Année C

Cinquième dimanche du temps ordinaire, année C

Isaïe 6,1-8 , 1 Co 15, 1-11, Luc 5, 1-11

La parole de Dieu nous met aujourd’hui en face de l’expérience la plus extraordinaire qui soit dans la vie de Pierre, celle de la rencontre avec le Christ, après la pêche, au cours de laquelle il reçoit la mission d’annoncer l’Evangile. C’est en effet, une scène inoubliable et pourtant une scène toute simple que vous connaissez bien. Les pêcheurs ont travaillés toute la nuit, ils n’ont rien pris. Le Christ dit à Simon Pierre : « Avance au large et jetez les filets pour prendre du poisson ». Simon pense que cet ordre est absurde mais « sur ton ordre, je vais jeter les filets ». Ils prennent une telle quantité de poissons que les filets se rompent.

C’est alors au cœur de Pierre un déchirement et un dévoilement ; Pierre tombe au pied de Jésus en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Pierre a compris qu’il se trouve devant la transcendance du Seigneur et il est bouleversé. Il est bouleversé à cause de son péché, à cause de cette distance qu’il y a entre le mystère de Dieu et le mystère de l’homme et remué au plus profond de lui-même, l’effroi le saisit. Et, Jésus, au lieu de le laisser dans cette impression, va lui donner sa mission.

Cette expérience est la même que nous avons dans le texte d’Isaïe. Isaïe rencontre le Seigneur dans le temple, remplie de la nuée lumineuse qui enveloppe la gloire de Dieu. Isaïe se trouve tout à coup au cœur de cette vision qui ressemble étrangement à celle de Pierre. C’est le même mystère dans un climat identique, un climat si je puis dire, de transcendance et d’amour. Le mouvement d’Isaïe est le même que celui de Pierre : « Malheur à moi ! Je suis perdu ». Il est nécessaire de faire cette expérience de la distance entre ce que nous sommes et le mystère de Dieu. Nous sommes petits, humbles et pauvres tandis que la transcendance de Dieu gouverne tout, décide tout, c’est Dieu même. Dieu met beaucoup de condescendance à se pencher sur nous, à nous donner tout, il demeure le transcendant, l’innommable, l’ineffable, l’infini, celui qu est tout. C’est le mystère qui approfondit à la fois la proximité et la distance avec le Seigneur. Il suffit d’une parole du Seigneur pour être en étroite communion avec lui. Isaïe dit : « Je suis un homme aux lèvres impures ». Un séraphin vola vers lui et approcha de sa bouche un charbon ardent pour qu’il puisse s’approcher du Seigneur et entendre ces paroles : « Ceci a touché tes lèvres, ton péché est pardonné ». C’est la même aventure pour Pierre qui se sait pécheur.  Mais la puissance de Dieu se dévoile même au cœur de ce péché lorsque Jésus lui dit, avec si je puis dire, toute la tendresse qui est la sienne : «  Sois sans crainte ».

C’est une expression qui revient toujours lorsque Jésus rencontre un homme : « N’ayez pas peur », « Ayez confiance », « Je suis avec vous ». Ce « Sois sans crainte », formule bien étonnante a bouleversé tant de vie humaines : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras ».

Simon Pierre est un pêcheur sur le bord du lac et voilà que l’horizon du monde se dévoile à lui. Sa mission est d’annoncer le mystère du salut à tous les hommes. Il doit prendre les hommes dans les filets du Seigneur, non des filets qui nous empêchent d’être nous même mais des filets qui nous font appartenir au Seigneur et qui nous donne sa joie. Cette rencontre est étonnante, elle se produit dans chacune de nos vies, d’une façon ou d’une autre, plus ou moins diffuse, plus ou moins profonde, plus ou moins brutale, plus ou moins inopinée, mais elle arrive un jour ou l’autre. Nous avons comme le dit Saint Jean, chacun notre heure fixé par le Seigneur : c’est la grande rencontre, comme celle de Pierre que l’on oubliera jamais. « Tu seras pécheur d’hommes ». Pierre est celui qui prend aux filets toute l’Eglise puis c’est le monde entier qui sera pris dans le mystère de Dieu.

Simon s’est avancé au large et il a pris des poissons au-delà de tout ce qu’il espérait. Cela se joue de la même façon dans la vie de l’Eglise. La grâce de Dieu nous enveloppe et fait que nous pouvons rencontrer le Seigneur. Cela se fait souvent par des chemins inattendus, par des chemins que nous ne connaissons pas. Pierre n’aurait jamais imaginé que ce soit sur le lac de Tibériade qu’il rencontre ainsi son Seigneur. C’est la volonté du Seigneur de lui montrer ce qu’il est, un pécheur pardonné qui va entrer dans le mystère de Dieu pour annoncer au monde le salut.

Paul nous dit cela dans une formule admirable qui semble la plus ancienne du Nouveau Testament : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont morts ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est apparu à l’avorton que je suis ». Le texte dit : « Il s’est fait voir à l’avorton que je suis ..  car moi je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu et la grâce dont il m’a comblé n’a pas été stérile : je me suis donné de la peine pour que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu ». Cette expérience est un peu la même pour Pierre. Le mystère de Dieu, c’est ce mystère de sauvetage  à travers la souffrance,  à travers les difficultés et les misères, à travers la mort. « Qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi ». Remarquez combien Paul s’appuie sur la Tradition. « Avant tout, je vous ai transmis ceci que j’a moi-même reçu ». Il reçoit la Tradition des Apôtres qui ont vu le Seigneur. Et il récite le Credo, sous sa forme la plus simple mais aussi la plus solennelle.

Demandons au Seigneur de le découvrir comme Pierre l’a rencontré, avec la violence de la surprise et la tendresse de la présence. Le Seigneur est là dans nos vies. A nous de le découvrir, à nous d’en faire l’expérience. Que nos vies soient un mystère d’annonce évangélique, d’annonce universelle. Nous sommes faits dans l’unité pour l’universel, pour la vérité dans l’amour.

Demandons au Seigneur que la grâce de Dieu, que nous soyons persuadés que tout vient de la grâce de Dieu. Tout nous est donné gratuitement, tout nous est donné par amour, dans la liberté du Seigneur, dans la liberté de l’amour. Ce que le Seigneur a choisi pour chacun d’entre nous, c’est le meilleur. A nous d’être fidèles. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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