Année B

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

Sagesse 2, 12-20 Jacques 3, 16-4,3 Marc 9, 30-37

 

Il n’est pas de jour où nous n’ayons pas de nouvelles effrayantes à entendre, des images atroces à voir. Nous mesurons que nous sommes dans un monde d’atrocités, un monde de mal et de péché qui nous enveloppe de partout.

Le monde qui est là devant nous est un monde déchiré dont nous partageons le sort. Le Seigneur le connaît et il sait à quelles profondeurs d’atrocités le mal existe. Jésus instruisait ses disciples pour leur annoncer que tout était dans la mort qu’il allait subir et dans la résurrection qu’il connaîtrait ensuite. « Le Fils de l’homme est livré entre les mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après il ressuscitera ».

Les paroles du Christ sont extraordinaires : elles montrent la profondeur du mal qui assaille les peuples, ce mal qui nous torture et nous touche. Le Fils de l’homme mourra livré aux mains des hommes, c'est-à-dire livré à cette méchanceté qui va jusqu’au fond du cœur, et qui fait que tout est pris dans le mal. Qu’ y a-t-il de plus terrible que la mort du Fils de Dieu ? Le Fils de l’homme va mourir dans sa chair, le Seigneur le sait. Nous ne pouvons mesurer la profondeur du mal que si nous contemplons de l’intérieur cette destruction du corps du Christ qui est le cœur de la vie du monde.

« Livré aux mains des hommes » ! Il n’ y a pas de formule plus atroce ! Pour le Christ, l’atrocité suprême est d’être livré aux mains des païens. Il est livré au mal, il le dit à ses disciples mais ceux-ci ne comprennent pas. Ils ne peuvent pas comprendre et ils ont même peur de l’interroger. Pourtant, il est facile de percevoir dans l’attitude du Christ combien il veut se faire comprendre des apôtres et leur annoncer son mystère de mort et de résurrection. La pédagogie du Seigneur échoue devant ces perspectives qui ne sont pas familières aux apôtres. Ils croient à ce que dit le Seigneur mais ils ne savent pas ce qu’il veut dire. Et ce qu’il y a de plus terrible est que la seule chose que se demandent les apôtres est « quel est le plus grand » ? 

« Ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ». Le Christ qui connaît le fond des cœur leur livre son secret : « Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». Pour répondre au mal qu’il y a dans le monde la seule solution est d’être le dernier de tous et le serviteur de tous ! Le Seigneur nous appelle à une plongée dans son mystère pour découvrir que c’est dans l’enfant qui n’a pas de puissance, qui n’a pas voix au chapitre que se tient tout le mystère de Dieu. Remarquez bien la scène : « Prenant alors un enfant, il le place au milieu d’eux, l’embrasse, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé ».

C’est un horizon immense qui s’ouvre devant nous car nous avons à être des enfants. Le texte de la Sagesse nous parle de ce monde de misères et de souffrances qui conduisent au mal : « Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : attirons le juste dans un piège car il nous contrarie, il s’oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu… condamnons-le à une mort infâme ». Et saint Jacques décrit notre monde : « D’ où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-même ? ». Ces textes nous disent que toutes les tragédies viennent du mal qu’il y a dans le cœur de l’homme. Tout cela le Seigneur le sait et nous demande d’en prendre conscience. Nous n’avons qu’une chose à faire c’est à être le dernier de tous et le serviteur de tous. L’amour du Seigneur est dans cette toute petite place qu’il a prise, et il nous demande d’être, à notre tour, serviteur.

Il y a dans le mystère du Christ cette volonté de s’affronter au mal pour de bon avec sa puissance et son amour. Y croyons-nous ? Hélas, nous aussi nous discutons de choses futiles et le Seigneur nous invite à le regarder, lui le serviteur.

« Etre le dernier et le serviteur de tous ». Est-ce possible ? Comment est-ce possible ? Un enfant est l’image de celui qui est prés du Seigneur. Il nous faut rentrer dans ce mystère de petitesse et d’enfance. L’enfant par excellence, c’est le Christ. C’est le Christ qui est enfant de son Père et qui accomplit sa volonté. Nous avons à rentrer dans ce mystère jusqu’au bout. Croyons-nous à ce mystère de petitesse ? Ces guerres, ces attentats, ces massacres nous appellent-ils à plonger dans le mystère de Dieu, à voir les choses dans l’angle où le Seigneur les voit et non comme nous les voyons ? Le Seigneur nous demande d’inverser toutes les valeurs. Les valeurs les plus fondamentales sont les valeurs de don et d’amour, accueillir le plus petit comme le plus grand, accueillir le plus petit qui nous donne d’accueillir le Christ lui-même et Celui qui l’a envoyé.

Ce mystère d’enfance nous permet de vivre les Béatitudes, nous permet de vivre l’amour de Dieu, nous permet , malgré toutes ces souffrances et ces misères, d’être ouvert aux malheurs de nos frères et d’aider ceux qui sont en difficultés. Etre prêts à tout donner. L’amour, la vérité de l’amour est le don du Seigneur, le don infini qui fait de nous des artisans de paix. S’il y a une contagion dans le mal, il y a aussi une contagion dans le bien. Nous avons à nous appeler les uns les autres dans le même mystère et nous devons laisser nos frères nous ouvrir à ce même mystère.

Laissons-nous faire, laissons l’amour pénétrer en nous et nous donner un regard nouveau, un regard qui ne soit pas celui de la tristesse mais de l’amour. Durant tous ces mois que nous venons de vivre, il y a vraiment une souffrance atroce qui jaillit devant ce malheur du monde et des victimes innocentes. Il doit y avoir en nous une compassion infinie, active, vivante comme celle du Christ qui soit réception de l’autre et entrée de l’autre dans le mystère de communion avec Dieu.

Dans l’Eucharistie que nous allons célébrer, nous demanderons au Seigneur d’entrer dans cette passion avec le Christ. Nous sommes faits, comme le Christ, pour notre heure de la manière qu’il veut et comme il veut. Pour cela, il faut s’y préparer et vouloir rentrer dans le mystère du Christ. Nous demander qui est le premier ou le dernier n’a aucun sens et le Seigneur le montre bien par son attitude. Clamons au Seigneur notre indigence : nous sommes des pauvres, nous ne savons pas aimer, nous sommes des pauvres, nous savons pas donner, nous sommes des pauvres, nous ne savons pas nous ouvrir aux malheurs de l’autre. Demandons au Seigneur de changer notre regard, de nous transfigurer de l’intérieur et de nous donner de devenir des êtres nouveaux. Le Seigneur a besoin que nous manifestions au monde son vrai visage. Il faut que nous soyons sûrs que la joie de Dieu transparaisse sur notre visage. Nous sommes engagés dans ce mystère de croix et de résurrection, de tendresse et de joie. Nous ne pouvons pas vivre sans les Béatitudes sinon notre vie est infernale (sic). Il faut découvrir que Dieu aime, Dieu aime à l’infini. Il fait de nous des êtres capables de porter les souffrances de leurs frères et d’entrer dans leurs souffrances.

Nous avons à entrer dans ce mystère de joie qui est au cœur du mystère du Christ. « Je vous laisse ma paix, je vous laisse sa joie ». (cf J n 14,27). Le Seigneur nous a promis le bonheur moyennant que nous apportions les conditions que le Seigneur veut, conditions d’accueil et d’amour, conditions d’accueil et de joie. Demandons au Seigneur d’entrer dans ce mystère et nous serons des témoins fidèles du Seigneur. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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