Année B

Vingt et unième dimanche du temps ordinaire

Josué 24, 1-18 Ephésiens 5, 21-32 Jean 6, 60-69

 

Le Christ est venu nous apporter la paix et c’est pourtant par la division qu’il pénètre en nos cœurs. La scène d’aujourd’hui est particulièrement significative. Il vient révéler nos cœurs, les révéler à eux-mêmes et dévoiler ce qu’il y a au plus profond de nous-mêmes.

Après que le Christ eut dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». «  Beaucoup de disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ». Il est vrai que les paroles du Christ disant qu’il donne sa chair à manger et son sang à boire sont invraisemblables ! Le Christ connaît cela de l’intérieur, il connaît ses disciples, et il sait que cela les heurte. « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ? ». Le Christ se situe dans son propre mystère c'est-à-dire auprès de son Père. Il vit dans le Père.

Je voudrais que vous mesuriez la tristesse infinie qu’il y a dans le cœur du Christ qui vient de ce qu’il s’offre tout entier, qu’il annonce la parole la plus extraordinaire qui soit. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». Ses paroles ne sont pas reçues par ses disciples. « Et les siens ne l’ont pas reçu ».(Jn 1,18). Mais le Christ sait qui le livrera, il le sait depuis le commencement, il le sait depuis toujours. La conscience du Christ est le nœud de tout. Il se livre pour nous. Il se livre en se donnant totalement, en se donnant dans la mort et la résurrection. Nous devons penser à ce mystère du Christ devant chaque acte de notre liberté, devant notre liberté qui peut défaillir, qui peut se refuser.

Le Christ propose, il propose sa Parole, il propose le mystère de Dieu. Vous remarquerez qu’il ne fait aucune pression sur quiconque. Il s’offre tel qu’il est pour que nous fassions face à lui un choix libre. Il attend que nous prenions parti et que nous le confessions. Dans la question adressé aux douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? », il y a une profonde angoisse. C’est l’angoisse du Christ devant ce refus qui va être au cœur de sa vie, qui va la dominer et qui est vraiment le drame de la vie du Christ.

« Voulez-vous partir vous aussi ? ». « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à  la manière dont une poule rassemble sa couvée et vous n’avez pas voulu. » (cf Lc 19,41) Il y a dans le mystère du Christ une agonie fondamentale, au sens le plus profond du terme, un combat mais un combat mortel qui s’annonce dans la scène d’aujourd’hui. Le Seigneur laisse à ses disciples la liberté. Il les laisse devant son mystère, il les laisse choisir. Et Simon-Pierre choisit au nom de tous : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu ». Pierre confesse que les paroles de la vie éternelle sont celles du Christ et que le Christ est le Messie, le Fils du Dieu vivant. C’est ce qu’il dit dans les autres évangiles, lorsque interrogé pour savoir qui il est, Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (cf Mt 16). 

« Tu as les paroles de la vie éternelle ». C’est à nous de dire notre conviction fondamentale, c’est à nous de nous engager définitivement, de découvrir que les paroles du Christ sont des paroles qui fondent notre vie et qui nous orientent vers lui. Elles sont Esprit. « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. » Il s’agit d’être avec le Christ, de croire au Christ et de recevoir sa vie.

Nous avons à découvrir le mystère du Christ présent en chacune de nos libertés. Il faut découvrir aussi la possibilité du refus de l’homme devant le Christ. Celui-ci en a fait l’étrange expérience : lui, le Fils de Dieu est rejeté. A l’arrière plan de toute cette scène, il y a la croix et la résurrection. C’est là qu’il nous sauve.

Le Christ savait ceux qui ne le croyaient pas et celui qui le livrerait. Ces paroles de saint Jean veulent nous traduire ce qui se passe au fond du cœur du Christ. C’est une souffrance intolérable, la souffrance que le Christ supporte, l’intolérable de l’amour, de cet amour qui le jettera sur la croix et dans la résurrection. Il ne pourra pas faire autrement. A la question « voulez-vous partir ? « la seule réponse du Christ est sa passion et sa résurrection. Il est prêt à se donner pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en plénitude.

C’est ce qui fonde l’amour dans le mariage chrétien. Saint Paul nous dit que l’homme et la femme s’aiment comme le Christ aime l’Eglise. C’est vraiment ce mystère d’union qui vient dans les époux et pénètre leurs vies entières.

Dans l’eucharistie que nous allons célébrer, nous allons affirmer plus que jamais que « celui qui mange  ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». Nous allons essayer de faire silence en nous pour découvrir combien il est intolérable pour le Christ d’être ainsi rejeté. La parole du Christ la plus intolérable aux oreilles humaines provoque au cœur du Christ une agonie, une souffrance, une mort qui s’épanouira dans la croix et la résurrection. Demandons au Seigneur de comprendre que les paroles de Pierre nous sont adressés : « Seigneur, vers qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » Nous ne pouvons que découvrir l’amour infini qui est là, tout près de nous et qui nous enveloppe de son amour. Le Christ nous pose à chacun de nous la question : « Voulez-vous partir ? ». Comme Pierre nous répondrons : « Nous savons, nous croyons que tu es le Saint de Dieu, le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. (Méditations et homélies dominicales pour l'année B).Parole et Silence).

 

 

 

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