Dimanche de la Résurrection , année C

Actes 10, 34-43 Colossiens 3, 1-4 Jean 20, 1-9

 

Nous sommes un peu fou ! Pourtant, nous savons ce que nous faisons : nous annonçons la Résurrection du Christ. Il est ressuscité d’entre les morts. Il y a là une folie selon les apparences, car enfin, un homme peut-il ressuscité ? Et sommes-nous, nous aussi, promis à la résurrection ?

Croyons-nous réellement, sérieusement, que de notre corps de chair une fois mort jaillira la résurrection et que nous serons éternellement avec Dieu ? Est-ce pour nous une certitude ? Est-ce pour nous le cœur de notre vie ? Car ce qui éclate aujourd’hui dans l’Eglise, c’est la joie, la joie de la résurrection du Christ, la joie du Christ d’être auprès de son Père qu’il n’a jamais quitté. Celui qui a vécu avec ses apôtres, qui s’est humilié, qui a vécu une vie d’homme semblable à celle d’entre nous, le voilà qui est toujours auprès du Père et désormais « notre vie reste cachée avec lui en Dieu » nous dit St Paul.

Dans les actes des apôtres, Pierre déclare qu’il a été témoin de la résurrection. « .. Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se donner non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons bu et mangé avec lui après sa résurrection d’entre les morts ». Voilà la définition des témoins : ce sont des hommes qui ont vu, qui ont rencontré Celui qu’ils avaient connu durant sa vie, qui est le même et qui n’est pas le même ; il est le même parce qu’il leur explique les paroles qu’il a leur dites durant sa vie terrestre ; et en même temps, il est tout autre, il est enfoui dans le mystère de Dieu, il est désormais dans la gloire de Dieu.

Aujourd’hui nous chantons cette gloire, cette joie. Elle repose sur quelques minces indices. Marie-Madeleine court au tombeau, elle est affolée : il n’y a plus le corps du Christ. Avouez qu’il y a de quoi de devenir fou dans cette aventure ! Elle va chercher Pierre et Jean, les disciples par excellence, ils courent tous les deux, St Jean plus vite, mais il attend Pierre pour entrer : « il entre dans le tombeau et il regarde le linceul resté, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place… Il vit et il crut ». Il n’a pas besoin de plus. Pourtant, le Christ se donnera à voir pour se révéler. Car « jusque là, en effet, les disciples n’avaient pas vu, que d’après les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Le Père, l’a montré, l’a dévoilé. Ce ne sont pas des apparitions au sens où on les entend maintenant, une sorte d’apparition de fantôme ! C’est Dieu qui donne au Christ de se dévoiler pour nous montrer jusqu’ où son amour nous porte, jusqu’où il nous aime. Nous sommes promis à la mort, à la mort la plus certaine, et cependant nous savons que nous sommes promis à la vie, plus encore, à la vie qui est la splendeur de Dieu.

Nous chantons aujourd’hui le triomphe de la vie. Le monde  a été conçu pour que la vie triomphe, non pas cette vie que nous connaissons et sur laquelle nous voudrions  avoir de plus en plus d’emprise, non, mais de la vie éternelle. Croyez-vous à la vie éternelle, à cette vie qui est la vie du Dieu vivant ? Dieu est-il vraiment au cœur  de votre vie, Celui qui l’illumine, Celui que nous touchons au plus profond de notre être et qui nous porte ?

Pour vous, Dieu, est-il vraiment Dieu, un Dieu qui s’est livré, un Dieu qui, en même temps, n’est que joie, paix et miséricorde ? Dieu s’est livré pour nous ! C’est apparemment absurde, vu de l’extérieur, il n’ y a pas de plus grande absurdité que le christianisme, c’est la réalité la plus invraisemblable. On se demande comment deux mille ans après le Christ, il y a des hommes qui croient encore aux Ressuscité, alors que toutes les mythologies montrent les mythes avec quelques analogies mais qui ne sont pas du tout semblables. Il y a l’unité du mystère du Christ, il y a quelque chose d’inouï dans le mystère du Christ. Il est vraiment Dieu, il est vraiment homme ! Une unité, deux natures !

C’est un homme non pas un fantôme. Les disciples ont rencontré un homme avec lequel ils ont vécu, marchant sur les routes, fatigué, contesté, jugé, crucifié ! Il a fallu du temps pour qu’il découvre cet homme vivant. Il est le Vivant par excellence, le Vivant éclatant, de paix et de joie, le Vivant qui dit : « Je Suis ». Un homme qui a eu des paroles étonnantes : « Qui de vous me convaincra de péché ? » et cet homme est mort sur la croix, la mort la plus infâme qui soit. Cet homme est mort et tout a été bouleversé, tout, dans la vie des apôtres a été renversé. Leurs illusions sont perdues. Ils attendaient un libérateur, voilà qu’ils ne voient que le tombeau, vide. Et tout à coup, au cœur de ce vide, apparaît Celui qui a vaincu le monde : « J’ai vaincu le monde » nous dit Jésus.

Chantons l’amour que Dieu nous donne. Qu’il nous donne de faire des gestes fous comme par exemple, s’engager pour la vie soit dans le mariage, soit dans la vie sacerdotale ou religieuse ou pour toute autre engagement que le Seigneur a voulu pour chacun d’entre nous.

Demandons au Seigneur d’entrer dans cette paix, cette joie, cet amour. Nous le savons, les heures les plus pleines dans nos vies sont les heures où l’amour est là, gratuitement, donné, gratuitement, livré.  Croyez-vous à la gratuité de l’amour ? La vie est tellement écrasante que finalement, au bout d’un certain temps, nous n’y croyons plus qu’à peine. Et bien oui, le Christ est ressuscité ! « J’étais mort et voici que je suis vivant » dit le Christ. « Je suis l’Alpha et l’Oméga. Je suis le Principe et la Fin ». A l’origine du monde, il y a un amour qui suscite le monde et la fin du monde, il y a encore un amour infini. « Nous te verrons tel que tu es, Seigneur ». Paul nous dit : « Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire ».

« Recherchez les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre ». C’est que nous faisons si nous confessons le Christ, si nous disons qu’il est notre vie. Il l’est puisque lorsque nous paraîtrons avec lui, il sera en pleine gloire. La résurrection est là, agissante dans nos vies. Je voudrais que vous croyiez que vous ressusciterez et que chaque jour, vous pensiez dix, vingt fois, des milliers de fois que vous êtes promis à la résurrection et que tous les hommes que vous rencontrez sont également promis à la résurrection. Non pas une résurrection dans une vie mortelle mais une résurrection dans l’immortalité de Dieu, dans la lumière de Dieu, dans la plénitude de l’amour de Dieu.

Chantez, chantez votre résurrection ! Nous ne pouvons être qu’action de grâce à travers ce que Dieu fait malgré la souffrance, malgré la misère. Tout, dites-vous bien, tout est traversé par l’amour.

Connaître Dieu. Laissez-vous connaître par Dieu et découvrez que vous avez à approfondir votre connaissance de Dieu. Savoir que dans votre corps agisse la résurrection ! La mort est à l’œuvre, nous le savons : elle est inéluctable et la vie en Dieu est triomphante. Le Christ nous dressera dans la lumière de Dieu, il nous dressera dans la splendeur de Dieu, il nous fera communier ensemble dans la paix et la joie. Je ne connais pas la plupart de vos visages, je les retrouverai transfigurés par la lumière de Dieu, et cela seul importe. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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