Dimanche 20 juillet 2008

Seizième dimanche du temps ordinaire

Sagesse 12, 13. 16-19 Romains 8, 26-27 Matthieu 13, 24-43

 

C’est un bien grand mystère que l’Eglise propose à notre méditation : la parabole du bon grain et de l’ivraie. Le Seigneur vient instaurer son royaume, il rencontre la contestation et il se heurte à notre refus. Dans cette parabole, le Seigneur essaye d’expliquer ce que signifie le mystère du refus.

Le royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ et tandis qu’il dormait, de l’ivraie a été semée.. Le premier mouvement des serviteurs est de dire au maître de la moisson : « Veux-tu que nous allions l’enlever ? ». Le Seigneur, maître de la moisson répond : « Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps. Laissez les pousser jusqu’à la moisson ». C’est tout le mystère de notre liberté face à la grâce divine qui est ici manifesté. Le royaume des cieux est comparable aux grains semés dans le champ mais il y a aussi l’ivraie. Notre premier mouvement, à nous aussi, est de dire au Seigneur d’arracher l’ivraie pour la faire disparaître immédiatement. La réponse du maître nous semble paradoxale lorsqu’il dit à ses serviteurs de ne pas enlever l’ivraie de peur que le bon grain ne s’en aille avec.

Cette parabole est au cœur de l’évangile parce qu’elle traduit le mystère du royaume dans sa plénitude. Le mystère du royaume dans sa plénitude est petitesse, presque rien, blé semé dans le champ, comme le grain de moutarde, qui est la plus petite des semences, et qui grandit jusqu’à devenir un grand arbre. Le Seigneur accepte que le mal continue dans le monde. Le Seigneur s’est lui-même inséré au cœur de la mort et de la souffrance de l’humanité. Il s’est inséré au cœur même de l’atrocité du monde, cette atrocité qui chaque jour nous enserre de  partout. Il n’a pas refusé cette situation. Il l’éclaire de l’intérieur, tout simplement en montrant que c’est lui qui a semé, que c’est bien lui, le semeur. Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme.

L’ivraie pousse de partout au cœur même du royaume de Dieu, au cœur même de l’Eglise. L’Eglise n’en est pas dispensée, l’ivraie peut envahir le champ mais elle ne triomphera pas parce que la puissance du Seigneur est là. Ailleurs, la graine représentant le royaume des cieux pousse, que nous soyons éveillés ou que nous dormions : c’est cela la vérité. La parole de Dieu a une puissance invraisemblable, une puissance à nulle autre pareille. L’apôtre n’a rien en mains, cependant il possède tout, il possède toute la puissance de Dieu. Certes, ce n’est pas dans la transparence et dans la lumière parfaites.

St Paul nous dit que « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous savons pas prier comme il faut ». Nous pourrions bien prier que dans l’éternité car nous ne pouvons pas dire ce qu’il y a au plus profond de notre cœur. « Dieu voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut ».

Le livre de la Sagesse nous dit que Dieu mène avec toute puissance et suavité, avec douceur et fermeté. La parabole de l’ivraie est inconcevable si on ne reçoit pas la parole de Dieu dans son cœur. Spontanément, on verrait le royaume de Dieu s’exercer avec puissance et domination et détruire tout ce qui s’oppose à lui. A travers cette vision, ce sont les autres que nous déclarons mauvais. Le mystère du mal est au cœur de chacun d’entre nous, il est à l’œuvre. Le Seigneur vient nous en délivrer en nous permettant de nous libérer grâce à la puissance de sa Parole. Il n’y a de sauvetage possible que dans la puissance de sa parole. Il faut nous engouffrer par notre don total au mystère de Dieu, dans la parole du Seigneur.

Comment est-il possible que l’ivraie existe dans un monde ordonné par Dieu ? L’vraie existe dans notre liberté non ordonné à Dieu, elle existe en nous et dans ce monde enveloppé de violence. La puissance du Seigneur est là vivante, elle attend que nous soyons transparent à son action. Le Seigneur peut tout, il veut que le royaume des cieux grandisse comme le levain fait lever la pâte : nous avons à demander au Seigneur que tout le mystère de Dieu s’éclaire ainsi pour nous. Mais je le répète, même si nous connaissons les intentions de l’Esprit, l’Esprit nous livre à une certaine obscurité, à des gémissements inexprimables pour que nous répondions librement au mystère de Dieu.

Nous sommes, et nous devons être scandalisés par le mystère du mal et en même temps, nous devons nous livrer tout entier au don de Dieu, pour qu’il triomphe en nous et que nous sachions finalement que tout nous est donné dans la croix et la résurrection du Christ. Je veux proclamer les choses cachées dès avant la fondation du monde c'est-à-dire que tout est bâti dans le Christ, tout se donne dans le Christ : c’est le Christ que nous devons toujours mieux découvrir. Demandons au Seigneur de découvrir la croix et la résurrection, cette résurrection qui est le mystère même de Dieu, cette résurrection nous dévoilant qui est Dieu et nous dévoilant sa puissance. La parole de Dieu est invincible même si il est nécessaire qu’elle connaisse, en un premier moment, un temps d’enfouissement, un temps de disparition. Cependant, la réalité est là, la puissance de Dieu triomphe de tout, elle gagne tout parce qu’elle est amour. La révélation du Christ dans la résurrection, c’est la révélation de l’amour infini du Père qui nous aime, nous sauve de la mort et nous donne la paix dans son royaume où il n’ y aura plus que l’amour. Amen ! 

 

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

 

[Accueil] [Prier par son intercession] [Récollection-Pèlerinages] [Ecrits, Etudes] [Une vie pour Dieu] [Lire la Parole]


© 2003, L'Association "Père Marie-Joseph le Guillou o.p."