Année B

Vingt-septième dimanche du temps ordinaire de l’année B

Genèse 2, 18-24  Hébreux 2, 9-11 Marc 10, 2-16

Nous avons aujourd’hui deux très beaux textes concernant le mariage : l’un sur la création de la femme et l’origine du mariage, l’autre sur l’indissolubilité du mariage. Ces textes sont d’une extrême importance parce qu’il traduise le mystère même de la création et ce que le Seigneur veut à travers elle. Et pourtant ce ne sont pas ces textes que je commencerai, je voudrai m’arrêter sur une phrase de l’épître aux Hébreux qui est d’une profonde richesse. 

« Si donc Jésus a connu la mort, c’est par grâce de Dieu, pour le salut de tous ». Il y a un paradoxe inouï dans cette affirmation : c’est par grâce que la mort du Christ nous est donné, c’est par l’expérience de la mort que le Christ vient à tous. Le Christ fait l’expérience de la mort mais il ne regarde pas cela comme un punition. Il la regarde dans la lumière de Dieu et il y voit la grâce de Dieu. Une grâce inouïe, la grâce de passer auprès du Père, la grâce même de Dieu.

Le Christ a goûté la mort parce qu’il voulait nous sauver. Tout est là ! Si la mort est une grâce, c’est parce que dieu veut avoir une multitude de fils à conduire jusqu’ à la gloire. Il veut avoir une multitude de fils qui soient le reflet de ce qu’il est. Pour cela, il était normal qu’il mène à sa perfection par la souffrance celui qui est à l’origine du salut de tous. De nouveau, nous retombons paradoxalement, dans la souffrance.  « Il était normal qu’il mène à sa perfection, par la souffrance celui qui est à l’origine du salut de tous ». La passion, la mort, la souffrance, sont exprimées avec la force même du mystère de Dieu. Ces phrases nous scandalisent quelque peu si nous ne prenons pas ces expressions par le fond. Le Seigneur a besoin de nous sauver, jusqu’ au bout en nous menant à la perfection. Il est à l’origine du salut de tous et il veut nous conduire à la plénitude de la joie. Car ce que Dieu veut, ce n’est pas la souffrance, ni la mort, mais la béatitude et le bonheur. Pour cela, l’évangile ne biaise pas : il faut passer par la souffrance et la mort qui seules, sont capables de nous sanctifier.

Nous avons à aimer comme le Christ nous aime, comme le Père nous aime. Nous le pouvons parce que Jésus qui sanctifie et les hommes qui sont sanctifiés sont de la même race, comme dit l’épître aux Hébreux. Nous sommes des frères du Christ : « Il n a pas honte de nous appeler ses frères ». Le mystère de la passion et de la mort du Christ nous paraît quelquefois si douloureux  et incompréhensible que l’écriture nous invite à fixer les yeux sur ce mystère avec un regard éclatant de lumière, avec la certitude que la mort nous mène à la gloire, que la mort est là pour la vie, pour la plénitude de la vie. Il y a un don de Dieu qui est la vie et celle-ci doit s’épanouir en plénitude dans la vérité de l’amour que le Christ nous manifeste.  « Il les aima jusqu’au bout » (cf Jn 23). Nous avons à être comme le Christ « Tel il est lui, nous dit Saint Jean, tels nous sommes, nous, dans le monde » (cf 1 saint Jn).

Le Seigneur veut notre gloire c'est à dire notre transfiguration dans la lumière de Dieu et notre entrée dans ce qu’il y a de plus intime dans le mystère de Dieu car nous sommes appelés à y communier. Nous sommes invités à communier jusqu’ au bout du mystère de Dieu en faisant l’expérience de la mort  par la souffrance et de la résurrection. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit ? » (Luc 24,26). Il faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu.

Vivre le mariage chrétien, c’est avoir constamment à l’arrière-plan cette vérité de l’Evangile toute entière prise dans le mystère infini de paix et de joie de Dieu. Mais le texte de l’épître aux Hébreux est bouleversant de franchise et de vérité. Il s’agit de « goûter la mort » et d’en faire une gloire pour le Seigneur. Nous avons à être conduit nous-mêmes à la gloire et comme le Créateur et Maître de tout veut avoir une multitude de fils, nous devons passer par la croix et la résurrection.

Croyons-nous à la croix et à la résurrection ? Croyons-nous à cette croix qui pénètre jusqu’ au cœur et qui triomphe de tout ? Croyons que la croix est capable de nous sauver de toutes nos misères, de toutes nos faiblesses ? Voilà ici le fondement du mariage chrétien, comme la vie en Dieu. Nous savons qu’il est difficile de bien vivre une vocation que ce soit celle du mariage ou une autre. Pour bien vivre, nous avons besoin de la grâce de Dieu, nous avons besoin qu’elle devienne naturelle et qu’elle nous prenne au plus profond de nous-même pour nous changer. Nous avons besoin de la grâce pour être nous-même et nous découvrir tels que nous sommes. La plupart du temps, nous ne nous connaissons pas comme le Seigneur nous connaît et nous avons besoin d’être connu du Seigneur pour nous connaître nous-mêmes.

Demandons au Seigneur d’entrer dans l’expérience de la grâce de Dieu qui est sur nous pour le salut de tous. Nous sommes dans la grâce de Dieu. Une grâce inouïe qui nous fait chanter l’amour de Dieu dans la détresse. Pour les martyrs, les saints ont vu dans la gloire le chant d’amour de Dieu. Avez-vous pensé que Saint François d’ Assise chante les béatitudes, chante la plus grande gloire de Dieu, lorsqu’il est aveugle, sur une paillasse en compagnie des rats ? Il est vraiment démuni, tout a disparu, il ne lui reste plus que la gloire de Dieu. Et saint Jean de la Croix, écrit le plus beau chant d’amour, prisonnier dans un réduit ! Il y a là une expérience que seuls font les saints mais qui est la norme de la vie, de la vérité.

Le Seigneur nous veut lumineux, transparents, pleins de gloire. Nous sommes devant l’appel à la perfection de l’amour qui est plénitude de charité. Demandons au Seigneur d’ y entrer puisque nous sommes de la même race que Jésus, que son sang est notre sang, que sa chair est notre chair et qu’il n’a pas de honte à nous appeler ses frères. Laissons-nous devenir des êtres pourchassés par l’amour de Dieu, pourchassés par la vérité de l’amour. Nous ne nous laissons pas souvent pourchasser par l’amour et pourtant l’amour est bon mais le Seigneur ne nie pas que pour  transformer notre amour en véritable charité, il faille la souffrance et finalement la mort. Il faut que nous demandions au Seigneur de comprendre cela ; attention, il ne s’agit pas de masochisme ! Le Seigneur ne se plaît pas à faire souffrir, c’est nous par notre péché, notre manque de transparence, notre manque de lumière, empêchons l’amour de Dieu de faire son œuvre. La croix est la révélation bouleversante de cet amour qui nous enveloppe. La croix est là, mais c’est la croix de gloire, la croix qui nous sanctifie et qui nous sauve.

Dans l’Eucharistie que nous allons célébrer, nous demanderons au Seigneur d’être au cœur du mystère de l’Eglise, d’être avec le Christ qui s’est abaissé et que Dieu a couronné de gloire et d’honneur. Nous, nous ne nous sommes pas abaissés, nous sommes au même niveau que lui puisqu’ il est venu vers nous et pourtant nous sommes appelés à être couronnés de gloire et d’honneur, déjà dans notre vie. A la mesure où nous sommes fidèles à ce que le Seigneur nous appelle à faire, nous connaissons l’expérience de la joie, l’expérience de la lumière, l’expérience de l’amour.

Chantez l’amour de Dieu, chantez le du fond de votre être et laissez-vous prendre par Celui qui veut vous mener à sa perfection. Qu’il vous mène là où il veut, comme il veut, de la manière qu’il veut. Ne mettez pas de limites, si vous en mettez, le Seigneur les brisera jusqu’ à vous amener à plus de souffrance parce que vous n’aurez pas été fidèle à cette souffrance qui appelle à l’amour.

Demandons ensemble de connaître cet amour de Dieu, de connaître cet amour qui fait de nous des frères. Nos frères nous sont donnés gratuitement, nous avons à les aimer gratuitement, nous avons à les recevoir de la main du Père. Alors tout devient lumineux au cœur même de la souffrance et de la mort. Nous sommes dans un monde en gestation qui éclatera dans la gloire. Que nous soyons avec le Christ, à jamais. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta parole.Homélie, année B. Parole et Silence )

 

 

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