Année B

Quatrième dimanche du temps ordinaire

Deutéronome 18, 15-20 1 Corinthiens 7, 32-35 Marc 1, 21-28

 

L’Eglise nous invite aujourd’hui à contempler le visage du Christ, à découvrir qui Il est. En lisant saint Marc, on découvre ce qui frappe dans l’attitude du Christ. : « Il enseignait en homme qui a son autorité, et non pas comme les scribes ».

Le Christ, en effet ne se réfère pas à des commentaires mais il parle de lui-même comme ayant autorité. Et cette autorité se manifeste dans le fait qu’il fait taire les démons qui savent qui Il est. Remarquez l’interpellation violente du Seigneur : « Silence, sors de cet homme ! » Remarquez l’interrogation qui rode dans l’esprit des auditeurs : « tous s’interrogeaient », cela veut dire : « Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais et ils lui obéissent ». Un enseignement nouveau.

Il s’agit du royaume de Dieu et de sa présence inaugurée dans le mystère même du Christ. Il guérit les malades, il commande aux esprits mauvais ! C’est pour cela que saint Marc nous rapportera les paroles de la foule : « Jamais nous n’avions rien vu de pareil » (Mc 2,12). C’est le prophète annoncé dans le Deutéronome : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte ». Ceci nous oblige à revenir au mystère du Christ. Il enseigne avec une extraordinaire autorité des choses impensables : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. Eh bien ! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ». (Mt 5, 38-42). Ces paroles sont radicalement nouvelles. Celui qui les dit avec une audace invraisemblable, va même jusqu’à dire : « Avant qu’Abraham fût, Je Suis » (Jn 8,58).

Le Christ est un homme qui se dévoile comme une personne divine puisqu’il parle avec cette autorité souveraine. Ce qui est mise en cause, c’est la Parole de Dieu pour l’approfondir et la mener à son accomplissement. Cet enseignement qui vient d’en haut est une véritable découverte. Le Christ fait bien remarquer que sa doctrine est celle d’un autre : « Ma doctrine n’est pas de moi mais de Celui qui m’a envoyé » (Jn 8,58). Le Christ enseigne avec une autorité souveraine et cependant il se réfère à une personne qu’il connaît par excellence. Il regarde son Père, il fait les œuvres qu’il voit faire par son Père. Tout le mystère du Christ est de nous dévoiler sa filiation divine et de nous faire entrer en elle.

Jésus est un homme comme  nous : il tombe de fatigue sur la margelle du puit de Jacob alors qu’il rencontre la Samaritaine, il dort profondément dans la barque alors que les flots sont en furie et pourtant cet homme se manifeste à un tout autre niveau. Il peut dire au paralytique qu’il guérit par ailleurs : « Mon enfant, tes péchés sont remis ». (Mc 2,5) Comment un homme peut-il dire cela ? Et le scandale va arriver venant de la parenté de Jésus ou des foules.

Nous devons découvrir ce visage de Jésus qui renvoie à lui-même « Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14,6). Mais en même temps, il renvoie à un autre plus grand que lui. Voilà le mystère étonnant de la vérité dans sa structure fondamentale. Le Christ renvoie à lui-même pour renvoyer à son Père qui est à l’origine de tout. Dans cette origine, il y a le mystère de son Fils qui est un mystère d’obéissance avec le passage de la croix. Il faute découvrir le visage du Christ dans l’Evangile.

Je voudrais vous inviter une fois encore à lire l’Evangile dans son entier, à vous imprégner de l’Evangile pour découvrir le mystère de Dieu. Il faut s’en nourrir, il faut ruminer la Parole de Dieu incessamment. Si l’Eucharistie n’a pas plus d’efficacité dans nos vies, c’est parce que nous n’écoutons pas assez la Parole de Dieu. Il faut écouter la Parole de Dieu avant de se nourrir de l’Eucharistie. Il faut écouter cette parole, la méditer dans son cœur, la porter dans son cœur comme Marie. C’est ce que le Seigneur nous demande. Ainsi nous découvrirons le visage du Christ que nous ne pouvons pas inventer, qui est déroutant, qui est déconcertant, qui mène par des chemins que nous ne connaissons pas. Le visage du Christ est pris dans le mystère de cet homme qui est le Fils de Dieu, qui dévoile le dessein d’amour de Dieu, sur qui repose la complaisance d’amour du Père : « en lui, j’ai mis tout mon amour ». Nous devons imiter le visage du Seigneur et contempler sa face.

Contempler le visage du Christ. Le contempler, le regarder, nous laisser former par lui et nous laisser scandaliser. Oui, le Christ provoque beaucoup d’étonnement : il guérit le paralytique, il guérit l’homme à la main desséchée (prendre les premiers chapitres de saint Marc). Le Christ provoque pour que nous pénétrions dans l’amour de Dieu et pour que nous dépassions l’étonnement des hommes. Les hommes se scandalisent, ils ne veulent pas comprendre et il arrive alors que Jésus promène sur eux un regard de colère parce qu’ils ne veulent pas s’ouvrir à la lumière. Il faut entrer dans tous les aspects du mystère du Christ. Cette colère est une souffrance de voir des âmes qui ne pénètrent pas dans la Bonne Nouvelle du Royaume. Il y a une véritable inquiétude dans le Christ, particulièrement marquée en saint Marc.

Nous devons demander au Seigneur de lire l’Evangile en le décapant si je puis dire, en le regardant à neuf, en dépassant toutes nos impressions, nos habitudes d’écouter tel ou tel texte, mais en les reprenant de l’intérieur dans l’amour de Dieu. Je vous souhaite de découvrir la splendeur de la Parole de Dieu.

Que la Parole de Dieu s’ouvre à nous, qu’elle nous prenne et nous délie, qu’elle ouvre nos yeux et que nous regardions Celui qui nous aime et qui veut nous conduire toujours à plus de bonheur et de vérité, à toujours plus d’amour. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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