que je suis sorti ». Le Seigneur veut dire qu’il est sorti d’auprès de son Père pour venir jusqu’à nous. Dans la prière sacerdotale, le Christ dira : « Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi (Jn 17,8). Et encore en Jn 18,37 : « Je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité ».Si le Christ est sorti d’auprès du Père, là où il demeure toujours, c’est pour venir vers nous et pour nous entraîner vers le Père. S’il sort, c’est pour rentrer chez son Père et il nous appelle à regarder toujours vers ce terme car nous allons retrouver le Père. Sortir, c’est sortir de la ville afin qu’il n’y ait pas d’équivoque sur son propre mystère. Sortir, c’est se dégager de la foule et prier. Au cœur de tout, il y a le dialogue avec son Père.

Nous n’insisterons jamais assez sur le prière du Christ, la prière qui est la source de son apostolat, la source de tout ce qu’il dit et de tout ce qu’il fait. Nous devons apprendre à nous dégager de nous-mêmes pour pouvoir annoncer la parole évangélique. Cette parole qui explose, qui jaillit du fond du cœur, du tréfonds de l’être et qui doit traverser tous les êtres. La Parole de Dieu est toute puissante, elle est plus puissante qu’un glaive à deux tranchants     (He 4, 11-13). Cette parole peut tout, elle peut disjoindre jusqu’aux moelles. Elle est vraiment une Parole à laquelle nous nous livrons, qui nous prend tout entiers.

Vous avez entendu saint Paul nous dirent : « Frères, si j’annonce l’évangile, Je n’ai pas à m’en vanter, c’est une nécessité qui s’impose. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais je ne le fais pas de moi-même, je m'acquitte de la charge que Dieu m'a confiée ». Paul se fait libre à l’égard de tous. La Parole de Dieu nous engage, elle nous fait partager la faiblesse du plus faible  pour gagner les plus faibles, elle nous fait être tout à tous pour sauver à tout prix les hommes. La Parole de Dieu, nous prend au plus profond de nous-mêmes pour faire de nous des êtres proclamant l’Evangile. Cela suppose que nous le vivions. L’annonce de la Parole de Dieu suppose la vie, la vie en Dieu, la vie cachée au cœur du mystère de Dieu. « Notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col  3,3). Qu’elle le soit pour que nous sortions au devant de nos frères en nous appuyant sur la prière du Christ. Pour en vivre, la seule chose à demander  au Seigneur, c’est le Saint-Esprit.

Prier, c’est demander le Saint-Esprit pour qu’il nous transforme, pour qu’il fasse de nous des êtres nouveaux et que nous puissions annoncer la Bonne Nouvelle qui est finalement la croix et la résurrection. S’il part, c’est pour aller au Golgotha. Nous avons à faire de même, nous avons à rentrer dans ce mystère de pauvreté qui seule peut répondre à ce cri de Job : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre ». Tout cela est peu de chose puisque le Christ est avec nous, qu’il nous transforme, qu’il part pour revenir.

Le Seigneur vient dans nos vies, il habite nos vies. Je voudrais que vous annonciez l’Evangile. Cela suppose une plongée dans la prière du Christ, cela suppose que nous lui laissions conduire nos vies par le Saint-Esprit.

Demandons au Seigneur les uns pour les autres de découvrir ce mystère de recherche de Dieu qui est au cœur des hommes. L’Eglise prie, elle est toute entière présente pour annoncer au monde le mystère du salut. Demandons pour elle un esprit de sagesse et de discernement  « Je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité, c’est pour cela que je suis sorti. »Demandons de nous plonger au cœur de la Trinité dont tout part. Si le Christ vient auprès de son Père, c’est pour que nous y retournions et que nous découvrions l’amour dont nous sommes enveloppés. Cet amour qui est entre le Père et le Fils est inouï, il pénètre au plus profond de nous-mêmes, il fait de nous des êtres nouveaux. Que cette invraisemblable nouveauté du Christ pénètre notre être et fasse de nous des hommes nouveaux. Paul, en prison peut dire au roi Aggripa en présence de Festus : « Puisse Dieu faire que non  seulement toi, mais tous ceux qui m’écoute aujourd’hui, vous deveniez tel que je suis moi-même à l’exception des chaînes que voici » (Ac 26,29). C’est le meilleur de ce que nous pouvons annoncer à nos frères, que nous soyons semblables au Christ, que nous soyons les imitateurs de Dieu comme Paul est imitateur du Christ. Que Dieu soit tout en tous et que nous soyons des vrais témoins. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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