Seizième dimanche du temps ordinaire

Genèse 18, 1-10 Colossiens 1, 24-28 Luc 10, 38-42

Anniversaire de sacerdoce du Père Le Guillou ( le 20 juillet 1947)

Tout à l'heure, j'ai lu une deuxième oraison pour rappeler l'anniversaire de mon ordination. Un prêtre, c'est un homme qui n'a rien dans les mains, si ce n'est le mystère de Dieu que le Seigneur lui a donné pour qu'il l'annonce à ses frères. Il annonce, ce faisant, la Parole, et il prend dans la joie ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans sa propre chair.

Un prêtre n'a rien dans les mains, absolument rien, et il ne peut rien avoir parce que le Seigneur lui donne la plénitude qui est le mystère de Dieu offert à tous les hommes. Quand je regarde ma vie, après tant d'années de sacerdoce, je pense que je n'ai toujours rien dans les mains et je ne souhaite qu'une chose: n'avoir jamais rien dans les mains.

Je souhaite, du plus profond du coeur la croix et la gloire du Christ. Le mystère de l'apôtre est le mystère d'annonce de la Parole de Dieu qui pénètre les coeurs, les bouleverse, les transfigure, les met au contact d'un monde nouveau. C'est aussi une participation aux épreuves du Christ.

St Paul est contesté, il est mis à l'épreuve, il souffre. Mais ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, il l'accomplit dans sa propre chair pour son corps qui est l'Église. C'est avec la croix du Christ qu'il annonce la Parole vivante, celle qui emplit toutes choses, celle qui est le mystère caché à toutes les générations et qui, maintenant, est annoncée aux hommes. Annoncer la Parole de Dieu: il n'y a rien d'autre à faire et je n'ai à me glorifier de rien si ce n'est de la puissance de la Parole de Dieu qui passe par ma bouche, si ce n'est de cette Parole qui va traverser les coeurs pour les amener au mystère de Dieu.

Rien ! Nous n'avons rien. Il faut souhaiter que nous comprenions toujours davantage que nous n'avons rien mais que nous avons tout dans la Parole de Dieu. C'est ce que nous dit St Luc. Marthe et Marie accueillent chez elles le Christ. Marthe se laisse accaparer par les multiples occupations du service, elle intervient auprès du Seigneur pour lui dire: " Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma soeur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider ". Nous saisissons ces paroles comme un reproche et nous sommes quelquefois scandalisés en nous disant que le Seigneur est bien dur pour Marthe:

" Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part: elle ne lui sera pas enlevée ".

Une seule chose est nécessaire, c'est celle dont disposent les chrétiens et les contemplatifs: la Parole de Dieu. Voilà pourquoi cet absolu de la Parole de Dieu est signifié par Marie aux pieds du Seigneur. Elle reçoit la plénitude de cette Parole, elle la reçoit par l'Église ; il n'y a pas besoin de se préoccuper, il ne faut pas s'agiter; il ne s'agit pas de reprocher quelque chose à Marthe, il s'agit de découvrir du fond du coeur que la Parole de Dieu est vitale pour tout homme.

Je n'ai rien dans les mains. Mais si vous êtes profondément chrétiens, vous aussi, vous devez ne rien avoir de plus dans les mains. Encore plus si vous êtes religieux ou religieuses, c'est-à-dire si vous vous êtes engagés de manière radicale dans le mystère de Dieu. Le mystère des contemplatifs est de recevoir la Parole de Dieu dans toute son amplitude: se laisser imprégner de la Parole qui n'est pas inquiétude mais paix.

" Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée " : entrez dans le mystère de la Parole crucifiée qui est la Parole ressuscitée, cette Parole cachée dès avant la fondation du monde. La seule chose que nous ayons à faire, c'est écouter la Parole et la laisser fructifier dans nos vies. La Parole de Dieu peut fructifier à l'infini. Vous ne savez pas ce que la Parole de Dieu peut faire dans vos vies. Elle peut tout bouleverser, elle peut tout transformer, elle peut tout rectifier: elle est toute-puissante.

La Parole de Dieu a la plénitude du Ressuscité. Lorsque j'annonce l'Evangile, je sais que dans ma parole passe la plénitude de la puissance de Dieu. Lorsque vous chantez le Seigneur, c'est la plénitude de la Parole de Dieu que vous accueillez et recevez en même temps : il faut s'y ouvrir toujours davantage. Le Seigneur nous met en communion réciproque pour que la Parole explose dans la vie de chacun d'entre nous.

" Ma soeur me laisse seule à faire le service "

Qu'importe ! L'important est, à l'image du Christ, de se nourrir de la volonté du Père. Il est urgent de se situer dans la totalité du mystère de Dieu. Il n'y a, dans la bouche du Christ, aucun mépris pour le service mais simplement une remarque pour l'agitation. Le Seigneur refuse que nous nous laissions agiter, ballotter. Il nous veut libres, libres dans la puissance de Dieu, libres dans la liberté de Dieu, libres dans l'amour de Dieu. Une seule chose est nécessaire. Je n'ai rien dans les mains; que vous n'ayez rien dans les mains: c'est le souhait que je vous fais. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

 

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