Année B

Douzième dimanche du temps ordinaire

Job 38, 1.8-11 2 Corinthiens 5, 14-17 Marc 4, 35-41

 

Le chrétien est pleinement lui-même que grâce à une totale expropriation de lui-même dans la prise de conscience de sa totale impuissance. « Comment pourrais-je m’enorgueillir que le Seigneur Jésus Christ est mon sauveur » dit Macaire. Cette expropriation seule permet à l’Esprit de devenir en lui le principe de toutes ses actions.

 A mesure que cette influence de l’Esprit s’amplifie, le chrétien prend le goût de Dieu, le sens des réalités divines. Il court cependant le risque de ne pas rester fidèle à son expérience ; aussi doit-il veiller sur elle avec un sens remarquable du discernement des esprits.

« L’esprit est aussi infaillible pour goûter la consolation du Saint –Esprit que le corps dans l’expérience des sens : cependant, l’esprit doit se méfier des illusions du Malin et progresser dans l’expérience du discernement, car le Démon essaie, par le sommeil, de faire oublier à l’âme son expérience spirituelle, mais, une fois éveillée, elle a la fierté de son expérience : avoir triomphé de la torpeur spirituelle. Cependant, la lutte n’est pas achevée pour autant et l‘esprit doit veiller à ne pas être fier de l’expérience de son propre sens. » (Diadoque de Photicé.)

Cette expérience reste, en effet, toujours l’expérience d’une liberté personnelle dans son rapport avec Dieu : le chrétien expérimente d’une part que, Dieu l’abandonne après lui avoir fait goûter sa propre présence, pour lui faire désirer davantage son amour ; d’autre part, qu’il est toujours tenter d’abandonner Dieu. Qui ne connaît les descriptions de la découverte et de la perte du visage de Dieu chez saint Jean Climaque ?

« Lorsqu’une âme qui est à l’égard de Dieu, un petit enfant à l’égard de son père, commence à le connaître par la lumière intérieure dont il éclaire, elle est toute remplie de joie à sa vue, mais lorsque son père s’éloigne d’elle pour un temps, par une sage disposition de sa bonté et de l’amour qu’il lui porte, et que, revenant ensuite, il se montre à elle de nouveau, la voici touchée de joie et de tristesse tout à la fois : de joie parce qu’elle revoie l’objet de son affection et de ses désirs, et de tristesse pour être trop longtemps privée de la vue d’une beauté si divine et si adorable. » (Op. cit. 7,57,68.)

Ce jeu de cache-cache entre Dieu et l’âme se poursuit jusqu’à ce que le désir de Dieu ne soit plus un élan passager, mais une disposition permanente de l’âme toute tendue vers Dieu.

L’expérience accompagne ainsi tout le cheminement de la foi, depuis son début à peine saisissable jusqu’à cette perception indicible, dans laquelle la grâce manifeste au cœur sa présence. Elle traduit le dynamisme de tout l’être dans son orientation vers le Christ, le contact avec Dieu connu et aimé dans la foi. Bref, il s’agit d’une expérience édifiée dans la foi, pour reprendre une formule de Grégoire Palamas, prolongeant une formule de Basile: « Celui-là connaît les énergies de l’Esprit, qui a appris ce qu’elles sont par expérience. »

L’expérience est donc toujours mesurée par l’objet de la foi. Elle consiste, selon une autre formule du grand Cappadocien, à « devenir cela même qu’est l’Esprit duquel on est né » (Mor.80,22.)  

Aussi désigne t-elle l’ensemble des actes par lesquels l’homme se saisit en relation personnelles avec Dieu, la réception toujours intériorisée du contenu de la foi, du mystère de Dieu dans son objectivité même. Loin d’être attention aux mouvements de la sensibilité soulevée par des émotions religieuses ou par des consolations sensibles, l’expérience spirituelle dit fondamentalement renonciation aux appétits du moi psychologique, pour que soient libérées les possibilités réelles de la personne et que lui soient ouvertes les voies de la communication universelle.

(Extrait du livre : Les témoins sont parmi nous (L'expérience de Dieu dans l'Esprit Saint) . Parole et Silence )

 

 

 

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