Année B

Quatorzième dimanche du temps ordinaire

Ezéchiel 2, 2-5 2 Corinthiens 12, 7-10 Marc 6, 1-6

 

Il y a dans l’évangile des paroles étranges qui sont pourtant dans le cœur même du mystère du Christ : « Il ne put accomplir aucun miracle ; il guérit simplement quelques malades en leur imposant les mains. Il s’étonnait de leur manque de foi ». Jésus-Christ s’étonne qu’on ne le reconnaisse pas. Il s’étonne que ceux de son pays ne voient pas ce qu’il est à travers tout ce qu’il fait. Dans sa ville, Jésus-Christ rencontre l’opposition, il rencontre l’incompréhension : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est la sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est ce pas le charpentier le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude, et de Simon ? » Il se passe un scandale pour eux, il n’ y a pas d’autre mot. Cet homme qu’ils ont connu depuis son enfance est soi-disant un prophète qui parle avec autorité, et avec une autorité qui s’impose fortement et qui enseigne de façon toute nouvelle des hommes bien engagés dans le judaïsme.

Le Christ nous révèle la raison de leur hostilité : c’est le fait d’être pris entièrement par le mystère du Père et d’être dans une condition humaine fragile. Le Christ est un homme, un homme comme nous. C’est cela qui met en cause tout le mystère du Seigneur ; ils ne veulent pas reconnaître dans cette faiblesse, la réalité même du mystère de Dieu sauvant les hommes par faiblesse, venant vers eux et venant triompher au milieu d’eux de leurs propres faiblesses.

La faiblesse de Dieu, c’est la force de Dieu. La faiblesse de Dieu, c’est le mystère le plus profond qui soit. Notre foi est mise en question par cette attitude « d’où cela lui vient-il ? » Nous savons que Jésus est le Fils de Dieu, nous savons qu’il s’agit de son mystère divin mais il nous faut le reconnaître et le confesser dans la foi et la charité.

C’est ce qu nous dit Paul. Paul a eu une vie tellement exceptionnelle et cependant il porte une écharde en sa chair, sans une doute une maladie. Le Seigneur lui dit qu’il ne l’en délivrerait pas : « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Il est extraordinaire d’entendre cette parole qui résume tout le mystère de Paul. Tout repose sur la grâce que le Seigneur lui donne et tout repose dans la faiblesse dans laquelle se trouve Paul. Il reconnaît qu’il a écrit aux Corinthiens dans une situation de faiblesse, il reconnaît qu’il n’a pas été reconnu dans une telle communauté, mais il en a lui la puissance de Dieu et c’est cette puissance qui triomphe. C’est dans cette faiblesse que la puissance de Dieu se manifeste en lui. Et, c’est de grand cœur qu’il accepte pour le Christ, les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. « Car lorsque je suis faible c’est alors que je suis fort ».

Au cœur de l’évangile, il y a cette acceptation de la faiblesse de la condition humaine, cette faiblesse si déroutante lorsqu’elle est assumée par Dieu.  Elle est déroutante pour nous mais elle nous met devant le mystère de Dieu : le Seigneur nous aime à travers notre faiblesse et à travers notre propre misère. Il nous saisit au creux même de notre misère, il l’a prise sur lui et il en a triomphé.

Nous devons, nous aussi, être forts dans la faiblesse et y découvrir le mystère de Dieu dans sa plénitude qui est cette présence au cœur de la faiblesse du Christ qui va aller à la mort et qui va ressusciter. La faiblesse dont parle saint Paul, c’est la faiblesse qui, dans le Christ, s’est manifestée par la mort sur la croix. C’est là que se dévoile la puissance de Dieu.

Nous avons besoin de recevoir cette puissance au plus profond de nous-même pour être transfigurés par le Seigneur et être transformés dans son mystère. Le Seigneur peut tout en nous. Il peut faire des miracles à travers nos mains ou en nous-mêmes. Ces miracles ne sont que des signes si nous les acceptons dans la foi et la charité. C’est l’enseignement de saint Paul : « Quand je parlerais les langues des anges et des hommes, si je n’ai pas la charité … cela ne sert de rien » ( 1 Co 13, 1-3).

Il s’agit de vivre de l’amour de Dieu et de se laisser prendre par cet amour qui s’est abaissé jusqu’ au  bout, jusqu’au limites extrêmes de l’abaissement, celui de la croix, et qui nous donne de participer dans la joie, à son abaissement.

Nous avons à nous laisser faire par cet invraisemblable puissance de Dieu qui est la puissance de la charité, qui est la puissance de la vérité, et reconnaissant que le Seigneur est merveilleux, qu’il nous apporte au plus profond de nous-même la guérison. Si il y a si peu de miracles, c’est je pense, parce que nous vivons pas au niveau du Seigneur. Mais nous avons à demander plus profondément que cela, nous devons demander la puissance de Dieu pour que notre coeur soit limpide et plein de joie.

Il ne faut pas que le Seigneur s’étonne de notre manque de foi ou plutôt, osons lui dire : « Seigneur, je manque de foi, Seigneur donne-moi la plénitude de la foi ». Nous serons exaucés car le Seigneur ne refuse jamais de donner la foi à qui la demande du fond de cœur. Il veut donner une foi à transporter les montagnes, une foi qui triomphe de toutes les difficultés du monde et qui soit lumière pour le monde. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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