Année C

Quatrième dimanche de Pâques, année C

Actes des Apôtres 13, 14-52 Apocalypse 7, 9-17 Jean 10, 27-30

 

Il y a dans l’Evangile des paroles étonnantes d’humilité et, je dirais, presque de provocation.

« Le Père et moi, nous sommes un ». Jésus dit : Dieu et moi, le Christ., cet homme que vous connaissez, avec qui vous avez parlé, cet homme qui va connaître la mort, cet homme dit : « Le Père et moi, nous sommes un ». Un par la puissance : il fait les mêmes miracles que le Père, et plus encore un dans l’amour car le Christ connaît son Père et son Père le connaît. C’est le cœur du mystère du Christ, ce dialogue incessant entre le Père et le Fils, cette rencontre incessante qui est de toute éternité, qui durera toute l’éternité et dans laquelle nous sommes introduits. Carl le Christ dit en effet : « Je suis le Bon Pasteur… Mes brebis écoute ma voix ». Ceux qui écoutent la Parole du Seigneur, le Seigneur les connaît dans l’amour, dans l’intimité de leur être. 

« Moi, je les connais ». Le Christ a l’audace de nous dire qu’il nous connaît chacun dans ce que nous avons de plus intime et s’il nous connaît à cette profondeur, c’est pour nous convier à approfondir son amour : « Moi, je les connais et elle me suivent ». Il y a une belle intimité entre le Christ et nous, intimité semblable à celle qu’il y a entre le Père et le Fils, engagée dans le même mystère. Cette connaissance transparente du Père et du Fils, cette connaissance qui va jusqu’au plus profond de l’être, qui le dévoile dans l’amour, est au cœur de l’Evangile.

Connaître ne fait pas allusion à une connaissance abstraite, c’est connaître dans l’amour, dans ce qui nous constitue au plus profond de notre être. Et le Seigneur nous dit que cela est la vie éternelle : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi et ton envoyé Jésus-Christ ». Il est, en effet, venu pour nous donner cette vie éternelle, cette capacité de le connaître, cette capacité d’en faire l’expérience. La connaissance de Dieu n’est pas une connaissance livresque, elle est la connaissance d’une volonté d’amour qui s’exerce sur nous et que nous rencontrons le visage penché sur nous pour nous délivrer du péché. Nous sommes dans ce mystère de vie qui durera à jamais, de cette vie qui commence déjà dans l’intimité si nous sommes fidèles. Une intimité qui grandit qui ne fait que grandir. Nous sommes appelés à nous connaître les uns les autres réciproquement dans l’amour et dans le mystère du Seigneur.

« Mon Père qui me les a donnés est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher de la main du Père ». Quelle vision ! Nous sommes pris dans le mystère du Seigneur qui nous a choisis, qui nous a appelés, qui nous tient par la main et qui nous lâchera plus. « Personne ne peut nous arracher de la main du Père ». Personne, parce que tout est donné dans l’amour et la fidélité : « Je les connais et elles me suivent ». Avec les mots connaître et suivre, vous avez compris tout l’Evangile ! Dés que le Seigneur rencontre quelqu’un et lorsqu’il rencontre un apôtre choisi par lui, c’est « Suis moi ». Aujourd’hui, c’est la journée des vocations, la journée de l’appel. Ecoutez le Seigneur et accepter de le suivre, s’il vous dit : « Suis-moi ». Suis moi comme Pierre jusqu’à sa mort, suis moi comme tous les apôtres, jusqu’à la mort. C’est dans ce mystère que nous sommes engagés, un mystère de réciprocité incessante, un mystère de transparence et de vérité, de connaissance et d’amour.

Le fond de l’Evangile est simple : le Seigneur traverse la mort pour nous donner la vie, il triomphe de la mort pour que nous le connaissions, comme son Père le connaît et qu’il connaît le Père. Je voudrais que vous le sentiez : dans l’Evangile, il y a cette exigence de rencontre avec le Seigneur qui va au tréfonds de notre être et qui nous appelle à nous livrer au Seigneur. Et cela, parce qu’ « ils viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau ». Le Seigneur est en effet celui qui nous sauve par son sang. Son sang, c’est le mystère de la rédemption, le mystère du don que le Seigneur nous fait : le Père nous donne son Fils. Il nous le livre par amour, non parce qu’il se venge de nos péchés, car dans l’Evangile il n’ y a pas du tout cette idée de vengeance qu’on attribue à tort à Dieu, mais simplement parce qu’il est l’Amour et par conséquent, il est don, plénitude d’amour, plénitude de transparence d’amour, et sa puissance est une puissance d’amour. Comment aurait fait Dieu, s’il n’était pas puissance d’amour, pour laisser mourir son Fils sur la croix ! La croix est le don d’amour le plus absolu, c’est le don d’amour triomphal, c’est le don d’amour qui nous mène à la vie et le Seigneur nous promet d’être avec ceux qui « se tiennent devant le trône de Dieu ». Je voudrais que vous sentiez que dans cette vie éternelle, il y a un appel à la vie que nous connaîtrons dans l’éternité. Une vie éclatante, une vie de lumière et d’amour : « Celui qui est assis sur le trône habitera parmi eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus puisque l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur Pasteur pour le conduire vers les eaux de la source de vie ». Notre vie chrétienne, alimentée par la Parole, ne demande qu’à exploser en nous, à porter tous ses fruits, à se montrer dans la plénitude, à condition que nous laissions pénétrer notre être et nous engager avec lui sur des chemins de vie que nous ne connaissons pas.

Le Seigneur dirige ses brebis. Il dirige chacun d’entre nous. Nous avons notre heure et une fois pris dans le mystère de Dieu, nous sommes engagés définitivement et ce définitivement nous nous mettra dans la lumière et dans la vérité. Comme chrétiens, nous devons penser souvent à la vie éternelle, à la vie éternelle à la fin des temps où « Dieu essuiera toutes larmes des yeux » où il sera Celui qui siège sur le trône avec son Père, Celui qui est vraiment le Seigneur, le Vainqueur de la mort.

Vous savez que l’image que nous avons du Bon Pasteur est l’image la plus ancienne que nous ayons dans l’iconographie chrétienne. C’est une des figures qui apparaît le plus souvent : le Bon Pasteur est Celui qui porte sa brebis blessée et nous sommes tous des êtres blessés plus ou moins profondément par le péché, mais nous sommes des êtres pardonnés et sauvés. Nous avons à demander au Seigneur d’entrer dans ce mystère de la blessure qui est au cœur de nos vies, que le Seigneur veut guérir, et qu’il guérira puisque nous sommes prêts à entrer dans cette vie éternelle. Elle se développe en nous et nous conduit là où nous ne voudrions pas aller. C’est pour cela d’ailleurs, qu’il y a une annonce de mission qui va vers le monde entier.

Dans les Actes des Apôtres, Paul et Barnabé se tournent vers les païens puisque les juifs rejettent le message qu’ils veulent leur donner : « Puisque vous rejetez la Bonne Nouvelle et que vous-mêmes ne vous jugez pas digne de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens ». Et Paul reprend le paradoxe qui s’applique au Seigneur : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que grâce à toi, le salut parvienne jusqu’ aux extrémités  de la terre ». Cette connaissance du Seigneur nous est donnée à nous pour nos frères. Nous sommes livrés les uns aux autres, livrés dans un mystère qui nous enveloppe et nous dépasse de partout. Nous vivons les uns pour les autres et les êtres que nous connaissons le moins seront, peut-être, ceux qui auront plus d’influence sur nous, en profondeur. Car Dieu est un mystère de transparence et nous sommes un même corps, nous formons qu’une seule vie, il nous la demande toute entière.

« Je crois au Saint-Esprit, dans la Sainte Eglise catholique, pour la résurrection de la chair ». Il n’ y a rien de plus étonnant que cela, croire au Saint Esprit ; mais découvrir que si le Saint-Esprit est là, c’est pour nous faire comprendre que le Père et  Fils ne sont qu’un, que le Père et le Fils ne sont le témoignage l’un de l’autre, le visage l’un de l’autre : « Qui m’a vu a vu le Père ».

Laissons le Seigneur ouvrir ses voies, laissons-le murmurer sa Parole en nous. Le Seigneur ne parle pas que dans le bruit, il parle dans le silence et le secret. Demandons-lui d’entrer dans le secret comme Elie écoutait sur l’Horeb la brise légère de sa Parole au plus profond de son être. Ecoutons-nous aussi la voie du Bon Berger et laissons-nous conduire. Tous les hommes de toute race et de toute langue sont appelés à cette connaissance, à connaître ce qui est le fond du cœur de Dieu. Il n’ y a rien de plus merveilleux. Demandons au Seigneur la grâce de tout lâcher pour ce mystère de vie, de vérité, d’amour.

Que la Parole de Dieu vous porte, vous guide et soit votre lumière pour qu’elle vous mène à connaître la vie éternelle. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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