Année B

 

Deuxième dimanche de Pâques

Actes des apôtres 4, 32-35 1 Jean 5, 1-6 Jean 20, 19-31

 

« Ces faits ont été mis par écrit, nous dit saint Jean, afin que vous croyez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » Les chemins pour rejoindre le Seigneur sont différents. Il suffit de penser au cheminement de Pierre, de Jean, de Thomas et de tant d’autres. Thomas est celui qui, dans la montée à Jérusalem, dit aux disciples à propos de Jésus : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui » (Jn 11,16). Cette proclamation de la foi n’a pas tenu devant la Passion et la Résurrection. Lorsque le Christ apparaît aux Onze alors que Thomas n’est pas là, Thomas doute, Thomas ne croit pas. Il a cette formule très forte : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirais pas ». Il y a un doute chez Thomas. Thomas veut en avoir le cœur net, c’est un tempérament très précis, très pragmatique et il veut en avoir des preuves. Le Seigneur accepte ce chemin. Il n’y a pas dans l’attitude du Seigneur envers Thomas de vrais reproches. Il lui dit : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets la dans mon côté : ne sois pas incrédule mais croyant ». Ce que le Seigneur veut, c’est que Thomas découvre son propre mystère dans le dessein de Dieu., dans l’attitude du Seigneur à son égard. Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Cesse d’être incrédule mais croyant. C’est l’attitude de fond que le Seigneur demande. Etre croyant, c’est découvrir que dans cet homme Jésus-Christ, le mystère de Dieu se dévoile et que nous pouvons dire avec Thomas : « Mon Seigneur et mon  Dieu ». Jésus souligne que le privilège qui a été donné à Thomas ne sera pas donné à tous : « Parce que tu m’as vu, tu crois, heureux ceux qui croit sans avoir vu ». Nous devons nous confier à la parole apostolique c'est-à-dire à ceux qui ont été les témoins. Nous devons écouter ces témoins du plus profond de nous même pour recevoir la grâce de la foi. La foi est ce mystère d’adhésion à la grandeur du Seigneur à qui nous pouvons dire : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Percevez-vous ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette parole de Thomas ? De l’attitude d’incompréhension, le voila qui découvre le mystère de son Seigneur, le cœur de son Seigneur, ce qui provoque en lui, l’adoration la plus totale : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il se donne au Seigneur auquel il ne croyait plus depuis sa mort et attend désormais de le découvrir dans sa résurrection. Ce qui fait le croyant, c’est cet engagement dans le mystère de Dieu.

Saint Jean nous dit : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ». Il s’agit pour nous de naître de Dieu. Croire, c’est naître de Dieu. Croire, c’est aimer comme Dieu aime. Croire, c’est se laisser porter par l’amour du Père. Dans la racine hébraïque d’Amen, il y a l’idée d’appui. Avoir la foi, c’est faire porter son poids sur Dieu. Un enfant se laisse porter par son Père et nous, nous avons Dieu qui accepte de nous porter parce qu’il est notre Père. Saint Jean nous dit encore : « Tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de Dieu ». La foi demande un engagement total de tout l’être, alors l’amour naît en nous. « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. » En suivant ainsi le Seigneur nous sommes les grands vainqueurs du monde dont nous parle saint Jean. Et il n’y a plus d’obstacles à l’amour fraternel. Nous enveloppons tous nos frères croyants ou incroyants de notre amour né de Dieu qui transforme le monde. Cela nous donne une vision toute différente de l’existence. Ce qui nous fait triompher du monde, c'est-à-dire de nos tendances mauvaises, c’est notre foi. Celui qui croit en Jésus-Christ triomphe du monde.

Nous avons à nous laisser prendre par cette foi qui crée la communauté comme nous le dit le livre des Actes de apôtres : « La multitude ce ceux qui avaient adhéré à  la foi, avait un seul cœur et une seule âme ». Avoir tout en commun, c’est l’idéal qui jaillit du témoignage apostolique et de la résurrection du Christ donc c’est l’idéal de la communauté chrétienne. La puissance de la grâce est sur cette communauté. Nous sommes ainsi devant le mystère de la recréation du monde. Le Seigneur dit à ses apôtres : «Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Ayant dit cela, il souffla sur eux et il leur dit : recevez l’Esprit-Saint »  (Jn 20, 21-22). C’est le souffle de Yahvé sur le chaos du monde, c’est une recréation. C’est la reprise dans le mystère du Christ du souffle de Yahvé. Le Seigneur leur donne l’Esprit-Saint, il les fait naître à l’amour et essentiellement à l’Esprit.

Que souhaiter de plus que croire à l’Esprit qui habite en nous, qui nous appelle à triompher du monde, à triompher de tous nos penchants mauvais et à regarder les commandements du Seigneur non pas comme un fardeau, mais comme une lumière qui rend notre route plus aisée ? Le Seigneur est là, au milieu de nous, il est spontanément au milieu de nous et l’Eucharistie est la continuation ce que nous venons de découvrir du Christ et de ses apôtres. Au moment de la consécration, par le pouvoir du sacerdoce, le Seigneur sera là au milieu de nous et il nous dira : « La paix soit avec vous ». Le Seigneur nous entraîne dans sa propre demeure. Il faut que nous nous laissions davantage faire pour découvrir ce qu’est véritablement la foi, la foi qui est confiance dans ce que Dieu décide de toute éternité, la foi qui est confiance dans ce que le Seigneur a fait tout au long de sa vie, confiance dans la résurrection qui est le nœud de tout, qui reconstruit le monde. Le monde est construit dans la mort et la résurrection du Christ qui nous parviennent dans le témoignage apostolique. Nous devons recevoir l’Esprit-Saint pour croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Il n’y a pas de joie si ce n’est dans cette plénitude de don que le Seigneur fait. La joie vient de Dieu, la joie vient du mystère du Père et du Fils, nous sommes pris dans cet amour ; c’est pour cela que nous gardons  ses commandements.

Dans l’Eucharistie, le Seigneur nous demande de s’engager dans son propre mystère qui est de participer à la joie que donne le Seigneur à ses disciples, à la paix qu’il leur partage, à cette plénitude de don et de bien qu’il leur communique. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Nous sommes envoyés dans le monde, envoyés pour triompher du mal, envoyés pour faire comme le Christ. Il faut mourir à nous-mêmes pour découvrir la joie de Dieu. Qui est vainqueur du monde, si ce n’est qui croit que Jésus est le Fils de Dieu. Il y a une joie, il y a une paix au cœur de l’Evangile qui nous enveloppe de partout parce que c’est celle-là même du Christ. Je voudrais que nous entrions dans le mystère de renaissance dans le Christ en prenant conscience que c’est la foi qui transforme notre regard. Nous voyons le monde d’une toute autre façon, nous voyons le monde sortir du Père pour venir nous prendre et nous ramener à lui. Désormais notre vie prend un tout autre sens. C’est le sens même que le Seigneur a voulu de toute éternité. C’est le sens de l’amour, de la plénitude de l’amour.

Alors nous reconnaîtrons que nous sommes enfants de Dieu si nous accomplissons ses commandements. Soyons des enfants émerveillés de ce que le Père a fait pour nous. Nous allons lui demander ensemble de découvrir avec émerveillement les chemins qu’il a sur nous, les chemins qui sont les siens. Il n’y a pas deux vocations identiques, chacune a son chemin, chacune est déterminée par le Seigneur et par notre réponse d’amour. Répondons simplement, humblement, en toute vérité à ce que veut le Seigneur et nous verrons qu’il nous tracera le sentier sur lequel il s’engagera avec nous. Le Seigneur est toujours avec nous. « Je suis tous les jours avec vous jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28,20) Demandons au Seigneur d’être dans la vérité et l’amour puisque l’Esprit de vérité et d’amour repose sur nous. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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