Dimanche 17 août 2008

Vingtième dimanche du temps ordinaire

Isaïe 56, 1. 6-7 Romains 11, 13-32 Matthieu 15, 21-28

 

Vous connaissez l’admirable scène de la Cananéenne que nous venons d’entendre. Elle évoque avec précision ce qu’est, pour chacun d’entre nous, le mystère de l’aventure de la foi. Une Cananéenne, c'est-à-dire une païenne, veut rencontrer le Christ et lui crie sur son passage : « Aie pitié de moi, Fils de David ! ». Le Christ ne répond rien. Les disciples sont agacés de l’intervention de cette femme et demande à Jésus de lui donner satisfaction pour ne plus être poursuivi de ses cris. Le Christ répond encore une fois par une phrase qui est une non-réponse.  « Je n’ai été envoyé q’aux brebis perdues d’Israël ». Alors cette femme dépassant tout ce qu’on pourrait imaginer, se jette aux pieds du Seigneur, se prosterne devant lui et lui dit : « Seigneur, viens à mon secours ! ». Le Seigneur lui répond par une phrase qui nous paraît bien étonnante. « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le donner aux petits chiens ». La Cananéenne ne se trouble pas et fait la plus invraisemblable réponse qui soit : « C’est vrai, Seigneur ; mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Alors Jésus répond : « Femme, ta foi est grande, que tout s’accomplisse comme tu veux ! ».

C’est vraiment l’itinéraire de la foi dans son mystère. Nous crions volontiers. « Aie pitié Seigneur ! », mais bien souvent le Seigneur ne répond rien. Alors, nous sommes tentés, comme les apôtres d’entourer le Seigneur de supplications : « Interviens, il est temps d’intervenir, ne nous laisse pas dans cette situation ». Le Seigneur répond par la définition même de sa mission : « Il est envoyé à Israël ». Mais nous devons encore dépasser cette non-réponse pour écouter ce que dit le Seigneur : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». Le pain des enfants, c’est le pain d’Israël, c’est le pain de la parole de Dieu qui ne peut être donné aux chiens, c'est-à-dire aux païens. Mais la femme ne se laisse pas décontenancer. Elle lui dit : « C’est vrai, Seigneur, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Cette femme est dans une dépendance totale envers le Seigneur. Elle le laisse intervenir, elle le laisse libre de dire tout ce qu’il veut, de faire ce qu’il veut, elle répond avec à-propos et avec justesse. Elle reconnaît son Seigneur et le poursuit jusqu’au plus profond de lui-même, au plus profond de son mystère. Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table, c’est très juste. Elle est prête à recevoir  tout du Seigneur comme un mendiant, comme un pauvre, comme celui qui se livre entièrement. Devant une telle attitude, le Seigneur ne peut avoir qu’une admiration profonde : « Ta foi est grande ».

Je dis que c’est le modèle de l’aventure de la foi. Nous aussi, nous demandons bien des choses au Seigneur et nous avons l’impression qu’il ne comprend pas, qu’il n’entend pas, qu’il demeure silencieux. Pourtant, il est là, il est au plus profond de notre cœur, plus encore il nous cherche, il nous cherche éperdument. Il attend que nous ayons la même réponse que la Cananéenne, réponse invraisemblable et pleine de foi, réponse déroutante à un Seigneur déroutant. Dieu déroute pour nous faire entrer dans la foi et nous la faire découvrir. La foi est une remise totale de nous-même au mystère de Dieu, une remise si absolue qu’elle passe par des chemins que nous ne comprenons pas mais que le Seigneur nous dévoile au fur à mesure de la route. Le Seigneur est le chemin et hélas, nous ne le connaissons pas. Nous l’inventerons avec lui dans la foi, nous l’inventerons comme Pierre, Paul, Jean l’ont inventé dans la foi et nous laisserons le Seigneur nous conduire. La foi n’est pas une sorte de lumière qui éclairerait toutes choses, qui nous mettrait tout d’un coup dans la lumière de Dieu. La foi est beaucoup plus invraisemblable, c’est une ouverture sur la conduite de Dieu, sur son secret, sur son mystère, sur sa vérité, sur sa paix, sur sa joie. La Cananéenne l’a très bien compris en poursuivant le Christ jusqu’au cœur de ce qu’il est, jusqu’au cœur de sa mission.

Paul, apôtre des païens veut sauver les frères de sa race et nous ouvre tout le monde juif. Isaïe en nous disant : « Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l’amour de son nom et sont devenus ses serviteurs, je les conduirai à ma montagne sainte. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière » nous ouvre à tous les hommes. Nous croyons que l’Eglise est cette maison de prière pour tous les hommes. Le Christ lui-même, en chassant les vendeurs du temple, dit : « le zèle pour ta maison me dévorera » (Jn 2,17). Il faut être une maison de prière c'est-à-dire une maison où la foi est transparente, où la foi est présente, d’une invraisemblable présence. La foi dépasse tous les obstacles, toutes les difficultés, la foi obtient tout. « Ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera en mon nom » (Jn 16,23) nous dit Jésus. Nous pouvons comme la Cananéenne, tout demander au Seigneur et il nous donnera tout. Ce ne sera peut-être pas comme nous l’avons pensé, mais ce sera comme le Christ l’a voulu. Ce sera infiniment mieux, ce sera la joie de celui qui donne et de celui qui reçoit parce qu’il est Dieu. Dieu est Dieu et il est vraiment au-delà de tout. Alors, laissons-le conduire nos vies et chanter la miséricorde du Seigneur. Que Dieu nous blesse au cœur et nous le découvrirons pour ce qu’il est. Dieu n’est qu’amour. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

 

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