Année B

Seizième dimanche du temps ordinaire

Jérémie 23, 1-6 Ephésiens 2, 13-18 Marc 6, 30-34

 

« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ». Le Christ demande à ses apôtres de s’écarter de cette foule immense qui les enveloppe pour être à l’écart et se reposer un peu. C’est ce que lui-même fait souvent : il part à l’écart dans la montagne pour prier son Père. Le Christ veut montrer à ses apôtres que leur premier devoir est de se mettre à l’écart avec lui et de se reposer en lui. Il choisissait ses apôtres d’abord pour être avec lui, ensuite pour prêcher.

Etre avec lui, signifie découvrir le mystère de Dieu de l’intérieur  et être capable d’en parler. « Venez à l’écart dans un endroit désert et vous reposer un peu ». C’est de la part du Seigneur une invitation solennelle pour aller au cœur de la vie du Christ. Le cœur de la vie du Christ est de parler à son Père.

Etre à l’écart avec le Christ, c’est être auprès de son Père, c’est vivre dans le secret de son Père. Cela doit être le sens de notre vie quotidienne. Nous devons, nous aussi, prendre des temps, à l’écart, pour se reposer en Dieu.

C’est une des données fondamentales de toute l’histoire d’Israël. La grande réalité de la vie est le repos donné dans le Seigneur, le repos qui nous donne de demeurer près de lui et d’expérimenter sa présence. Il s’agit de découvrir au plus profond de nous-mêmes sa présence et d’aller évangéliser ceux qui n’ont pas entendu cet appel.

Remarquons que la foule déjoue cet appel d’aller dans un endroit désert. « A pied, de toutes les villes, ils courent là-bas et arrivent avant eux ». Le Christ est pris de pitié devant cette grande foule. Il se trouve devant des brebis sans berger, devant des hommes accablés, des hommes qui portent le poids toute une vie de souffrances et il veut les réconforter. « Il est saisi de pitié envers eux, parce qu’ils sont comme des brebis sans berger, alors il se met à les instruire longuement ». Le Christ se donne tout entier, et se livre à eux parce que la pitié est celle de son Père pour les hommes sans pasteur.

Jérémie parle des misérables bergers : « A cause de vous, mes brebis se sont égarées et dispersées, et vous ne vous êtes pas occupées d’elles. » C’est Dieu lui-même qui va rassembler ces brebis et les ramener dans leurs pâturages pour qu’elles soient fécondes et se multiplient. Le Christ est pris d’une immense pitié pour la foule qu’il a devant les yeux et sa vie n’est qu’une déclaration d’amour pour les brebis sans berger.

Dans le cœur du Christ, il y a une compassion étonnante, reflet de celle même de Dieu, compassion devant la souffrance des hommes, devant le manque d’enseignement des hommes, devant le manque de communication entre les hommes. La vie du Christ, n’a qu’un but, celui de rassembler dans l’amour tous les hommes, les amener à l'écart et les faire reposer en Dieu. J'insiste bien: se reposer dans le Christ, comme il le fait lui-même dans le Père pour être disponible à l'égard de tous les hommes et livrés pour eux.

Le fait pour le Christ d'être saisi de pitié pour les hommes, d'en avoir compassion et de les instruire lui permet de rétablir la communion entre tous les hommes. Il est mort pour que les enfants de Dieu dispersés dans le monde soient réunis en lui. Il donne sa vie pour ses brebis et c’est ainsi « qu’il crée en lui un seul Homme nouveau ».

L’épître aux Ephésiens nous dit que « le Christ est notre paix car des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ». Le Christ a fait tomber le mur de la haine qui sépare. Il est venu réconcilier tous les hommes dans sa croix et c’est ainsi qu’il tue la cause de la haine. Le Christ est la paix, le Christ est la joie, le Christ est la lumière. Il n’est que lumière et paix et c’est lui qui donne d’avoir accès auprès du Père dans un seul Esprit.

Etre « un » est le désir du Seigneur, un dans sa charité, un dans la charité du Père, un dans le don de l’Esprit. Dieu fait un homme absolument nouveau qui laisse de côté tout ressentiment qu’il y avait entre les juifs et  païens et les réunit en un seul corps. Nous sommes ici devant le choix du Seigneur qui a voulu nous sauver par sa mort et par ce don total au Père.

« La paix pour ceux qui étaient loin, la paix pour ceux qui étaient proches ». Le Seigneur ne veut qu’une chose : nous annoncer la paix de Dieu qui donne accès auprès du Père dans un seul Esprit. Nous sommes vraiment des êtres pris par le Seigneur, mis à l’écart pour nous reposer en lui, et pour annoncer au monde le salut. Si le Christ se repose la nuit, s’il passe des nuits à prier son Père, c’est pour annoncer l’évangile du plus profond de son cœur, dans une activité souveraine : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19) 

Il n’y pas d’opposition entre repos et travaille. C’est le travail qui mène vers le repos, le travail est exigé de la même manière que le repos. Le Seigneur demande de nous un don total qui nous livre à l’amour du Père et qui fasse de nous des êtres qui découvrent le Père. Les apôtres ont fait l’expérience de ce repos à l’écart, c’est pourquoi ils ont pu parler du Seigneur. Cela ne sera donné, bien sûr en plénitude qu’à la mort et à la résurrection mais déjà nous devons nous reposer dans celui qui nous aime et il n’y pas de choses plus merveilleuse que de demeurer auprès du Père.

« Venez à l’écart dans un endroit désert ». Ce n’est pas une ironie de la part du Seigneur mais bien une volonté de mettre ses disciples dans la vérité. Il les met à l’écart pour qu’il l’écoutent pleinement, pour qu’ils soient  totalement avec lui et ce que nous avons à faire, c’est de découvrir dans l’écoute de la Parole de Dieu ce mystère de Dieu qui est le Vivant qui nous transforme et nous entraîne en nous annonçant la paix.

Nous devons vivre dans notre vie chrétienne de l’expérience même du Seigneur c'est-à-dire de la circulation d’amour qu’il y a entre le Père et le Fils. La puissance de l’action de Dieu doit se manifester dans l’union entre les chrétiens. La paix de Dieu est la création d’un monde nouveau, d’un monde libre, d’un monde qui se donne à Dieu, qui n’est qu’ouverture à Dieu.

Demandons au Seigneur d’entrer dans cette compassion infinie du Christ qui se penche avec condescendance mais qui est l’amour infini qui élève, qui met l’homme à un autre niveau jusqu’à la hauteur du mystère de Dieu. C’est une pitié transformante, une pitié pleine de joie et de paix, ce n’est pas une pitié au sens habituel du mot mais c’est une transformation dans le mystère de Dieu. Nous sommes mis au même niveau que le Christ, avec lui, en lui, nous vivons de sa paix et de sa joie, nous sommes des êtres nouveaux. Nous le devons à l’enseignement du Christ qui nous est donné dans l’Evangile.

Le Christ pleure sur ses brebis sans berger. Demandons au Père d’envoyer des pasteurs pour qu’ils se mettent au service du troupeau. Cela se réalisera dans la mesure où nous le prierons.

Demandons au Seigneur qu’il fasse de nous des êtres transformés par l’amour du Père, par l’amour du Fils dans le Saint-Esprit. Nous pouvons rencontrer le Père puisque le Christ nous a donné accès auprès de lui. Le Père nous aime. Laissons-nous faire par lui et le Seigneur fera le reste. Il triomphe en nous puisqu’il est notre amour, notre vérité, notre justification, notre force. Qu’il nous donne tous ses dons alors nous serons vraiment en Lui. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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