Les homélies de ce Carême seront illustrées avec les photos de la Terre Sainte.
Aujourd'hui : le mont Tabor - lieu de la Transfiguration




















































 

 


Année A


Deuxième dimanche de Carême

La Transfiguration du Seigneur

Genèse 12, 1-4 2 Timothée 1, 8-10 Matthieu 17, 1-9

 

Quelle admirable pédagogie de l’Eglise ! Après nous avoir fait méditer la tentation du Christ, elle nous met devant le mystère de la Transfiguration. Dimanche dernier, toute notre vie était vue sous l’angle de la tentation. Et voici qu’aujourd’hui, c’est le mystère dans son aspect positif qui se dévoile à nous : Jésus est transfiguré devant Pierre, Jacques et Jean.

Pierre, Jacques et Jean voient le Seigneur transfiguré. « Son visage devint brillant comme le soleil, ses vêtements blancs comme la lumière ». C’est vraiment la présence de la divinité, c’est le poids de la gloire qu’est Dieu lui-même qui se manifeste sur le visage du Christ : tout se transfigure. Moïse et Elie sont là et s’entretiennent avec Jésus.

Le mouvement spontané de Pierre est de « trouver qu’il est heureux d’être là ». La transfiguration correspond à la fête des Tentes. Celle-ci rappelle la fête de la moisson : on s’installait pour huit jours et en conséquence on dressait des tentes. Des processions avaient lieu chaque jour et la dernière était celle de la Torah ! Pierre n’a qu’une idée, c’est de rester sous les tentes : avec le Seigneur, c’est tellement merveilleux !

Il y a dans notre vie le même mystère.

Il y a le mystère de la tentation que nous connaissons que trop ; mais il y a aussi le mystère de la transfiguration, moment de grâce où le Seigneur passe au milieu de nous. Nous avons alors envie de lui dire : « reste ! ». Et, cependant le Seigneur nous demande de marcher à la suite du Christ, sur son chemin. Si le Christ est transfiguré, ce n’est pas pour lui, c’est pour les apôtres, c’est pour nous tous. Le Père n’a qu’un message à nous transmettre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. Ecoutez-le ! ».

La vie chrétienne consiste à écouter la Parole de Dieu, à la laisser résonner dans notre cœur pour qu’elle nous transforme.

Il y a, me semble-t-il, deux tentations dans la vie chrétienne. La première est de ne pas penser suffisamment à cette transfiguration qui peut faire irruption dans nos vies. La seconde est de trop insister sur elle. La tradition occidentale a occulté quelque peu la transfiguration au point d’oublier que c’est au cœur de nos vies que se manifeste l’amour vainqueur de Dieu. La tradition orientale a eu tendance, au contraire, à insister tellement sur la transfiguration que le mystère de la passion disparaît quelque peu. Ce que nous avons à tenir, c’est que tout nous est donné dans le Christ et que nous devons marcher dans sa lumière. Il n’ y en a pas d’autre. La lumière du Christ nous prend au plus profond de nous-mêmes et nous mène là où nous ne voudrions pas aller.



Si le Christ est transfiguré, c’est pour annoncer l’agonie. Ceux qui sont sur la montagne avec le Christ transfiguré sont les mêmes qui se trouveront à Gethsémani. Il n’y a de transfiguration que pour une agonie.

Si nous ne percevons pas ce mystère, nous risquons de nous tromper sur le mystère du Christ. C’est un mystère d’agonie traversé par la puissance de l’amour du Père, cet amour qui nous donne tout son amour, qui nous transforme jusqu’au bout et nous ressuscite.

Nous avons à découvrir le Seigneur et en faire l’expérience. Il faut oser dire nettement que nous avons à faire l’expérience de Dieu, c'est-à-dire découvrir Dieu au plus profond de notre être, découvrir Dieu au cœur de notre vie. Il faut faire cette expérience mais elle ne doit pas être une limite au mystère de Dieu, ce que nous avons tendance tous à faire.

Dieu vient nous consoler quelque fois ou même souvent : cela dépend des évènements de notre vie, cela dépend de la vocation adressée à chacun de nous par le Seigneur, au regard qu’a le Seigneur sur nous. Nous avons tous des consolations du Seigneur comme disaient les hommes du XVIe siècle, c’est vrai ! Dieu nous console, Dieu ne nous laisse pas seul, et c’est fort compréhensible : il sait où il nous mène sur le même chemin que le sien et il veut nous soutenir. C’est quand Jésus a annoncé sa passion qu’il est transfiguré. Pour porter ce grand mystère, il faut une certaine expérience de la transfiguration. On ne porte pas la passion comme cela, tout seul, on la porte lorsqu’on se laisse transfigurer.

Remarquez Marie : elle commence par une joie immense, celle de l’Annonciation et de la Visitation puis tout au long de sa vie, Marie sera baignée par la présence de son Fils.

Tous, nous avons à faire cette même expérience. Dieu nous fait éprouver sa vérité. Avant d’entrer dans cette heure qui sera notre heure – comme il y a eu l’heure du Christ – il nous faut pénétrer dans son propre mystère. Mais il est difficile de nous en tenir là. Quand on a fait l’expérience de Dieu, on a tendance à « encercler » Dieu e à le fermer sur lui-même, ce qu’il ne faut pas faire. Un amour est toujours ouvert, un amour est toujours à « découvert », un amour est toujours quelque chose qui s’offre en don, qui va de don en don toujours plus profondément. C’est pour cela que le Seigneur nous demande de l’écouter, c'est-à-dire de le laisser dilater notre cœur au point que nous entrions dans son dessein d’amour.

Je voudrais vous dire que l’amour de Dieu est plus puissant que tout, qu’il est plus puissant que toutes nos faiblesses, que toutes nos lâchetés, qu’il est plus puissant que tout. Il est tout et cependant je vous redis qu’il ne faut pas se clore sur l’expérience qu’on en a, il faut au contraire, l’ouvrir aux dimensions de la passion du Christ, aux dimensions du salut du monde, aux dimensions de l’univers. Si le Seigneur nous donne sa consolation, c’est pour que nous participions à son propre mystère.

Je vous le disais ; il n’y a une transfiguration que pour une agonie. Puis la transfiguration n’est qu’un moment passager et il ne faut pas le transformer en quelque chose qui dure. Ce moment passager nous oblige à nous entretenir plus profondément avec le Christ, à entrer plus totalement dans son mystère. C’est difficile surtout si nous ne trouvons pas près du Christ qui nous dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! Levant les yeux, ils (Pierre, Jacques et Jean) ne virent plus que lui, Jésus, seul ».

Avec nous, il y a Jésus seul. Non plus dans la transfiguration mais dans son attitude d’humilité. Le Seigneur a choisi la dernière place et notre poids de charité chrétienne, de vérité d’amour, conduit chacun d’entre nous à être le dernier. Faire l’expérience d’être ce dernier. La charité de Dieu nous fait prendre conscience que sans sa puissance nous sommes rien. Ce n’est pas nous qui agissons car ce n’est pas nous qui sauvons le monde. Il y en a qu’un seul qui sauve le monde, c’est celui que contemplent Pierre, Jacques et Jean.

Le Seigneur est merveilleux car sa conduite sur nous est toujours celle qu’il faut. Dimanche dernier, l’Eglise nous faisait entendre cette parole du Christ : « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu dois adorer ». Aujourd’hui, elle nous fait entendre cette parole merveilleuse : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour, écoutez-le ». C’est lui seul que nous avons à écouter. Et tous les actes de notre vie quotidienne, tous les sacrifices du monde doivent servir au mystère de Dieu pour nous y faire entrer et découvrir la vérité de Dieu, du Dieu vivant.

Alors nous pourrons annoncer comme Paul nous le demande, les projets de grâce du Seigneur : « La grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux. Car notre Sauveur le Christ Jésus s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Evangile ».

Cette vie et cette immortalité sont-elles au cœur de votre vie ?

L’annonce de l’Evangile rentre-t-elle en creux en votre cœur et le creuse-t-elle toujours plus profondément pour trouver l’eau vive qui est le mystère du Seigneur ? Il faut que nous demandions au Seigneur, à deux genoux, oserai-je dire, d’entrer dans son mystère comme des mendiants qui n’ont qu’une ressource, celle de croire à la puissance de Dieu.

Le chrétien est un être démuni de tout en ce monde, l’apôtre plus encore. Cependant, il a en lui la chose la plus extraordinaire, la Parole, la parole qui blesse les cœurs, cette parole qui brise, qui taraude les cœurs et qui fait que les hommes se transforment. Ne vous fermer surtout pas à la Parole de Dieu, c’est la parole de vérité, elle est en vous, elle portera des fruits.

La Parole toute puissante de Dieu est invraisemblable, elle mène là où ne voudrions pas aller mais nous sommes tous prêts à rentrer dans le chemin du Seigneur. Et quoi qu’il nous demande, au bout du chemin, il y a la résurrection : la transfiguration n’est qu’un prélude à la résurrection.

Demandons au Seigneur, les uns pour les autres de ne pas avoir peur de ce mystère du Père et du Fils  qui s’aiment au point que ce Fils monte à la croix, douloureux mais lucide, douloureux mais joyeux. Que la joie de Dieu, du Dieu infini, du Dieu au-delà de tout soit dans votre coeur  et que vous soyez avec Jésus à chaque instant de votre vie. Qu’il vous forme, qu’il vous transforme, et qu’il nous conduise tous au moment où nous ressusciterons. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

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