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Dimanche 24 août 2008 Vingt et unième dimanche du temps ordinaire Isaïe 22, 19-23 Romains 11, 33-36 Matthieu 16, 13-20
Nous avons souvent entendu ce texte de l’évangile de Matthieu et je me demande, en le proclamant à nouveau si nous croyons en vérité ce qu’il dit. Il y a certainement dans notre mentalité à tous, plus ou moins consciemment, plus ou moins profondément, comme une sorte de rejet de l’Eglise, comme une sorte d’oubli de ce qu’elle est. Croyons-nous vraiment que le Christ a donné pleins pouvoirs à Pierre et à ses disciples ? « Tout ce que tu auras lié sur la terre, sera lié dans les cieux et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » C’est une interrogation qui nous touche au plus profond de notre cœur et que nous devons méditer. Croyons-nous à l’Eglise ? L’Eglise est-elle cette réalité du Royaume et de la vie éternelle commencée en nous ou bien n’est-elle qu’une institution parmi tant d’autres institutions plus ou moins destinées à disparaître ? Souvent nous nous demandons si les paroles de l’Eglise que nous venons d’entendre sont des paroles qui viennent du mystère de Dieu. Il y a en effet un paradoxe inouï. Le Seigneur a confié son Eglise à des hommes. Et cette Eglise doit remettre les péchés, cette Eglise doit triompher de la mort, cette Eglise a les clefs du royaume : il me semble que nous hésitons souvent devant la plénitude de ces affirmations. Certes, on a souvent présenté l’Eglise comme un bloc monolithique, comme si elle déclarait des affirmations infaillibles, mais il y a à découvrir la réalité de l’Eglise dans sa profondeur de sa foi et d’amour, dans sa profondeur de miséricorde et de vérité. Le texte de Matthieu est tout entier centré sur la question du Seigneur : « Pour vous qui suis-je ? ». Simon-Pierre répond au nom de tous : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! ». Le Seigneur lui répond : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ! ». Heureux es-tu ? Sommes-nous heureux de confesser le Christ ? Sommes-nous heureux de découvrir le mystère du Christ ? Sommes-nous heureux de découvrir la figure humano-divine à nulle autre pareille qui est celle du Seigneur ? Est-ce vraiment le cœur de notre vie, le cœur de tout notre être, le cœur de tout notre amour ? Le Christ a dit à ses disciples qu’il leur remettrait ses propres pouvoirs. Il faut y croire par un retournement dans la foi, par un retournement dans l’amour, par un retournement dans la vérité évangélique. L’Eglise, au cours des siècles a pu avoir des déficiences et, de nos jours, il en est de même. Mais le mystère n’est pas là. Le mystère est au cœur de nos déficiences. Le Seigneur bâtit dans l’amour la maison dans laquelle nous devons habiter. Cette maison a pour roc le Seigneur lui-même. Dieu est le roc, le Fils est le roc ; Pierre est le roc et les successeurs de Pierre sont le roc. Il nous faut découvrir cela dans la foi pour que les paroles venant de la chaire de Pierre soient vraiment au cœur de notre vie et nous atteignent parce qu’elles ont les paroles de l’amour : c’est le mystère de l’amour ! Dieu s’est révélé dans l’amour à Pierre en se laissant dévoiler : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! ». « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! ». Tout est là. Nous tenons là, le cœur du mystère de Dieu qui s’ouvre sur le Père et nous sommes heureux de le confesser. Tout vient du Père, du Père des cieux qui est lumière et vérité. Il est si transcendant que ses décisions nous paraissent insondables. Paul nous dit : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? ». Dieu est Dieu. Il nous appelle à entrer dans la foi à travers des hommes. Le paradoxe est là : la puissance de Dieu passe à travers des hommes pauvres, humbles et faibles. Nous avons à le découvrir et à l’annoncer au monde d’aujourd’hui. Mais il nous faut prendre conscience de la difficulté de comprendre cela pour beaucoup de nos frères. Croire en Dieu, oui ; croire au Christ, oui ; mais croire à l’Eglise est plus difficile et pourtant la découverte du mystère de Dieu, la découverte du mystère du Christ, ne se font dans leur plénitude que dans l’Eglise. Demandons au Seigneur de découvrir ce qu’est l’Eglise. Demandons-lui de l’aimer pour traverser tous les obstacles, toutes les difficultés, toutes les misères et pour entrer dans la profondeur céleste du mystère de Dieu. Pierre dit à Jésus : « Tu es le Messie ». Le Christ dit à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». La pierre repose sur la pierre. La toute puissance de l’amour triomphe sur la toute puissance de la faiblesse. « Sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ». Nous devons chanter la miséricorde du Seigneur qui a choisi des hommes – c’est cela l’incarnation – pour les mener à la gloire et à la résurrection en les faisant passer par des chemins humains, ceux-là même par lesquels le Christ est passé. Il est le chemin, la vérité et la vie. Demandons au Seigneur de méditer cette parole de l’évangile et de découvrir la splendeur de l’amour de Dieu. Si paradoxale, si étonnante qu’elle puisse être, si invraisemblable qu’elle puisse paraître, c’est la parole de Dieu. C’est cela l’important, c’est cela le bonheur. Le bonheur est de découvrir le Christ dans le mystère du Père, de découvrir le Christ dans son mystère d’amour, de découvrir le Christ comme la pierre sur laquelle nous devons nous appuyer, la pierre que nous avons à découvrir chaque jour davantage. Ensemble, dans l’Eucharistie, demandons au Seigneur de croire par delà les difficultés, de croire en la puissance du Dieu vivant, du Père qui a envoyé son Fils, que Pierre a confessé et que l’Eglise, dans ses successeurs, n’a jamais cesser de proclamer. Que la joie de Dieu pénètre nos cœurs et que nous soyons heureux de l’amour du Père, de l’amour du Fils dans l’Esprit Saint. « Heureux es-tu… ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. » C’est notre joie, nous la confessons au plus profond de notre cœur. Amen ! (Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence ) |
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