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Dimanche 31 août 2008 Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire Jérémie 20, 7-9 Romains 12, 1-2 Matthieu 16, 21-27
« Seigneur, tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire. » Cette exclamation de Jérémie traduit l’intensité du drame dans lequel il est engagé, dans un combat sans merci avec la puissance de Dieu. Et le Seigneur l’a emporté ! « Il y avait en moi, comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser sans y réussir ». Cette lutte est le type d’aventure chrétienne qui nous saisit au plus profond de notre être pour nous jeter sur la route de la Parole de Dieu. Mais devant cela, injures et moqueries ne tiennent pas. « Je me disais : je ne penserais plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom. Mais il y avait en moi, comme une feu dévorant. » Le feu dévore. Le feu vous a-t-il dévoré ? C’est cela qui est en jeu dans nos vies : que nous soyons dévorés par le feu de Dieu, par ce feu qui est miséricorde et tendresse, mais qui passe par des chemins invraisemblables et nous conduit là où ne voudrions pas aller. Le Christ n’a pas biaisé. Pierre a dit que le Christ était le Messie, le Fils du Dieu vivant. Mais il s’imaginait encore un Messie triomphant, un Messie glorieux, un Messie qui ferait passer directement dans la Jérusalem céleste. Et voilà que le Seigneur annonce ce qu’il va se passer pour lui : souffrir, être tué et finalement ressusciter. Alors Pierre se met à faire à Jésus des reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur, cela ne t’arrivera pas ». Mais le Christ riposte avec violence : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celle de Dieu, mais celles des hommes ». Voilà que le Seigneur renvoie Pierre à une plus profonde connaissance de son mystère. Celui qui a confessé le Christ, qui l’a confessé au nom des apôtres, au nom de toute l’Eglise, en notre nom à tous, le Seigneur va lui dire que le mystère de la vie chrétienne n’est pas du tout ce qu’il imagine. La logique de la vie chrétienne, c’est la croix ! Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Voilà la logique du Seigneur. C’est une séduction, comme il n’en a pas, la plus étonnante séduction qu’il soit. Nous sommes passés par la mort et la croix pour triompher dans l’amour. Il faut perdre sa vie pour la garder. Constamment, dans l’Evangile, nous aurons cette invitation à renoncer à nous-mêmes, c'est-à-dire à renoncer à nos propres vies, à nous dégager des images, que nous avons tous dans l’esprit, du triomphe du Seigneur qui passerait à travers nos mains et qui ramasserait tout. Le Seigneur ne nous a pas promis cela. Ce qu’il nous promet souverainement, c’est sa croix. C’est très compréhensible : la croix est le mystère d’ouverture à l’amour, à l’amour qui est tout. Le Père et le Fils ne sont qu’un, un dans l’amour. Ils se donnent l’un à l’autre. Nous avons à entrer dans ce mystère de don total, de don réciproque, et à nous oublier nous-mêmes. Le Seigneur par sa croix et sa résurrection nous engage sur cette voie. Mais de nous-mêmes, nous sommes scandalisés. Non, cela ne t’arrivera pas ! Combien de fois ce cri n’a-t-il pas jailli de nos cœurs ? Non, ce n’est pas la route que tu devrais suivre ! Et pourtant, c’est le Seigneur qui nous la montre, c’est le Seigneur qui la prend en premier pour nous précéder. Il est le chemin, la vérité, la vie. Nous avons à suivre le Seigneur, à le suivre au prix de notre vie, car c’est lui qui décide du chemin et ce chemin ne nous le connaissons pas d’abord. Pour nous, ce chemin est le Christ mais il n’est pas défini pour chacun d’entre nous et ne se définira pour chacun de nous que concrètement, pas à pas, dans la lumière de Dieu. C’est d’ailleurs ce que nous dit St Paul : « Je vous exhorte mes frères par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable ». Offrir nos personnes et nos vies en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu, c'est-à-dire suivre le Christ, être des adorateurs en esprit et vérité, être des hommes qui laissent ce buisson ardent nous envahir, être des hommes qui laissent ce feu dévorant nous consumer pour nous emporter vers lui. Quoi qu’il en soit de la moquerie, quoi qu’il en soit des injures, nous avons à être fidèle au Seigneur au plus profond de notre être. Dieu est pour tout homme- il le pressent plus ou moins – un feu dévorant. Il y aura toujours une heure où le feu nous dévorera, ce sera notre mort, mais notre mort doit être vue dans la vie, dans la vie de Dieu. C’est un passage vers Dieu. Mais le Seigneur nous séduit jusqu’à nous introduire dans son propre mystère. Demandons au Seigneur d’avoir l’intelligence de sa parole. C’est une parole que le Saint Esprit écrit dans nos cœurs et qui nous dévore. Laissons-le nous dévorer par sa parole, nous transformer par les pensées de Dieu qui ne sont pas les pensées des hommes. Laissons-nous transformer sur le modèle su Seigneur ou plutôt laissons l’Esprit Saint écrire au fond de notre cœur ce qu’il y a à écrire. « Il y a en moi, un feu dévorant. » « Il y a en moi une eau vive qui murmure et me dit : Viens vers le Père ». Cette formule de St Ignace d’Antioche est un appel à la vie, à la plénitude de la vie. Nous aurons beau dire : je ne penserai plus à lui ! Il s’impose à nous, comme le fiancé pense à sa fiancée. Le mystère de Dieu pénètrera nos vies et les transformera. Ensemble dans l’Eucharistie, nous allons demander au Seigneur de découvrir cette croix qui ouvre sur la lumière de Dieu, qui ouvre sur la lumière du ciel. Il n’y a pas d’autre lumière. La vérité de Dieu est là. Elle est là dans l’Eucharistie, et sa toute puissance est là pour nous livrer à l’amour. Laissons nous séduire par le Seigneur qui est un séducteur invraisemblable. Il vous séduira de la façon que vous n’imaginez pas, mais laissez-vous faire. Il vous découvrira ce qu’il est, c'est-à-dire plénitude d’amour, plénitude de joie, plénitude de paix, plénitude de vérité. Nous sommes dans la main de Dieu. Qu’il nous ouvre le cœur et que notre cœur s’ouvre à l’inouï de Dieu, cet inouï qui est la vérité de nos vies. Amen ! (Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence ) |
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