Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire

Sagesse 9,13-18 Philémon 9, 17 Luc 14, 25-33

 

La Sagesse ! La Croix ! Les textes de ce dimanche nous mettent devant des réalités contradictoires et pourtant la même visée est au cœur de ces passages de l’Ecriture. C’est la même visée d’abandon au Seigneur. Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre ses volontés ? C’est tout le mystère de l’homme devant son Sauveur qui l’a engagé dans une aventure extraordinaire et le conduit à découvrir sa voie dans la Sagesse du Seigneur.

Car la Sagesse n’est pas une sorte d’attitude compassée ou fermée sur elle, mais une attitude d’ouverture à Dieu. Qui connaîtrait la volonté du Seigneur si Dieu ne lui donnerait la sagesse ? La sagesse est un mot qui ne plait guère, c’est un mot que nous utilisons pas souvent sinon dans certaines formules qui demeurent encore, telles que « le conseil des sages ». Mais ce n’est pas pour nos contemporains une réalité vitale. Et pourtant ! Le sage est celui qui a mis de l’ordre dans sa vie et qui, dans son attitude fondamentale, se trouve tout près du Seigneur.

Mais la vraie sagesse consiste à renoncer à tout pour suivre le Christ. La sagesse que le Seigneur enseigne c’est de le suivre, rien d’autre. La sagesse est de venir à Jésus à la manière du disciple enseignée par St Luc : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple ». La croix est au cœur de toute vie chrétienne et toutes les fois qu’il y a confession de foi dans l’Evangile, c’est pour ouvrir un chemin de sagesse et de vérité, un chemin conforme au dessein de Dieu.« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut pas être mon disciple ». Ce texte peut paraître dur et pourtant il est d’une tendresse infinie car c’est celle du Christ qui a pris notre place, qui est monté en croix par charité et s’est offert au Père pour nous.

Découvrir la sagesse, c’est découvrir ce mystère de mort et de résurrection au cœur de nos vies. Les images du Seigneur peuvent paraître étonnantes : calculer le nombre de pierres pour bâtir une tour, calculer le nombre d’hommes nécessaire à une guerre. Mais l’intention du Seigneur n’est pas là. Pour lui, il faut rentrer dans le mystère de la croix, aller à sa suite si cela nous est donné. Suivre le Christ est un don. Nous ne pouvons pas le créer par nous-mêmes. C’est quelque chose qui est donné. Alors, nous découvrirons que la croix est un joug facile à porter parce que c’est elle qui nous porte. Ce n’est pas un calcul que nous avons à faire. Nous ne gagnerons pas le ciel à la force des poignets, la volonté en ce cas, n’a pas de signification. Ce qu’il faut mettre, c’est l’amour. On n’aime pas par obligation mais parce que c’est donné, parce que nous nous livrons à Dieu et que Dieu se livre à nous.

Préférer le Seigneur. Préférer le Seigneur, c'est-à-dire lui donner toute notre vie, nous engager dans son mystère, lui laisser ouvrir le chemin et le suivre. « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Le chemin de la sagesse est à la fois un équilibre parfait et une tension extrême. Il nous accorde de nous donner tout entiers, librement et transparents à cette lumière.

Le texte de l’apôtre Paul à Philémon nous met devant cette transformation étonnante et mystérieuse que fait le Seigneur. Cette lettre de Paul est un petit billet à l’adresse de son ami Philémon : il lui envoie Onésime qui d’esclave est devenu fils de Dieu lorsqu’il a rencontré Paul. « Dans ma prison je lui ai donné la vie du Christ ». Ce que veut faire Paul, c’est inviter Philémon à donner la même tendresse du Christ et à le considérer et à le traiter comme un frère. « Il l’est vraiment pour moi, il le sera encore plus pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur ». La tendresse de Dieu se traduit pour Paul en traitant Onésime comme « une part de lui-même ». Leur communion est  devenue si profonde qu’il ne lui paraît pas possible que Philémon ne le traite pas comme un frère, sinon Paul aurait préféré le garder à son service auprès de lui. Paul préfère que ce soit la charité qui domine et qui engage tout. 

« Si tu penses être en communion avec moi, accueille le comme si c’était moi ». C’est la merveille ! C’est le tournant de l’Evangile : nous faire choisir le Seigneur et nous donner avec une tendresse infinie pour nos frères. C’est cela la sagesse!

Demandons au Seigneur de découvrir la sagesse de Dieu. Demandons lui que nos vies soient engagées dans son mystère bien plus étonnant que nous ne l’imaginions, qu’elles manifestent la tendresse de Dieu. Ce terme de tendresse désignait pendant un certain temps tous les chrétiens. Il y a un jeu de mots intraduisibles en français. Le mystère du chrétien, c’est d’être toute tendresse pour ses frères c'est-à-dire qu’il les serre sur son cœur pour les offrir au Seigneur. Alors tout devient neuf de la nouveauté de la sagesse divine. Nos frères nous sont donnés comme des cadeaux que nous recevons gratuitement de la main du Seigneur pour vivre de sa paix, de sa joie et de sa communion au-delà de laquelle il n’ y a rien. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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