Année C

Sixième dimanche du temps ordinaire, année C

Jérémie 17, 5-8 , 1 Co 15, 12-20, Luc 6, 17-26

Si je ne savais pas que j’ai dans les mains la puissance d’amour de Dieu, la puissance de sa Parole, je crois que je n’oserais pas parler après le texte de l’Evangile.

C’est le mystère de l’Eglise, c’est le mystère du royaume, c’est le mystère du Christ lui-même. « Heureux vous les pauvres, heureux vous qui avez faim, heureux vous qui pleurez ». La vigueur des formules est plus forte en St Luc qu’en St Matthieu, le premier note quatre béatitudes, le second huit. Avons-nous le courage de proclamer qu’il faut tout centrer sur le royaume ?

Ce texte bouleversant nous dit ce qu’est le mystère du chrétien à la suite du Christ.  « Heureux vous les pauvres car le royaume de Dieu est à vous ». Heureux vous les pauvres : est-ce quelque chose que nous acceptons spontanément comme la réalité du mystère de Dieu ? Je pense qu’il y a une façon d’y rentrer, c’est de s’enraciner dans le Christ. « Le Christ est le chemin, la vérité et la vie » nous dit Saint Jean (14,6).

Les béatitudes sont une traduction de ce qui passe dans l’âme du Christ et qui se transpose dans nos propres vies. La splendeur de l ‘amour de Dieu dans le coeur du Christ est la splendeur de l’amour de Dieu dans nos pauvres cœurs humains. Les béatitudes jaillissent au cœur de ce monde de tristesse, de malheur et de souffrance. Le Seigneur n’a jamais biaisé là-dessus et cela nous remplit de joie. Pourquoi ? Parce que le Christ nous a laissé sa paix, sa joie : « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne : je ne vous la donne pas comme le monde vous la donne ». (Jn 14,27). Il nous la donne en effet au moment même où il va vers la croix et la résurrection et finalement quand Jésus nous dit : « Heureux les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous », c’est à la mesure de la découverte de ce qu’est le mystère du Christ pour nous.

Est-il celui qui nous apporte la vie, celui qui nous donne sa propre vie, celui auquel nous nous livrons à notre tour parce qu’il nous aime ? Ma vie est une vie qui répond vraiment à la présence de Dieu, à ce choix que le Seigneur a fait pour moi. La vie, c’est la vie jaillissante de Dieu transposé dans notre monde de mort et de misère qui nous permet de parler en vérité du bonheur.

Les paroles du Christ sont d’un paradoxe inouï quand il nous dit : « Heureux êtes-vous quand les hommes vous  haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable ». Il y a quelque chose d’étonnant qui n’est pas du tout naturel et qui est pourtant le cœur de l’Evangile, le cœur de la vérité chrétienne.

Je ne sais pas si vous avez rencontré des convertis ou des gens qui sont en train de se convertir. Souvent lorsqu’on leur parle des Béatitudes, ils vous disent : mais c’est cela que je sentais depuis toujours, c’est cela que je voulais depuis toujours, c’est cela que mon cœur attendait et qui se dévoile à moi.

Laissez le Seigneur dévoiler en vous son amour, laissez le Seigneur dévoiler en vous le tressaillement d’allégresse qu’il recommande même dans la persécution et qui est la caractéristique même du chrétien.

« Je vous laisse ma paix, je vous laisse ma joie » : ceci suppose de croire vraiment à la résurrection du Christ. Paul nous avertit : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés ». Si nous pouvons proclamer les béatitudes et vivre de l’eucharistie, c’est parce que le Christ est ressuscité. Elles ne sont que la conséquence de la résurrection, elles ne sont qu’un mot qui jaillit, qui se dilate et qui se développe à partir de la résurrection du Christ.

Le Christ est un pauvre, le pauvre par excellence ; lui qui n’a rien possédé, lui qui fut nu sur la croix, abandonné de tous, trahi et qui cependant, au cœur de cette trahison, au cœur de cette mort, au cœur de cette pauvreté, s’est remis entre les mains de son Père et a été délivré par lui : « Père entre tes mains, je remets mon esprit ». Rien n’est plus étonnant que cette remise du Seigneur à son Père. C’est ce que nous avons à faire chaque seconde de notre vie : nous livrer à la volonté du Père, nous livrer à sa volonté qui est une volonté de bonheur. Le Seigneur veut notre bonheur. Il est peut-être étonnant que nous puissions affirmer avec autant d’audace que le Seigneur veut notre bonheur dans ce monde tel que nous le connaissons ; cependant, c’est bien là  la réalité.

Au cœur de notre monde, il y a le Christ ressuscité. C’est lui qui nous libère de nos péchés, c’est lui qui nous ouvre à l’espérance, c’est lui qui nous ouvre les cieux, c’est lui qui nous donne la Vie. Oui, le Christ est ressuscité d’entre les morts, alors tout est possible, nous pouvons être dans l’allégresse et dans la joie.

Paul est l’exemple du chrétien, pris dans et par le Seigneur, choisi par lui, qui répond à sa vocation. Il a découvert au cœur de sa vie, la joie qui peut traverser la tristesse, le malheur, la misère, la souffrance, la maladie et même la mort.

Oui, nous pouvons tout traverser à condition de croire à la résurrection des morts, de croire que Jésus Christ est le premier-né d’entre les morts et que nous sommes tous promis à la résurrection. Notre joie est d’être déjà ressuscité dans la croix du Christ qui nous a pris dans le baptême et qui nous a libérés de tous nos péchés.

S’il n’ y avait que la vie d’ici-bas, nous serions les plus malheureux de tous les hommes. Mais croyez-vous à la résurrection de la chair, croyez-vous à la résurrection de notre corps ? Vous vous retrouverez un jour ensemble dans la gloire pour chanter le Seigneur dans un corps transfiguré par l’Esprit, docile à l’Esprit. La résurrection des corps occupent-t-elle une place centrale dans votre vie spirituelle parce que justement elle commande tout et que tout dépend d’elle ? Si les béatitudes existent, c’est bien parce que le Christ est ressuscité.

Les béatitudes ne son pas un échappatoire, elles ne sont pas non plus une démission devant ce monde, c’est l’éclatement dans nos vies de la résurrection du Christ qui est au cœur de notre vie mais qui n’aura son plein effet qu’à la fin des temps, lorsque le Seigneur nous prendra dans sa gloire pour nous transfigurer.

Demandons au Seigneur d’être notre consolation ; qu’il nous enveloppe de sa miséricorde et de sa paix, qu’il nous rende libres, libres de la liberté des enfants de Dieu, libres de cette liberté de ceux qui se savent dans la main de Dieu. Le Seigneur est vraiment ressuscité et nous le sommes avec lui. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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