Année B

Quinzième dimanche du temps ordinaire

Amos 7, 12-15 Ephésiens 1, 3-14 Marc 6, 7-13

 

Quel est le rôle des Apôtres et finalement en eux des évêques et en eux du pape ? Les Apôtres ont été mis directement en contact avec le Principe, c'est-à-dire le Père devenu visible en Jésus Christ. A ce titre, ils sont et demeurent les témoins indépassables de la Vérité. Nul ne peut vouloir se substituer à eux sans détruire la Révélation elle-même. Si il n’y a pas de témoignages apostoliques, il n’ y a pas d’Eglise. Saint Irénée le dit très clairement : « Le Seigneur atteste que les disciples ont en lui connu et vu le Père. Or, le Père est Vérité. Prétendre, par conséquent que ses disciples n’ont pas connu la Vérité, n’est ce pas le fait de faux témoins et d’esprits étrangers à l’enseignement du Christ ? » (A.H, 13,2)

Envoyés dans le monde afin d’y confesser la Vérité du Père et son dessein bienveillant de salut, les Apôtres sont comme Jésus, et à sa suite, dans l’obligation de contester le monde jusqu’à la racine de son péché. Eux-mêmes ont butté contre le Christ qui est pierre de scandale, étant donné que Jésus s’est opposé au comportement que leur inspirait l’esprit du monde. Nous voyons, tout au long des récits évangéliques, les Apôtres se heurter aux conduites et aux enseignements du Christ.

Ce qui s’est passé dans la vie du Christ va se retrouver entre eux et leurs auditeurs. Ils font l’expérience en témoignant de la Vérité du Christ de ce qui leur avait été annoncé : la dénivellation qui les avait tenus à distance du lieu d’où parlait le Christ, maintenant se retrouve maintenant entre leurs auditeurs et eux. Ils doivent annoncer le mystère à des hommes qui ne sont pas d’emblée en état d’accueillir et de comprendre leurs paroles. Ils ont été incompréhensifs à l’égard du Christ, ils vont maintenant se trouver en face d’une situation où ils auront en face d’eux des gens qui ne les comprendront pas.

Il n’est pas question, selon Saint Irénée, de laisser les hommes au niveau de la compréhension où ils se trouvent. Les hommes manquent de la vraie connaissance. C’est ce qui les pousse spontanément à s’opposer à ce qui doit les sauver. La vérité doit commencer par guérir.

Nous sommes parfois dans l’illusion en croyant que lorsque la Vérité se présente, tout le monde l’accueille. La vie du Christ et l’histoire chrétienne nous enseignent que, lorsque la Vérité se présente , nous fuyons, même si elle se dévoile sous son visage le plus humble, le plus pauvre, le plus humilié. Il n’y a personne à la Croix, sinon Marie et Jean. La Vérité suscite des réactions en profondeur parce que les hommes se sentent menacés. Par sa nature, elle n’est pas menaçante mais elle dévoile le tréfonds des êtres et nul n’aime être dévoilé ! Alors on se refuse ! Il y a une solution fallacieuse : s’appliquer à flatter les oreilles et l’esprit des auditeurs. C’est le plus sûr moyen d’aboutir à l’échec et se rendre complice du mensonge.

Comme le dit Saint Irénée dans un texte magnifique, « Les Apôtres …. envoyés pour indiquer la voie aux égarés, pour éclairer les aveugles, pour guérir les malades, ne leur ont certainement pas parlé selon leurs opinions du moment mais selon la manifestation de la Vérité. Si des « aveugles » étaient sur le point « de tomber dans un précipice », aucun homme, quel qui soit, n’agirait bien en les exhortant à continuer une route si périlleuse, comme si c’était là le droit chemin qui devait les conduire avec bonheur au terme. Et quel médecin, pour guérir un malade, se conformerait aux désirs du patient plutôt qu’aux règles de la médecine ? « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin mais les malades : Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs à la pénitence. » (Lc 5, 31-32)Comment les malades se rétabliront-ils ? Comment les pécheurs feront-ils pénitence ? Est-ce en persévérant dans le même état ? N’est ce pas, au contraire, par un grand changement qui les ferait sortir de leur condition première, laquelle comportait pour eux une maladie des plus graves et beaucoup de péchés ?

« L’ignorance, mère de tous ces maux, se chasse par la connaissance. Le Seigneur donnait donc « la connaissance » à ses disciples, guérissant par elle les malades, dégageant par elle les pécheurs de leur péché. Ce n’est donc pas dans le sens de leurs conceptions premières qu’il leur parlait ni selon les idées de ses interrogateurs  qu’il répondait, mais, au contraire, selon la doctrine du Salut, sans hypocrisie, sans acceptation des personnes » (A.H. III,5,2)

Cette attestation du Père à laquelle les Apôtres se consacrent n’apporte le salut qu’en contestant un monde qui conteste les témoins de la Vérité, et cela jusqu’à la persécution : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole la vôtre aussi ils la garderont. Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé » (Jn 15,19-21).

Dans un autre texte saint Irénée souligne combien la confession de foi se consomme dans le martyre : « Ceux qui ont livré leur vie jusqu’à mourir pour l’Evangile du Christ, comment auraient-ils pu parler « dans le sens des idées reçues » chez les hommes ? Certes, s’ils l’avaient fait, ils n’auraient pas souffert. Mais précisément, parce qu’à des hommes qui n’adhéraient pas à la Vérité, ils ont prêché le contraire de leurs idées, ils ont dû souffrir la mort. Il est donc manifeste qu’ils n’abandonnaient pas la Vérité mais qu’ils parlaient en toute hardiesse aux Juifs et aux Grecs » (A.H. III, 12,13) Il y a uns structure trinitaire dans la vérité chrétienne. Celle-ci est un témoignage qui peut aller jusqu’au don du sang. Elle fait courir des risques et n’est pas, dit Saint Irénée, une doctrine au sens ordinaire du mot. Irénée ironise au sujet des gnostiques en déclarant « leur vrai témoignage, à les en croire, c’est leur doctrine ».

Le témoignage apostolique conteste le monde pour le guérir et le sauver. Il met en cause ses auto-justifications cultuelles pour juger et les transfigurer la culture dans lequel les hommes vivent. C’est finalement pour révéler le mystère de Dieu et que pour les choses soient dans la vérité que la vie apostolique et évangélique est tournée vers le monde pour le sauver. Elle doit juger au sens johannique du terme pour anéantir ce qui est fermé à Dieu

(Extrait du livre : L'Eglise, lumière dans notre nuit.( page 48-51). Parole et Silence )

 

 

 

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