Vingtième dimanche du temps ordinaire

Jérémie 38, 4-10 Hébreux 12, 1-4 Luc 2, 49-53

 

« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! ». C’est dans la montée du Christ à Jérusalem que délibérément le Seigneur fait cette confidence. Il est tout orienté vers la passion et vers la croix. Il ne pense qu’au baptême dans lequel il va rentrer, ce baptême qui va être une entrée dans la mort et une entrée dans la résurrection et il lui en coûte d’attendre. C’est ici que nous découvrons la mystère de la conscience du Christ : son désir est d’entrer dans la mort et la résurrection pour nous. Sa seule visée, sa seule orientation est d'entrer dans ce baptême qu’est sa mort. Et c’est à partir de ce moment là que le feu va s’éteindre sur la terre et que le monde entier sera converti par la Parole de Dieu qui sera prêchée jusqu’aux confins du monde. Le Seigneur veut recevoir son baptême, il répond à la volonté du Père jusqu’au bout : aller jusqu’à cette mort tragique. Elle portera du fruit jusqu’à la fin des temps.

Jérémie nous rappelle l’histoire de ce prophète qu’on jette en prison et qu’on accuse de démoraliser le reste des combattants de la ville parce qu’il ne prêche pas ce qu’on attend. Il est jeté dans la citerne et finalement le roi le sauve. La vie du Christ est semblable à celle de Jérémie. Pour le Christ, la mort qui s’annonce est déjà là, toute présente. Auparavant, le Christ ne dit pas qu’il vient apporter la paix mais la division : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». La division ! Pensons-nous que le Seigneur est celui qui divise, celui qui dévoile ce qu’il y a de plus profond en chacun de nos êtres ? Le Seigneur sème la division  car la Parole de Dieu, donc la présence même du Christ est tranchante. Il faut choisir pour ou contre. Il suffit de lire l’Evangile pour suivre cette contestation constante du Christ. Il est traité de fou, il est traité d’imposteur parce qu’il dévoile les secrets du cœur et il dévoile ce qui va se passer.

Dés que le Christ paraît, il nous engage. Il nous engage directement, immédiatement, il nous appelle à nous définir pour ou contre lui. Il n' y a pas d'autre solution.

 « Pensez-vous que je suis venu pour mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». Celui qui dit cela, c’est le Christ qui nous donne la paix à condition d’entrer dans son mystère, de le suivre, et de se donner comme s’est donnée la foule immense de témoins dont parle la lettre aux Hébreux. Nous avons des témoins c'est-à-dire des frères, qui comme le Christ, le témoin fidèle, se sont engagés dans ce mystère de don au Seigneur et qui souvent l’ont payé de leur vie.

Nous sommes entourés d’une foule de témoins que nous ne nous connaissons pas pour la plupart. Nous connaissons les apôtres, les saints qui sont des êtres très proches de notre vie et qui nous entourent. C’est le mystère de la communion des saints, de la communion dans le mystère des saints. La lettre aux Hébreux nous invite à nous débarrasser de tout ce qui nous alourdit c'est-à-dire d’abord des péchés ; « alors nous devons courir l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui à l’origine et au terme de la foi ». Tout est centré sur le mystère du Christ et l’Evangile est la proclamation du Christ qui marche vers la mort et la résurrection en invitant ses disciples à le suivre. La foi consiste à croire mais en s’engageant de tout notre être, de toutes nos forces dans le mystère de Dieu, comme le Christ : « Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l’humiliation de la croix ».

Le Christ a pris sur lui l’infamie de la croix sans en avoir honte mais pour nous sauver. Et l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dicte la seule conduite à suivre : « Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablé par le découragement ». Les chrétiens de ce temps étaient environnés par les difficultés, les mises en questions et disons-le clairement, le martyre. Cela les a menés à la joie et à la paix. Il faut suivre puisque « vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché ».

Le Seigneur nous demande aujourd’hui un engagement de tout notre être qui nous donne la vérité de l’Esprit non pas de l’extérieur mais de l’intérieur. L’Esprit Saint nous dit qu’il ne faut pas nous laisser accabler par le découragement mais découvrir que notre vie est enclenchée dans le mystère du Christ. Nous avons tous à devenir des frères, une unanimité de témoins, des frères qui témoignent jusqu’au sang.

Nous avons à prendre conscience que le Seigneur divise parce qu’il nous faut choisir. Sa parole dévoile le secret des cœurs et la première qui en fait l’expérience, c’est Marie à la Présentation au Temple. A sa suite, nous avons à nous laisser dévoiler par l’intériorité du mystère du Christ en nous. C’est le Christ vivant qui vient en nous, c’est lui qui nous conduit par une règle extérieure mais par l’amour. Notre joie est de suivre la voie du Seigneur comme des brebis entendent la voix de leur berger. Ecoutons le Seigneur et laissons- le faire.

La croix est un retournement : cet aspect est particulièrement évoqué en St Jean. La croix devient la gloire, la croix devient la joie, le triomphe suprême parce que le Christ nous aime. Que d’auprès de Dieu le Christ nous dévoile son propre mystère et qu’il intercède pour nous afin que nous ne soyons pas accablés par le découragement ! Regardons le Christ crucifié, le Christ glorifié, il fait pour nous des merveilles d’amour. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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