Année C

Septième dimanche du temps ordinaire, année C

1 Samuel 26, 2-23 , 1 Co 15, 45-49, Luc 6, 27-38

Il est une humanité chrétienne qui est une tendresse ineffable. C’est la tendresse même de Dieu qui va au secours du pécheur, la tendresse extraordinaire du Christ dans l’Evangile ! Les apophtegmes des Pères du désert sont souvent admirables en ce sens car ils sont remplis d’expérience : Un moine d’un autre monastère vient demander à Barsanuphe : « Que faire lorsqu’un moine se met à dormir à matines ? » et Barsanuphe répond : « Je prends sa tête et je la mets sur mes genoux ! ». Cet homme est un grand ascète, mais quand il s’agit de ses frères, il est d’une tendresse ineffable ! Voilà l’équilibre, d’une dureté invraisemblable à un certain niveau et d’une grande tendresse à un autre. Vous connaissez par ailleurs le mot de Gandhi « dur comme un diamant et tendre comme la fleur de pêcher ». Le problème est d’allier les deux à la fois.

Souvenez-vous de Dieu jour et nuit afin de conformer votre être au Christ. Que tout soit lumière en vous. On dit à propos de Saint Dominique qu’il avait une étoile sur le front. Cette image littéraire signifie que Saint Dominique faisait l’expérience de la transfiguration dans tout son être et à travers tous les évènements de sa vie. La joie et la lumière dans lesquelles il vivait manifestaient la Vérité et la charité de Dieu. Que l’Esprit vous guide et vous oriente vers la Vie, la véritable Vie et que vous habitiez le mystère de Dieu tout entier.

L’expérience  spirituelle se fait dans une communion fraternelle avec l’aide de quelques frères qui, quelquefois sans rien dire, par leur comportement, vous font aller au-delà ce que vous êtes vous-mêmes.

La conscience ne cherche pas ses propres intérêts mais celle des autres : « Aussi je vous en conjure par tout ce qu’il peut y avoir d’appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l’Amour, de communion dans l’Esprit, de tendresse compatissante, mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments : ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts mais que chacun songe à ceux des autres » (Ph 2, 1-14).

La découverte de l’autre est capitale pour la vie fraternelle. Il est bon de dire aux autres leurs qualités, car ils ne les connaissent pas. Vous aiderez beaucoup plus vos frères et vos sœurs en leur faisant des compliments qu’en leur faisant des reproches. Il s’agit de voir les choses dans une profondeur divine. Nous recevons notre vocation des autres. Même pour Paul, il a fallu Ananie ; Paul a vu le Seigneur ressuscité et il a dû passer par la rencontre fraternelle.

Nous devons être les uns pour les autres des épiphanies de l’Amour de Dieu à condition de vivre à une certaine profondeur.

Vous avez une expérience à faire, celle de votre faiblesse. Vous êtes des êtres pardonnés, pardonnez à vos frères, à vos sœurs. La parabole du débiteur impitoyable (Mt 18) est la loi même de l’action de l’Eglise. Celui à qui l’on pardonne pour des milliards et des milliards va prendre à la gorge son frère qui lui doit une centaine de francs. Quand vous êtes pardonnées, pardonnez à votre tour.

Lorsqu’un frère est insupportable, dites-vous bien qu’il est insupportable à lui-même, avant d’être insupportable aux autres. Il a besoin d’être porté comme un malade, quelle que soit sa misère. Il est à l’image d’un fauve qui agresse quand il a peur. Quand vous voyez l’autre agressif, c’est qu’il a des problèmes qui ressortent dans son comportement. Alors soyez plein de compassion.

Dites-vous bien que dans la mesure où vous serez en accord avec Dieu, où vous serez en accord avec vous-même, vous serez en accord avec les autres. Vous découvrirez la communion entre frères dans le mystère du Christ. La communion que peut établir le Seigneur, et dont aucune vie au monde ne donne idée, est une réalité profonde dans la vie chrétienne.

Plusieurs méthodes doivent être conjointes pour rencontrer les autres. Il y a la méthode « épidermique ». Certains appellent charité fraternelle leur incapacité d’être libres et seuls. Il faut apprendre à être seul avec le Seigneur. Cette méthode n’est pas la bonne sous prétexte de charité fraternelle on camoufle sa sensibilité et sa frustration. Plus profondément, il y a la découverte de l’autre par l’extérieur, par ce que je vois de lui. Cette expérience est nécessaire car nous ne connaissons les autres dans la mesure où nous les rencontrons, où nous les découvrons dans leurs soucis, leurs besoins, leurs appels. A ces méthodes doit cependant s’ajouter une réflexion plus profonde pour rejoindre les autres de l’intérieur. Dans la mesure où vous êtes burinés par Dieu, vous êtes plus à même d’aider les autres et de pressentir leurs problèmes mieux qu’ils ne les pressentent eux-mêmes. Après les avoir décelés, vous pouvez les aider à les résoudre. C’est tout le rôle de la charité fraternelle et peut-être de ce qu’on appelait avant la correction fraternelle.

Celui qui a été happé par Dieu d’une façon ou d’une autre peut aider ses frères parce qu’il participe à l’orientation fondamentale de l’autre, au mouvement qui le porte vers Dieu. Pour cela, il faut se situer en profondeur au cœur même du mystère de Dieu.

Quand vous voulez aimer vos frères, ne dites pas : « je vais aimer ». Je ne connais rien de plus atroces que de vielles personnes qui découvrent à la fin de leurs vies qu’elles n’ont jamais aimé. Elles ont souvent fait des efforts héroïques mais rien n’a été mis en place. Elles se sont efforcées d’aimer, elles n’ont pas aimé. Pour aimer, il faut une qualité de regard.

Si vous modifiez votre regard les choses se modifieront. Même votre sensibilité se modifiera. Vous connaissez la formule de Dostoïevski : « Quand je pense à l’humanité je l’aime, quand je vois le visage de mon prochain, je le déteste ». Il ne s’agit pas d’aimer en général. Il faut aimer le visage de ce prochain très précis qui « nous marche sur les pieds » ! Celui qui est chargé de nous faire avancer dans le Seigneur est justement celui que nous n’aurions pas choisi ! Le problème est de libérer en nous l’amour, par delà les déficiences, comme le Christ a aimé jusqu’au bout.

(Extrait du livre : L'Eglise, lumière dans notre nuit. Parole et Silence )

 

 

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