Année B

Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire

Livre des Nombres 11, 25-29 Jacques 5, 1-6 Marc 9, 38-48

 

Le Seigneur nous donne  dans la lecture du livre des Nombres un esprit de tolérance : « Le Seigneur descendit dans la nuée pour s’entretenir avec Moïse. Il prit une part de l’Esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple. Dés que l’Esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas. Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’Esprit reposa sur eux ; bien que n’étant pas venus à la tente de la Rencontre, ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ».Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse pris la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! ». Mais Moïse lui fit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux, pour faire de tout son peuple, un peuple de prophète ! ».


Une réalité fondamentale est manifestée ici : l’action déborde les institutions même que Dieu crée. Il les déborde et il agit à sa guise pour révéler le mystère de sa transcendance et de sa liberté. Les deux hommes qui sont restés dans le camp et qui n’ont pas été sur la montagne reçoivent l’Esprit comme les autres. Moïse ne s’étonne pas. Lorsqu’on demande de les arrêter, il dit simplement : « Serais-tu jaloux pour moi ? ». Le souhait de Moïse est que tout le peuple soit un peuple de prophètes. A la pentecôte, l’Esprit-Saint crée ce peuple de prophètes pour rendre gloire à Dieu, pour témoigner des merveilles de Dieu, pour annoncer au monde le salut.


Nous trouvons la même idée dans l’Evangile de saint Marc. « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; mais cet homme n’est pas de ceux qui nous suivent, et nous avons voulu l’en empêcher ». Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom, ne peut pas aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». C’est une attitude de compréhension, une attitude d’ouverture, une attitude de paix et de joie, de compréhension fraternelle. Nous devons accepter ce que le Seigneur fait, nous devons accepter les attitudes qu’il choisit. Le Seigneur demande d’ailleurs que la plus petite chose faite par quelqu’un (comme donner un verre d’eau fraîche), ne reste pas sans récompense. Mais cette tolérance à l’égard de ceux qui ne sont pas, je dirais, de notre bord, de ceux qui ne sont pas dans la sphère visible de l’Eglise, nous avons à la découvrir beaucoup plus profondément, en découvrant la profondeur de notre péché. Nous avons à découvrir à quelle profondeur de péché nous pouvons descendre. Si nous sommes touchés par ce mal qui est au fond de notre cœur, nous pourrons nous ouvrir à nos frères et comprendre leur souffrance et les aimer même s’ils ont péché.


Vous connaissez les formules hyperboliques qu’il y a dans l’enseignement du Christ : « Celui qui entraînera la chute d’un de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou, une de ces meules que tournent les ânes et qu’on le jette à la mer. Il vaut mieux être estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Il vaut mieux avoir le pied coupé pour entrer dans la vie éternelle ».


Ces formules signifient l’absolu du Royaume de Dieu, l’absolu de l’amour, l’absolu de la vérité. Nous sommes pris dans une attitude du Christ de compréhension de nos frères au plus profond d’eux même. Jésus-Christ nous apprend à les comprendre pour ce qu’ils sont mais à les comprendre avec amour. Le Seigneur veut que nous sachions découvrir le péché qui est en nous et que nous puissions entrer dans la miséricorde de Dieu avec cette plénitude et cette vérité que le Seigneur demande.


Le Seigneur condamne en vérité le péché qui entraîne la chute d’un petit, car c’est commettre un péché contre la charité qui est au cœur de l’Evangile. « Il vaudrait mieux dit Jésus … ». Nous entrons dans le mystère de choix ; il faut choisir dans ce que le Seigneur demande, il faut choisir dans la toute la vérité du Seigneur, dans le don de lui-même, et nous laisser entraîner dans le feu de son amour. Nous sommes frères de tous les hommes, et nous devons être tolérants pour eux, nous devons comprendre tous nos frères. Si paradoxal que cela soit, la vérité nous oblige, non pas au sectarisme, mais au contraire à la pleine lumière, à la pleine vérité, à la pleine compréhension de l’autre. Nous avons à comprendre nos frères jusqu’au bout, comme le Christ nous a aimé jusqu’au bout. Nous avons à les comprendre de l’intérieur. Le miracle qu’accomplit le Seigneur est ce miracle de compréhension intérieure, de compréhension par le fond, de compréhension par le cœur.


Nous devons demander au Seigneur de nous jeter dans cette miséricorde infinie. Sinon, nous ne faisons que de l’argent qui disparaîtra, des vêtements qui seront mangés par les mites, la rouille qui dévorera. Il faut vraiment amasser pour le Seigneur, pour lui uniquement. Nous sommes pris dans un monde où la guerre fait rage comme jamais, entraînant souffrance et misère. Il nous faut retrouver les réalités de l’amour, les retrouver pleinement. On massacre des gens, on tue l’innocent sans qu’il résiste. Nous devons devenir des êtres qui soient artisans de paix, des artisans de la charité fraternelle, de la charité qui construit le monde, de la charité qui construit l’Eglise.


Le Seigneur ne mâche pas ses mots : « Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec ses deux pieds dans la géhenne ». Il s’agit de se donner au Seigneur totalement et pour cela il faut couper les liens qui nous entraînent au péché. Il faut nous lancer dans le mystère de Dieu avec sa grâce pour le connaître et le comprendre.


Découvrir le Royaume de Dieu, qu’est-ce sinon découvrir cette exigence d’amour qui est compréhension et tolérance mais qui est aussi appel à entrer dans le mystère de Dieu ? C’est un appel à nous laisser faire. Nous devons mesurer l’invraisemblable aventure que le Seigneur nous invite à découvrir : il nous livre au monde comme il s’est livré lui-même.  Nous avons à vivre à sa suite et si lui, Jésus n’a pas eu à se défendre du péché, nous avons d’abord à nous défendre du péché pour nous donner tout entier et rentrer dans le Royaume de Dieu.


Nous devons aimer comme le Christ à aimer avec cette compréhension, cette transparence, cette attitude que le moindre de nos gestes ou la moindre parole peut avoir une signification profonde car c’est le rapport au Christ qui est engagé. « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ. Amen, je vous le dis : il ne restera pas sans récompense ». Le Seigneur nous appelle à le découvrir dans la chose la plus minime, lui qui est notre rédemption, notre joie, notre vérité, notre amour. Soyons un peuple de prophète annonçant les merveilles de Dieu et la joie de la rencontre avec Dieu et nos frères. Le plus grand don que le Seigneur nous a fait, ce sont nos frères, il faut les aimer.


Demandons au Seigneur de ne pas scandaliser les petits, les faibles, tous ceux qui sont nos frères mais d’entrer dans la miséricorde de Dieu et d’aimer comme le Christ à aimer en nous laissant conduire par l’Esprit. L’Esprit-Saint peut tout transformer en nous, il en a la capacité, il nous invite à découvrir des chemins que nous ne connaissons pas. Entrons dans ces chemins avec lui, entrons dans le mystère de Dieu, ce mystère qui est notre joie et notre paix. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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