Année B

Quatrième dimanche de Pâques

" DIMANCHE DU BON PASTEUR"

Actes des apôtres 4, 8-12 1 Jean 3, 1-2 Jean 10, 11-18

 

En ce dimanche des vocations, l’Eglise nous donne des textes merveilleux à méditer, celui du bon Pasteur et celui de Jean nous affirmant que nous sommes des enfants de Dieu. Il faut remarquer les formules du Christ : « Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre, personne n’a pu me l’enlever, je la donne de moi-même. Le Père m’aime parce je donne ma vie pour la reprendre ensuite ». C’est tout le mystère de la croix et de la résurrection : le Seigneur nous fait réfléchir sur le fait que tout nous est donné dans la croix et dans la résurrection. C’est dans l’amour que le Père nous aime et le Christ a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre. Il y a une liaison constante entre reprendre et donner. Pour saint Jean, c’est lui-même qui se ressuscite, alors que pour les synoptiques, c’est le Père qui ressuscite le Christ : « J’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre ». C’est vraiment le mystère qui nous enveloppe tout entier, le mystère de l’amour et de la liberté. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie librement. » Tout est dans ce « librement ».

Le texte de saint Jean nous dit que le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. Mais il la donne de bon cœur. Il la donne parce qu’il est le Bon Pasteur et il nous aime. C’est ce qui établit entre le Père, le Christ et nous cette communion au cœur même du mystère trinitaire, cette communion infinie. « Moi, je suis le bon Pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. » Il y a une intimité extraordinaire entre les brebis et le Christ ; c’est la même intimité qu’il y a entre le Fils et le Père. Donner sa vie, c’est le cœur de l’évangile. Nous sommes faits pour donner notre vie pour nos frères à l’image du Christ. La grande réalité de l’Evangile est ce don total au Seigneur. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. » Le Christ fait bien plus que de donner sa vie, il la reprend dans la plénitude de l’amour, il la reprend dans l’Esprit-Saint, et c’est ainsi qu’il devient la source de vie pour l’humanité entière.

« J’ai le pouvoir de la donner, et de la reprendre à nouveau ; voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père ». Il y  a un paradoxe qui vous étonne peut-être. Le Christ dit qu’il donne sa vie librement et voilà q’il dit « tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père ». C’est dans ce commandement qu’est la liberté. Notre liberté est caché face au mystère du Christ qui se livre pour nous sur la croix, qui nous ressuscite et qui nous entraîne vers lui : toutes nos vocations s’insèrent là. Toutes nos vocations s’insèrent au cœur de ce don du Seigneur à son Père qu’il fait pour nous tous. Nos vocations sont à la fois toutes dissemblables et toutes semblables.

Lorsque l’Eglise parle des vocations, elle parle aussi des vocations laïques, des vocations au mariage, de toutes les vocations qui font le mystère de l’Eglise. L’Eglise est composé d’une multitude de membres qui ont des vocations diverses et des vocations que nous découvrons peu à peu. C’est l’Esprit-Saint qui nous guide. Chacun de nous, qui que nous soyons, prêtres, religieuses ou laïcs, cela n’a pas d’importance. L’important est de correspondre au dessein du Seigneur, de correspondre à ce qu’il est. Il nous appelle au même don, il nous appelle à donner notre vie à sa suite. « J’ai le pouvoir de donner ma vie et de pouvoir la reprendre ». Dans le Christ nous pouvons avoir la même attitude. Nous pouvons nous donner tout entiers, nous livrer tout entiers et le Seigneur nous reprendra dans son propre mystère. Il faut que nous comprenions que la vocation est au cœur de la vie chrétienne, de chacune de nos vies et que cette vocation, seul l’Esprit-Saint nous donnera de la trouver. Nous avons à discerner nos vocations. Nous avons à discerner ce que le Seigneur attend de nous. Il attend beaucoup et il attend quelque chose que nous ne voudrions pas donner ! Rappeler vous Pierre auquel le Seigneur dit après sa Résurrection qu’il le conduira là où il ne voudrait  pas aller.

Nous laisser guider et conduire par le Seigneur : c’est le mystère de notre amour, la liberté de la vérité, la liberté de l’amour qui aime et qui se livre. Le Père s’est livré tout entier dans son Fils. Le Fils s’est livré tout entier dans la croix et la résurrection. L’Eglise a plus que besoin des vocations différentes. Nous devons prier pour les vocations. D’ailleurs le Seigneur insiste sur ce point dans l’Evangile. Il y a des vocations qui son en train de mûrir, il y a du blé qui pousse, il faut des ouvriers pour la moisson. L’Eglise toute entière doit manifester ce don au Seigneur, ce don qui la prend entièrement comme elle a pris le Christ.

« Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. » Notre première découverte doit être dans notre vie pour ce don. Le Père même au plus profond de mon cœur, au plus profond de mon être, là même où je ne le connais pas. Et il me donne la vie. Il nous donne la vie pour que nous mourrions et que nous ressuscitions comme le Christ est ressuscité. La vocation passe par la vie d’ici-bas et c’est dans cette vis d’ici-bas que nous construisons notre éternité.

Saint Jean nous dit : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés ; il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu- et nous le sommes…. Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons ; lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». Tout le dessein de Dieu, toutes les vocations dans l’Eglise sont au service de cette manifestation de l’amour du Père pour nous, de cette merveille étonnante. Nous sommes aimés de Dieu et nous sommes enfants de Dieu. Voilà pourquoi nous sommes pris dans ce courant d’amour qu’il y a entre le Père et le Fils. Mais nous sommes dans un temps où les choses ne sont pas parfaitement claires. La souffrance, les guerres, les atrocités existent encore dans ce monde. Mais il y a au plus profond de l’être un renouvellement qui lui permet de comprendre que tout est en gestation, comme dit saint Paul, « tous nous gémissons attendant la rédemption de notre corps » (Ro 8,23). « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblable à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». La mission a pour horizon ce face à face avec Dieu.

Pensons-nous à ce face avec Dieu, à cette rencontre que nous aurons avec le Christ, à ce moment où nous le découvrirons au plus profond de notre être ?  Aimez-vous Dieu jusqu’à désirer le rencontrer, désirer le trouver, comme Paul qui veut rejoindre le Christ mais qui accepte de rester ici-bas, non pour lui mais pour le salut de ses frères ? Il faut demander au Seigneur de l’aimer au point de désirer le rencontrer pour lui être semblable et de le voir tel qu’il est. Le christianisme doit annoncer au monde cette filiation. Elle est extraordinaire  car nous sommes véritablement des enfants de Dieu. C’est le Saint-Esprit qui fait de nous des fils à l’image du Fils qui vit dans le Père, dans son amour, dans son amour infini. Nous sommes tous appelés à cette rencontre absolument unique avec Dieu dans le face à face, dans l’amour, la vérité de son être, dans sa sainteté, dans sa grandeur, dans tout ce qu’il est.

Nous sommes des enfants bien-aimés à condition de laisser le Père mener les chemins. Nous devons demander au Seigneur de nous guider dans notre vocation. Cela suppose l’amour du Bon Pasteur. Dans l’Eglise ancienne, c’est l’image la plus populaire de tout l’évangile. Le Christ portant la brebis sur les épaules. C’est l’image par excellence de celui qui donne sa vie pour son troupeau ; à sa suite nous devons donner notre vie pour nos frères.

Demandons au Seigneur de nous abandonner à son mystère, de nous abandonner à la découverte de cette connaissance de Dieu. Nous avons à connaître le Père, à le connaître comme le Christ connaît son Père. « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Pouvons-nous dire la phrase suivante. Je connais le Seigneur et le Seigneur me connaît ? Il faut demander cette intimité avec le Seigneur, nous laisser faire, nous laisser conduire, nous laisser traverser par l’influx du Seigneur. Nous serons nous aussi capables de donner notre vie pour nos frères. C’est ce que nous avons à demander eu Seigneur, c’est ce qu’il nous demandera. Nous sommes pris dans ce torrent d’amour qui part du Père et qui donne la vie au Fils, qui le ressuscite et le fait entrer dans sa gloire. Nous aussi, nous connaîtrons la même gloire dans le Fils et nous serons les enfants bien-aimés du Père accomplissant les commandements reçus de lui. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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