Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire

Siracide 3, 17-20 Hébreux 12, 18-24 Luc 14, 1-14

 

L’Evangile de St Luc nous met en face de deux petites paraboles du Seigneur qui touchent le cœur même de l’Evangile.

« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi ». C’est un renversement complet que fait le Seigneur. Il s’agit de se mettre à la dernière place. Le Seigneur nous demande de suivre son exemple et dans cette parabole ce qui est en cause, c’est que nous nous mettions aux pieds de nos frères et que nous laissions le Seigneur nous relever. « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Cette formule revient comme une litanie très souvent dans l’Evangile. C’est la loi même de la vie chrétienne, c’est sa structure fondamentale. C’est dans l’abaissement que se fait l’élévation. Et s’il fallait une preuve, il suffirait de prendre l’épître aux Philippiens dans laquelle St Paul nous dit que le Christ s’est abaissé et qu’il a été élevé au-dessus de tout nom.

Le Seigneur nous invite à la générosité du cœur de son Père, invraisemblable, sans faille, désintéressé, totalement donné : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni tes riches voisins ; sinon eux aussi t’inviterait en retour, et la politesse te serait rendue. Au contraire quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux car ils n’auront rien à te rendre ; cela te sera rendu à la résurrection des morts ». Ce qui est important, c’est notre don sans retour, que nous aimions pour aimer comme Dieu aime, sans recherche sur nous-même mais en regardant au contraire le mystère de l’amour qui est un mystère de don toujours plus profond et toujours plus étonnant. Mais cela n’est possible que si nous sommes vraiment humbles et pauvres.

Le mystère du chrétien comme le mystère de l’anawim de l’ancien Testament est de dépendre en tout du Seigneur. « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser ». La maxime est admirable. La grandeur est dans l’abaissement et dans la grâce du Seigneur. La puissance du Seigneur est grande et les humbles lui rendent gloire. Avoir un cœur humble, illuminé, broyé, c’est l’enseignement de toute la Bible. Il faut que le Seigneur nous blesse au cœur pour que nous entrions dans son propre mystère, que nous nous découvrions dégagés de tout pour que le mystère se dilate en nous.

L’oreille de notre cœur doit écouter le mystère de Dieu, il doit être toute présence. « La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui » nous dit Ben Sirac le sage. Mais celui qui est grand, c’est celui qui se fait docile et qui n’est qu’écoute de la Parole de Dieu. Vous connaissez le Serviteur souffrant d’Isaïe qui a ouvert son oreille et qui a entendu ce que le Seigneur lui demande. C’est ce que nous évoque la lettre aux Hébreux en nous rappelant le mystère d’Israël avec ses tribulations et ses difficultés. « Quand vous êtes venus vers Dieu, il n’y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d’obscurité, de ténèbres, ni d’ouragan, pas de sons de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre ».. Venir à Dieu, c’est venir dans la foi à ce mystère du Seigneur qui vient nous chercher dans notre misère. C’est découvrir le Seigneur engagé dans le mystère de l’Eglise qui déborde tout ce qu’on voit d’elle et qui est à proprement parler le mystère de « cette cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux ».

L’Eglise est-elle la réalité fondamentale qui donne vie et sens à tout ce que nous faisons, qui nous engage dans le mystère de Dieu, et qui change toutes nos valeurs, avec au cœur de nos vies les petits, les humbles et les pauvres ? Rencontrer Dieu, est-ce pour nous le même mystère que de rencontrer les hommes rassemblés dans le mystère de Dieu qui n’a qu’un seul but : nous habiter ?


« Si quelqu’un m’aime, moi et mon Père nous viendrons à lui et nous établirons notre demeure ». Quelle merveille ! Dieu vient vers nous pour être en nous, lui le juge de tous les hommes et le médiateur d’une alliance nouvelle ! Dieu vient à nous dans le murmure de sa Parole. Le problème que nous avons tous, c’est de la laisser retentir en nos cœurs, la laisser dévoiler dans la lumière de Dieu en communion avec les justes arrivés à la perfection. Il faut être dans le cœur de Dieu, au cœur du monde.

Si le Seigneur nous demande de choisir pour invités les pauvres, les estropiés, les boiteux, c’est parce qu’il veut nous montrer que nous n’avons rien d’autre à donner que notre pauvreté car c’est Dieu qui nous donne ce que nous sommes. Nous devons donc avoir la même attitude, pardonner parce qu’il nous a été pardonné, aimer parce que le Seigneur nous aime, se donner à Dieu parce qu’il s’est donné lui-même et le faire dans une réciprocité totale.

Nous avons besoin de découvrir que la meilleure place est la dernière. Enoncé ainsi, cela paraît tout simple mais se mettre à la dernière place n’est pas si simple. Il s’agit de l’engagement de tout l’être au plus profond de nous-même. C’est s’engager dans le mystère du Christ, humble et pauvre qui est au service de ses frères, qui s’est mis aux pieds des apôtres et leur a lavé les pieds.

De grâce, laissons la Parole de Dieu pénétrer en nous comme elle n’a jamais pénétré dans notre cœur et triompher de tous les obstacles. Nous serons alors heureux de cette joie même de Dieu. Dans la générosité qui jaillira de Dieu, nous participerons à la joie de Celui qui est proche des pêcheurs. C’est cela la joie chrétienne, c’est s’ouvrir au bonheur que Dieu veut pour nous. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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