Trente-troisième dimanche du temps ordinaire

Malachie 3, 19-20 II Thessaloniciens 3, 7-12 Luc 21, 5-19

 

Les disciples parlent du Temple, le lieu le plus sacré, le plus solennel qui soit à Jérusalem. Ils admirent la beauté des pierres, les dons des fidèles. Ils admirent le Temple qui est au cœur de l’Alliance et voilà le Christ, dans un paradoxe qui lui est propre, leur déclare : « Ce que vous contemplez des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Le Seigneur est vraiment celui qui met toutes choses à l’envers. Ils renversent toutes nos valeurs humaines. Il nous met, de façon rude, devant notre fidélité à Dieu. L’essentiel est d’attendre le Seigneur, de l’attendre dans la paix, dans l’amour.

Le Christ dépeint cette attente de façon étonnante ! « On portera la main sur vous et on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom ». Le Seigneur ne semble pas étonner de ce qui va arriver à ses disciples ! Leur foi doit passer par l’épreuve et l’épreuve sera terrible. Le Christ ne biaise pas devant les difficultés. C’est un mystère d’engagement dans son propre mystère. Ce qu’il y a d’extraordinaire de la part du Seigneur, c’est sa confiance en nous pour peu que nous nous livrions à la fidélité de la foi. La fidélité de la foi est cette ouverture au mystère de Dieu, à ce jour qui vient, ce jour qui est le jour du Seigneur, ce jour où il reviendra et où toutes choses seront transformées par sa présence. Le Seigneur  ne nous dit pas que tout sera beau et facile comme on voudrait nous le faire croire trop souvent dans le monde. Il dit à ses disciples qu’il leur donne sa joie et sa paix mais qu’il les envoie « comme des agneaux au milieu des loups » ! Il y a quelque chose d’étonnant dans le mystère du Christ : il vient apporter la paix et il vient apporter la guerre. Les deux choses ne sont pas contradictoires. Il divise par le tranchant du glaive de la Parole de Dieu, c’est l’acceptation ou la non-acceptation de notre foi : il n’y a pas de quoi s’étonner ou s’effrayer de cela.

La formule qui revient très souvent dans St Luc est : « Ne vous effrayez pas ! ». « Vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord mais ce ne sera pas tout de suite la fin ». Tenir dans la foi, c’est dans la persévérance que tout nous sera donné. Il y a un mystère étonnant dans le fait que le Seigneur nous conduit sur un chemin que nous ne connaissons pas, qui est le chemin tel qu’Il le trace pour chacun d’entre nous et qui est le sien propre.

Le Seigneur nous engage sur le chemin. Le chemin, c’est lui. Il est « la voie, la vérité, la vie ». Son chemin est un chemin crucifiant et béatifiant. Un chemin crucifiant parce qu’on dira toutes sortes de mal contre nous à cause de sa présence dans nos vies. Un chemin béatifiant parce que le Seigneur nous donne toute sa joie, sa paix, sa lumière. La lumière viendra. Nous sommes dans les ténèbres où déjà la lumière a jailli, où déjà la lumière s’est dévoilée.

Le monde malgré ses déficiences, ses difficultés, sa souffrance, est-il pour vous un monde où la lumière a jailli ? La foi, c’est cela. A travers les limites de ce monde, les finitudes de ce monde, à travers les péchés de ce monde se dévoile le mystère de Dieu. Croyez-vous que le Seigneur peut traverser tout cela, toute notre opacité ? Cette opacité charnelle qui fait que nous ne sommes pas transparent à la lumière ! Les faits terrifiants, nous n’avons pas à nous en occuper. Une seule chose doit nous préoccuper, c’est notre fidélité, c'est-à-dire cet instant où le Seigneur met la lumière suffisante pour qu’on le suive là où il veut. Le Seigneur est un radar qui nous dirige mais il faut lui laisser la liberté pour le faire. « Quand cela arrive-t-il et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » demandent les disciples. « Prenez garde à ne pas vous laisser égarer… Ne vous effrayez pas » répond le Seigneur.

La gloire du Seigneur, c’est cette manifestation que le Seigneur fait de lui en chacune de nos vies et la découverte que réciproquement nous faisons de lui parce qu’il se donne à nous. Nous avons à le laisser faire, à le laisser ouvrir nos cœurs, les débrider si je puis dire, les rendre perméables à ce qu’il est. Une perméabilité qui va jusqu’à la croix et la résurrection. Il faut marcher derrière le Seigneur, alors la lumière jaillira et brillera. Au cœur de nos vies, la lumière est déjà triomphante. Elle a vaincu le monde.

Nous avons à demander beaucoup de foi pour le jour où le Seigneur viendra. Quels que soit les évènements de la vie (et pour un juste, rien ne pouvait être plus extraordinaire que la destruction du Temple), il importe que nous rencontrions le Christ pour de vrai. Je ne sais pas si vous avez pensé à ce qu’ a été la chute de Rome pour un homme comme Auguste qui voit sa ville sombrer tout à coup dans la décadence et la misère ou St Léon Le Grand devant l’occupation des vandales ! Tout cela, c’est le décor de ce monde, ce décor le Seigneur le traverse avec tout son amour. Il s’agit de laisser faire le Seigneur et de l’entendre nous dire « je t’aime ».

Découvrez votre Père céleste qui vous aime et vous a choisi de toute éternité et vous serez transformés. Il y a dans vos vies quelqu’un qui s’appelle le Père, quelqu’un qui s’appelle Jésus-Christ, quelqu’un qui s’appelle l’Esprit Saint. Ces personnes doivent vous être plus proches que ceux avec lesquelles vous vivez quotidiennement. Il en va de l’intériorité de votre vie.  « Ne vous effrayez pas », il faut demeurer. Ce n’est pas facile de « demeurer »  dans la vie quotidienne du monde ; pour cela, il faut que vous ayez le courage de consacrer quelques instants au Seigneur dans votre journée, en pure perte de vous-mêmes parce qu’il nous aime et nous l’aimons.

Ecoutez celui qui frappe à la porte. Ecoutez le bruit de ses pas. Il vient par des chemins que nous ne pouvons pas imaginer mais dont nous comprendrons plus tard la signification. Laissons-nous prendre par le mystère du Seigneur et que ce soient la joie de Dieu, sa paix, sa lumière qui dominent tout, qui enveloppent toute votre vie. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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