Année B

Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire de l’année B

Sagesse 7, 7-11  Hébreux 4, 12-13 Marc 10, 17-30

L’évangile nous met devant un paradoxe étonnant, celui de ne pas se fixer uniquement sur l’avoir, mais de se fixer sur l’être, de ne pas se fixer sur le fait de tout quitter mais d’apprendre à tout recevoir. La Parole de Dieu est ici extraordinaire. Elle nous met face à ce jeune homme qui vient trouver le Christ, qui a observé tous les commandements et que le Seigneur prend en affection. « Posant alors le regard sur lui, Jésus le pris en affection ». Jésus lui dit en guise de réponse à son ultime question : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis moi ».

Le jeune homme demande ce qu’il faut faire : « J’ai observé tous les commandements, que faut-il faire ? ». Ce qu’il faut faire, c’est « être », et c’est que le Seigneur veut lui faire découvrir. Jésus veut lui faire découvrir que le don total au mystère de Dieu lui manque. Etre dans la lumière de Dieu et trouver son trésor dans le Seigneur : « Viens et suis-moi ». C’est un appel profond qui rejoint le cœur du jeune homme riche mais qui reste cependant infructueux. Car le jeune homme est fixé sur de grandes richesses.

Nous avons tous à découvrir que nous sommes fixés sur nos richesses, sur ce qui nous empêche de découvrir le mystère de Dieu, sur ce don que le Seigneur veut nous faire et que nous oublions. Nous avons tous à découvrir que nous sommes fixés sur nos richesses, sur ce qui nous empêche de découvrir le mystère de Dieu, sur ce don que le Seigneur veut nous faire et que nous oublions. Nous avons à être et pour cela il faut tout quitter, tout laisser pour recevoir.

Laisser, quitter pour recevoir. Il est paradoxal qu’il faille quitter tout pour recevoir. C’est pourtant le sens de l’évangile. Il faut tout abandonner, être prêts à abandonner tout ce que veut le Seigneur pour recevoir gratuitement. Le don est celui de la gratuité ineffable que le Seigneur veut pour nous. Elle nous est donnée dans cette sagesse infinie qui est prière. Il s’agit pour nous de demander la sagesse : elle nous sera donnée. Il s’agit de tout quitter pour tout recevoir de Dieu.

Quitter pour recevoir. Il n’y a pas de plus beau mouvement dans la vie chrétienne que celui-là. Quitter pour recevoir. Comme saint Paul, laissons derrière nous tout ce qui fait difficulté, pour regarder devant nous et aller de l’avant pour être dans le mystère de Dieu tout entier. Mais cette vision de donner pour recevoir, de donner sans retour pour recevoir, n’est pas familière aux apôtres et ils ne comprennent pas. C’est pourquoi Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile de rentrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Les disciples sont déconcertés parce qu’ils ne comprennent pas que l’entrée dans le royaume de Dieu est cette gratuité, ce don, cette absence de calcul, cette absence de recherche mais elle est dans l’abandon totale à la Parole de Dieu et à son amour. Tout doit être ordonné à l’amour.

Devant les difficultés qu’ils rencontrent en entendant le langage de Jésus, les disciples lui demande alors : « Mais qui peut être sauvé ? ». Jésus les regarde et répond.  « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ».

« Tout est possible à Dieu ». Tout est possible parce qu’il y a au cœur de nos vies la Parole de Dieu, cette Parole plus coupante qu’une épée à deux tranchants qui pénètre jusqu’au plus profond de l’âme. Le Seigneur nous demande de nous livrer à cette parole, de savoir que nous sommes à nu devant elle et qu’elle nous appelle à cette réception de nous-même en lui. Nous croyons toujours bien faire « en faisant toujours plus ». Nous voulons faire, nous voulons agir, nous voulons faire des œuvres mais ce n’est pas le mouvement du Seigneur.

Le mouvement du Seigneur est de nous mettre devant lui à l’écoute de sa Parole, pour que toute aille selon le mystère de Dieu, que tout soit reconnu et que pour que nous découvrions que le seul qui existe, comme dit Jésus, c’est le « Bon Maître ». Le « bon », c’est le Seigneur. Personne n’est bon sinon le Dieu seul ! Nous avons découvrir ce mystère du don de Dieu qui est vraiment de tout quitter pour tout recevoir. C’est la loi de l’amour infini. Cela est demandé à tous, et pas seulement à ceux qui professent  les conseils évangéliques. Le Seigneur nous demande de tout quitter pour le rejoindre en vérité, pour connaître cette sagesse qui éclaire le monde, en fonction de quoi tout n’est qu’un peu de sable. D’ailleurs, si nous tendons à tout garder, notre bouche demeure avec un goût de cendres.

Il s’agit d’aimer la sagesse, c'est-à-dire d’aimer le Christ, d’aimer cette personne inouïe, inoubliable qu’est le Seigneur. Nous avons à le découvrir et rentrer en lui. Toutes les richesses du Seigneur sont nôtres mais ce sont des richesses données gratuitement, données avec simplicité, des richesses impossibles à acheter. « Vraiment, je vous le dis personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Evangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle ».

Demandons au Seigneur la grâce de lâcher nos grands biens. Nous avons de grands biens. Qu’ils soient petits n’empêchent pas qu’ils soient grands : ils nous empêchent de rentrer dans le mystère de Dieu. Ce fil qui nous tient est un obstacle à notre développement dans la lumière de Dieu et nous empêche de gravir la montagne de Dieu.

Dans l’Eucharistie que nous allons célébrer, nous  demanderons au Seigneur de nous laisser prendre par son amour, de nous laisser prendre par sa paix, par sa joie, de nous laisser envahir par son amour. C’est dans la joie de Dieu que tout est donné, c’est dans la joie que le Seigneur nous fait entrer, non pas en multipliant des actes mais en quittant tout.

Pierre, Paul, Jean, ont tout laissé pour le Seigneur et nous savons ce qu’il est advenu. Nous n’avons qu’à faire de même et nous connaîtrons la même vérité de l’Evangile, la même vérité, la même joie et  la même paix. Le Seigneur est le Seigneur : il fait des merveilles dans  nos vies. Il nous donne tout : des persécutions mais surtout la vie éternelle dans laquelle nous demeurons, dans laquelle nous faisons notre habitation.

Nous aimons le Seigneur et nous lui demandons de demeurer en lui. Il est notre amour, il est notre justification. Venons à lui et soyons à lui. «Viens et suis moi ». Amen

 

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta parole.Homélie, année B. Parole et Silence )

 

 

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