Année C

Quatrième dimanche du temps ordinaire, année C

Jérémie 1, 4....19 1 Co 12, 31 - 13,13 Luc 4, 21-30

« Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Tout ce que l’Ecriture et les prophètes annonçaient trouve sa réalisation de cet homme qui parle au milieu de la synagogue. Luc ajoute : « Tous lui rendait témoignage ; et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche ». Il se demandait : « N’est pas le fils de Joseph ? ».Dés que l’on parle du Christ, le scandale éclate. Chez Luc, il apparaît au début du texte ; Matthieu commence à le souligner seulement au passage 13,53-58. IL y a en effet une contradiction apparente entre un message d’autorité et de plénitude et un message d’humilité : « n’est ce pas le fils de Joseph ? ».

Comment est-il possible que cet homme dont on connaît la mère, les cousins, la parenté, le voisinage puisse dire de lui : « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » ? Que les miracles accomplis à Capharnaüm  se reproduisent au moins ici dans son pays ! Mais le Christ répond ;  « Amen, je vous le dis aucun prophète n’est bien reçu dans son pays ».

Le Christ souligne la condition même du sauvetage du monde, ce scandale qui va susciter la proclamation évangélique au monde entier. Au lieu de calmer le jeu, le Christ fait allusion à la veuve de Sarepta, à Naama le Syrien,  c'est-à-dire à des hommes qui ne sont pas d’Israël mais qui deviennent des témoins de la foi, des témoins du mystère de Dieu. « A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux.» Le scandale est tellement grand tellement profond, que les juifs « se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite,  pour le précipiter en bas ».

« Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin » :  c’est tout le mystère du Christ, mystère de sérénité au milieu de l’adversité et des difficultés qu’il va rencontrer qui sont résumées ici comme en un condensé. C’est le mystère de cet homme qui n’ira à la mort que le jour où il l’aura décidé, en toute liberté, qui donnera sa vie au moment où il le voudra ou plus exactement au moment choisi par le Père.

« Lui passant au milieu d’eux allait son chemin ». Quelle parole merveilleuse de liberté, de transcendance et de vérité ! Le Christ n’est mort que parce qu’il s’est engagé dans cette annonce de la Parole de Dieu qui le mène irrémédiablement à la mort. Il a accepté cela de plein fouet pour accomplir avant lui ce que les prophètes avant lui avaient déjà souffert.

Jérémie nous fait comprendre la réalité qui s’accomplit dans le mystère du Christ puisque toute l’Ecriture s’accomplit en lui dans sa plénitude : «  Moi, je fais de toi une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple. Ils te combattront mais ils ne pourront rien contre toi ».

C’est le même mystère que nous chante chez St Paul, le mystère de la charité. C’est un mystère invraisemblable, un mystère d’amour, un mystère de découverte et de reconnaissance des êtres. Au cœur de la charité, il y a tout le mystère de l’amour du Christ se livrant pour ses frères. Aurions-nous tous les dons, nous dit St Paul, si nous n’avons pas la charité, nous ne sommes rien.

Le cœur de l’Evangile est cet amour, d’une patience infinie chez le Christ, qui a été source de contradiction. Et, cette contradiction Jésus l’a portée silencieusement, profondément, humblement. « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout ». L’amour est au service, au sens évangélique du terme, c'est-à-dire au sens où le Christ est le serviteur, le sens où le Christ est celui qui se met aux pieds de ses disciples. Il est celui qui vient les sauver, celui qui vient donner sa vie pour eux, celui qui ne cherche pas son intérêt. Ayons en mémoire la lettre de St Paul aux Philippiens : (Ph 2, 4-5). Ne pas chercher ses intérêts peut pas paraître une chose infime : c’est pourtant une réalité éclatante qui transforme le monde et c’est la seule chose qui demeure. Tout dans notre vie est partiel, notre connaissance est partielle, etc. mais il y a une profondeur en nous que rien n’atteint, c’est l’amour du Seigneur.

A ce propos, je tiens à souligner que nous sommes infiniment responsable de nos frères qui, souvent, n’ont jamais entendu parler de ces textes évangéliques. Je pense à un homme, Forestier, qui avant la guerre, a été à la tête de l’école libératrice, qui a mené un combat contre certaines formes de la vie de l’Eglise et qui a rencontré Michelet dans un camp de concentration. Michelet lui a récité des textes de l’Evangile qu’il savait par cœur et Forestier lui a dit : « Si c’est cela, je publierai pour les petits enfants de France des textes de l’Evangile ». Et Michelet lui rétorque : « Mais il faudrait aller plus loin, il y a des très beaux textes de Paul ». « Oh ! Paul, ce n’est pas possible, dit Forestier, il est trop ecclésiastique » ; et Michelet lui a récité ce texte de l’épître aux Corinthiens : « La charité rend patiente, la charité rend service, la charité ne jalouse pas » et Forestier, touché lui a dit : « Je ferai des morceaux choisis pour les petits enfants de France pour qu’ils connaissent Paul ». Il est mort dans le camp de concentration et la seule chose qu’il a demandé avant de mourir, c’est d’avoir sous les yeux le texte de St Paul : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout….l’Amour ne passera jamais ». Tous les hommes sont capables de comprendre ce langage si nous savons le leur proclamer. C’est au cœur de l’Evangile que se trouve la réalité du monde.

Demandons au Seigneur de passer dans cet amour infini, dans cet amour qui est notre vie.Demandons-lui de rentrer dans ce mystère de connaissance de nos frères dans l’amour, dans la vérité. « Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là je connaîtrai vraiment, comme Dieu m’a connu ». Mesurez-vous ce qui est dit ici ? Nous connaîtrons le Seigneur comme il nous connaît, nous le connaîtrons de l’intérieur, dans la plénitude de sa vie, dans ce rapport du Père et du Fils qui n’est qu’amour dans ce rapport éternel dans lequel nous sommes engagés. « Père, là où je suis, je veux qu’ils soient eux aussi avec moi ! » Demandons ensemble au Seigneur cette transparence de l’amour, cette splendeur de l’amour. Ce qui demeure, c’est la charité !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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