Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire

Exode 17, 8-13 II Timothée 3, 14 - 4,2 Luc 18, 1-8

 

Le livre de l’Exode nous montre Moïse en prière pendant le combat du peuple d’Israël contre les Amalécites. Deux sortes d’images nous montrent Moïse intercédant : le bâton à la main et les bras levés. Lorsqu’ Israël est le plus fort, Moïse tient les bras levés et sa fatigue est telle qu’il faut les lui soutenir avec des pierres. C’est une image qui nous montre la puissance d’intercession de la prière.  Sa profondeur est grande car elle est renouvelée par le mystère du Christ. Le Christ prend tout sur lui, il n’a pas besoin de pierres pour le soutenir, il est sur la croix et il triomphe sur la croix.  

Je voudrais insister sur la parabole du juge inique rapportée par St Luc. Vous en connaissez le but ; il faut toujours prier sans se décourager. C’est souvent ce qui nous arrête dans la prière. Nous croyons quelque fois que la prière est facile et que rester une heure en prière ne pose pas de difficultés. J’ai souvent rencontré des hommes qui me disent : « Mais la prière, c’est un refuge ». Je leur ai demandé s’il leur était arrivé de prier une heure ou une nuit ! Ils se rendent bien compte alors que la prière est un labeur immense, une réalité profonde et difficile car il faut attendre dans la prière. Le Seigneur exauce toujours dans la prière. Vous me direz aussitôt que cela n’apparaît pas dans le monde. Nous prions et nous n’obtenons pas ce que nous demandons. Il y a toujours sur la terre guerres, injustice, violence. L’injustice est au cœur de l’homme et se développe dans le monde. Ce n’est pas Dieu qui est responsable de tout cela. Cette situation dans laquelle nous sommes, situation catastrophique, quelque peu apocalyptique, a pour contrepoids la prière. Il ne s’agit pas de casser la tête à Dieu, comme le fait la veuve car cela ne servirait à rien. La parabole veut dire exactement l’inverse. Si le juge inique rend justice à celui qui lui casse la tête, combien plus le Seigneur, au contraire, exaucera ceux qui lui font leurs demandes dans la sincérité et l’humilité.

« Ecoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu’il les fait attendre ? ». Criez vers lui jour et nuit... Le malheur de l’homme est qu’il a toujours tendance à s’installer. Or, pour le Seigneur, il faut accepter de se « désinstaller ». Le Seigneur veut que nous soyons des pèlerins alors que nous voudrions faire de cette terre un royaume définitif. Il nous faut regarder toute chose dans la vérité de Dieu. C’est Dieu qui vient vers nous, qui entre dans nos vies et vient y demeurer. Nous oublions trop souvent cela. Le Seigneur nous trouve tous les moyens  pour nous désinstaller. Il nous demande d’être des pauvres. Qui n’a pas fait l’expérience de la souffrance physique ou morale ne sait pas ce que c’est que prier. Il faut apprendre à prier jusqu’au fond de l’être, jusqu’à ce que notre être soit converti par Dieu, qu’il tienne dans le mystère de Dieu, qu’il soit si je puis dire, toute suspension au mystère de Dieu.

Dieu est l’être auquel nous tenons mais cela demande des exercices quotidiens pour demeurer dans la vérité de Dieu. Alors le Seigneur nous montrera sa justice Nous fait-il attendre ? « Je vous le déclare sans tarder, il leur fera justice ». L’expression « sans tarder » évoque la parole de l’Apocalypse : « Je viens bientôt ». Ce qui importe pour nous, c’est d’être à chaque instant dans le mystère de Dieu et d’y demeurer.

Pourtant le Seigneur nous dit : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ». Cette phrase est bien mystérieuse mais montre cependant que la rencontre avec le Christ exige de l’homme qu’il donne son entière liberté. Cette liberté nous conduit  à une remise toute entière de nous-mêmes dans le Seigneur. Il faut que nous soyons broyés pour que notre cœur retrouve le chemin de Dieu. Et le Seigneur évoque gravement la possibilité de refus ; hélas, l’homme a la possibilité très réelle de refuser Dieu. C’est une mesure d’amour de la part du Seigneur car il veut que nous respirions librement dans son mystère.

Pour recevoir de Dieu son Esprit d’amour, il faut beaucoup prier. Nous recevrons alors le don de Dieu et nous pourrons, comme Paul le demande à son disciple Timothée, annoncer la parole à temps et à contretemps, enseigner, dénoncer le mal, éduquer dans la justice. Nous pourrons surtout attendre dans l’amour la manifestation du Seigneur dans la gloire. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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