Année B

Vingtième dimanche du temps ordinaire

Proverbes 9, 1-6 Ephésiens 5, 15-20 Jean 6, 51-58

 

Tel est le pain qui descend du ciel : celui qui en mange et qui croit au Christ ne mourra pas. La mort est morte même si elle a encore pour elle la séparation violente de l’âme et du corps. Il y a plus ; on dirait que le Christ se plaît à provoquer. Le texte solennel suivant a certainement eu un accès de brutalité pour ses auditeurs : « Je suis le pain qui descend du ciel, celui qui mangera ce pain vivra pour l’éternité et le Pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ». « Je suis le pain vivant qui descend du ciel » : voilà l’annonce de la Passion faite par Jésus lui-même. De plus, il y a en arrière fond tout le texte de la Sagesse qui nourrit le peuple de Dieu, le conduit à travers le désert jusqu’à la plénitude de la vie (cf  Pv 9, 1-6 et Sg 10, 17 à 11,2). Le Christ se présente comme le Pain, le pain de la Sagesse, le pain du festin des noces mais ce pain, c’est sa propre chair.

Prenons un peu de recul et constatons combien ce texte peut paraître vraiment scandaleux puisqu’il pose la question la plus radicale qui puisse exister au plus profond du cœur de l’homme : comment le Christ peut-il donner sa chair à manger ?Le premier scandale est grand puisqu’il faut accepter que la manne vienne du ciel, le deuxième scandale paraît inacceptable : ce pain est une chair livrée, donnée comme si le cœur du mystère de Dieu n’était que don. « Le pain que je donnerai, c’est la chair donnée pour que le monde ait la vie ». Sur ce, les juifs se mettent à discuter avec une logique étonnante mais compréhensible : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Loin de dissiper l’équivoque, Jésus ne fait que la renforcer en disant aux juifs : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et vous  ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et bois mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.  De même que le Père est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » » (Jn 6, 53-57).

Remarquez combien l’eucharistie est lié à la vie et donc à la résurrection. De plus, toute la vie du Christ est ordonnée à l’habitation du mystère de Dieu en nous. Dieu vient habiter dans nos cœurs et il y vient de façon si étonnante qu’il nous promet la résurrection au dernier jour. Ceci nous fait mesurer l’importance du thème de la « demeure » en Jean. La vraie demeure, c’est le mystère de Dieu en nous, ou plus précisément, le mystère du rapport d’amour entre le Père et le Fils.

« Voici le pain descendu du ciel ; il n’est pas comme celui qu’on mangé vos pères et ils sont morts ; qui mange ce pain vivra à jamais » (Jn 6, 58) Toute la clé de l’interprétation en saint Jean réside dans cette affirmation solennelle : la Vie se trouve dans la chair du Fils de l’homme. La chair, c'est-à-dire tout l’être incarné de Jésus-Christ devient le principe de nourriture (sous mode sacramentel)

Le Christ s’affirme comme celui qui est sorti du Père et qui retourne au Père, comme celui qui est vivant et qui fait participer à la vie de Dieu, bien comme celui qui ressuscite. La comparaison entre l’ancien et le nouveau testament est très forte : « Vos pères sont morts ». Les sacrifices de l’ancien testament ne sont plus au niveau où ils doivent être : ce refus radical nous est expliqué par la lettre aux Hébreux (cf ch 10) Le Christ souligne que tout dépend de notre attitude face à ce qu’il proclame : il est la vie du monde, il est le pain qui donne la vie au monde. Le pain est la nourriture vitale dont tout homme a besoin. Ce désir de pain et de vie est repris par le Christ dans son propre mystère. Nous sommes des êtres de désir mais il doit être enveloppé par Dieu. Alors nous découvrirons que nous sommes vraiment fait pour la vie éternelle.

« Tel fut l’enseignement que Jésus donna dans une synagogue de Capharnaüm » (Jn 6,59) C’est le lieu choisi par le Christ pour proclamer ses grandes affirmations (cf Mc 1, 21-22).Le scandale a éclaté au grand jour. Jésus-Christ se rend parfaitement compte que les juifs murmurent à son propos. Ils vont jusqu’à dire : « Elle est dure cette parole ! Qui peut l’écouter ? » Et Jésus n’esquive pas la difficulté mais au contraire parle de ce qui se passe dans leurs cœurs en les faisant aller plus loin : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’Homme monter là où il était auparavant ?... C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vies. Mais il en est parmi vous qui ne croient pas » (Jn 6, 60-64) Nous sommes au cœur du débat : « Et quand vous verrez le Fils de l’Homme monter où il était auparavant ? » : tout sera révélé à la résurrection. Il faut accepter ces paroles étonnantes et ne pas rester dans le scandale. Celui-ci fait tomber, il est comme la pierre sur le chemin qui fait perdre la foi au lieu d’être la pierre angulaire sur laquelle se construit notre foi. C’est l’affirmation qu’au cœur même de l’Eglise, il y a celui qui sauve jusqu’au bout, celui qui vient nous ressusciter. Mais les Douze sont à la limite du supportable Remarquons une chose merveilleuse : le Christ ne fait aucune pression sur leur sensibilité ; il les met devant leur liberté : (Jn 6, 67) Le cœur du désir des Douze est en jeu. Ils participent à la vision triomphale qu’ils ont du Messie. Ils dépassent le scandale et s’en remettent au Seigneur. Et pourtant, dans les derniers moment de la montée à Jérusalem, les apôtres discuteront entre eux pour savoir qui est le premier, alors que le Seigneur a pris la dernière place.

Au moment où le scandale surgit avec une acuité invraisemblable, se place à nouveau la confession de foi : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Ne nous étonnons pas nous-mêmes que le scandale nous frôle souvent. Le problème que nous avons tous est dans la transfiguration de notre désir. Sommes-nous des êtres de désir au sens le plus fort du mot, désirons-nous le Seigneur, désirons-nous sa volonté ? La seule chose que nous puissions faire, c’est de nous laisser attirer par lui : « Nul ne peut venir à moi si mon Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6, 44). Pour cela, il ne faut pas se situer au niveau des efforts humains, mais dans la miséricorde car le Père est Celui qui fait miséricorde. Nous avons à nous laisser instruire par Dieu. Le Christ qui parle à Capharnaüm est mis en question parce qu’il a commencé à se manifester comme celui qui descend du ciel. C’est le moment où se dévoile la révolte. Lui, le Christ a vu le Père. Quand nous recevons le Christ dans l’eucharistie, nous recevons celui qui est descendu du ciel. Au cœur de l’eucharistie, il y a le Père qui nous instruit. Cette instruction vient du Père, elle est donnée par le Saint-Esprit, elle conforte et accomplit de l’intérieur l’enseignement que nous recevons de l’Eglise.

Il est important de comprendre que l’eucharistie est un don du Père. Le personnage central de ce chapitre 6 de saint Jean sur le mystère eucharistique est le Père. Le Père se donne en son Fils, le Père donne le véritable Pain du ciel qui conduit à la vie éternelle. C’est le Père qui nous aime, qui nous nourrit et nous structure. Et si ’il y a un si grand scandale, c’est qu’il y va des réalités les plus secrètes mais aussi les plus profondes de la Vie. La Bonne Nouvelle de l’Evangile apparaît au moment où il y a une contestation. L’Evangile n’est pas chose facile : je dirais avec humour que ceux qui y mettent le petit doigt y passent tout entier. Il faut jouer franc jeu et ne pas biaiser. Je vous invite à en faire l’expérience : cela vaut la peine. Vous participerez au dévoilement du Père à travers l’eucharistie.

L’action du Père et du Fils sont conjointes : « Le pain que mon Père me donne » et « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ». Tout est donné dans un même mouvement : la Parole de Dieu et le Pain. Ecoutons le Seigneur et soyons des êtres de désir selon son cœur. Nous verrons les merveilles que le Seigneur accomplira pour nous.

(Extrait du livre : Entrons dans l'eucharistie du Seigneur.(page 60-65). Parole et Silence )

 

 

 

[Accueil] [Prier par son intercession] [Récollection-Pèlerinages] [Ecrits, Etudes] [Une vie pour Dieu] [Lire la Parole]


© 2003, L'Association "Père Marie-Joseph le Guillou o.p."