Les homélies de ce Carême seront illustrées avec les photos de la Terre Sainte.










« ...Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains 

...Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu...».












« ...Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer 

...C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu dois adorer...»











«
...Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas...

...Tu ne mettras pas à l'épreuve
le Seigneur ton Dieu...»


Année A

Premier dimanche de Carême

Les tentations de Jésus au désert

Genèse 2, 7-9; 3, 1-7 Romains 5, 12-19 Matthieu 4, 1-11

 

Au début du Carême, si l’Eglise nous fait méditer le récit de la tentation du Christ, c’est pour nous dire que tout est vaincu dans le Christ. Lui, le Christ qui a tout pris sur lui est déjà le vainqueur. Lorsque le Christ, envoyé par son Père, commence sa mission terrestre, il est conduit au désert par l’Esprit ; ce n’est pas un détail anodin, cela fait vraiment parti du mystère du Christ. Il va affronter Satan directement et c’est pour cela qu’il a besoin de toute la puissance d’amour de son Père.

Remarquez les diverses ruses que le tentateur va employer pour faire échouer le Seigneur. Il commence avec la tentation d’abondance : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Mais l’homme n’a pas besoin d’abondance, l’essentiel est l’écoute de la Parole de Dieu qui est vraie nourriture.


Satan veut travestir le dessein de Dieu en insinuant que le royaume de Dieu peut paraître sous la forme qu’un homme peut souhaiter : « Le diable l’amène sur une haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer ». A la tentation de puissance qui est dans le cœur de l’homme, Jésus répond par une Parole de l’Ecriture : « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu dois adorer. Alors le diable le quitte ».

L’Evangile commence par ce combat qui va jusqu’au bout et dans lequel le Seigneur nous entraîne pour qu’à notre tour nous triomphons du mal et du péché. Dans la lettre aux Romains, St Paul insiste sur le premier Adam et le second Adam. Le second Adam, c’est le Christ qui a tout repris, qui a tout remis en place et avec lequel de désobéissants que nous étions au plan d’amour de Dieu, nous sommes, avec le Christ, devenus obéissants.

Tout le mystère de ce carême est une entrée dans la plénitude de l’amour et de la joie. Je ne veux pas que vous envisagiez ce carême comme quelque chose de négatif. Non, c’est un appel à l’unité de notre être dans le Seigneur pour que nous le rencontrions dans la Pâque, dans sa Pâque, c'est-à-dire dans sa mort et sa résurrection.

En sachant que la mort du Christ aboutit à la résurrection, nous pouvons dire que la résurrection est à l’arrière plan de toutes ces scènes de la tentation. Si l’Eglise insiste tant sur l’épreuve à laquelle le Christ a été soumis, c’est pour nous montrer son combat sans merci et nous dire que nous sommes engagés dans le même sillon que le Christ. Nous sommes situés dans le même mouvement que le Seigneur et pour l’imiter dans ce combat, nous n’avons besoin que d’une seule chose, l’amour du Père. Nous savons tous, comme dit Pascal, que notre cœur est creux et plein d’ordures, nous savons que le péché, c’est la mort, mais nous savons aussi que la puissance de Dieu agit au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Il s’agit de se laisser faire et d’entrer comme le Christ dans le chemin que le Père trace pour chacun. L’important est de suivre le chemin, la vérité, la vie du Seigneur.

Je voudrais vous demander en ce temps de carême, de vous laisser conduire par le Christ, dans la manière qu’il  désire et de lui dire oui. Je souhaite que vous soyez étonnés, bouleversés peut-être de la façon dont il intervient dans vos vies, mais je vous en supplie, dites-lui oui.

Ce qui ressort de cette scène où Jésus affronte Satan, c’est le oui qu’il dit à son Père. Entrons dans ce mystère en acceptant ce paradoxe invraisemblable : le Christ et Satan. Avez-vous pensé à cette rencontre effroyable dont le but ultime ne peut être que la manifestation de la merveille de l’amour de Dieu. L’amour de Dieu triomphe de tout !

Cette rencontre, au début de l’Evangile, donne le ton à toute la vie du Christ. Le Christ va prendre sur lui toutes les conséquences du péché : toute la signification de sa vie terrestre nous est donnée ici.

Demandons au Seigneur de nous laisser conduire par son amour. Apprenons simplement à écouter la Parole du Seigneur, non pas passivement, mais pour aller là où le Seigneur veut nous mener. « Tu m’as séduit, Seigneur et je me suis laissé séduire » nous dit Jérémie (20, 7). Nous pouvons ajouter, à notre manière : « et tu m’as conduit là où je ne voulais pas aller ».

Le mystère du Seigneur en ce temps de carême est celui-ci : entrer dans le royaume qui n’est pas le nôtre parce que c’est celui de Dieu où là seulement la plénitude de lumière et de charité peut nous être donnée. C’est Dieu seul que j’adore, lui seul. Etre des adorateurs en esprit et en vérité, voilà la seule chose que le Seigneur nous demande et dans laquelle il faut nous engager. Nous avons à juger toute chose dans la lumière éclatante de l’amour de Dieu.

Je vais parler de façon fondamentale et brutale : la tentation doit être pour chacun de nous quand nous la rencontrons, une scène d’amour triomphant en nous. Car la tentation est déjà le triomphe de la Pâque parmi nous. Triomphe invraisemblable au milieu de l’extrême fragilité du monde, au milieu de ses difficultés et de ses souffrances, au milieu de tout ce qui s’oppose au mystère de Dieu.

Dans l’Eucharistie, nous allons demander au Seigneur de nous laisser faire par lui : pour lui, c’est tout ou rien, mais il ne peut pas demander autre chose que le tout. Alors, laisser vous prendre de la façon dont il voudra.

Dieu fera des merveilles dans votre vie comme il l’a fait dans la vie du Christ. La tentation s’étend de la Passion jusqu’à la Résurrection et finalement elle est un chant d’amour ; je voudrais que nous chantions l’amour du Seigneur parce qu’il est vainqueur du mal définitivement et à jamais…

« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu dois adorer ». Nous sommes des adorateurs en esprit et en vérité. Que le Seigneur nous forme de plus en plus à cette adoration, qu’il nous apprenne ce qui est dans le fond de son cœur. L’adoration véritable est au cœur du monde, pour le monde. C’est le cœur du Christ qui est là où est son Père, le Christ passant par la croix et la résurrection et se montrant vainqueur à ses disciples. Alors chantons avec joie que le Seigneur est merveilleux puisqu’il fait des merveilles. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

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