Dixième dimanche du temps ordinaire

1Roi 17,17-24 Ps 29 Galates 1, 11-19 Luc 7,11-17

LA VIE DIVINE PLUS FORTE QUE LA MORT

Posons-nous la question honnêtement : croyons-nous à la Résurrection du Christ ? Pourquoi tant d’hommes restent-ils encore insensibles à cette irruption de la vie divine dans le monde ?   

Quelles objections allons-nous rencontrer ?

  1. Pour ceux qui ne veulent pas l’admettre ou qui ne peuvent pas en vivre pleinement,  la Résurrection est un reliquat d’une mentalité un  peu infantiles. Avec tous les progrès de la science, on sait très bien que ce n’est pas démontrable. C’est quelque chose mise dans la tête alors qu’on était enfant et que l’on garde comme on garde des rêves d’enfance
  2. Pour s’autres, cela peut être une envie de transformer le monde d’un coup de baguette magique en disant : pour le moment cela ne va pas très bien mais  ne vous inquiétez pas, un jour cela ira mieux. Dans le même sens, certains disent : en croyant à la Résurrection, vous vous consolez à bon compte de ce qui n’existe pas maintenant ! Pour d’autres aussi, c’est  une évasion d’une condition humaine qui bute finalement contre ses propres limites.

Cela mérite que nous demandions l’aide du Saint-Esprit pour que nous priions davantage le Christ ressuscité et que nous en vivions davantage. Car il y a   une soif chez nos contemporains ;  s’ils ne s’abreuvent pas à l’Eglise, ils iront chercher ailleurs parce qu’ils ont  besoin de sécurités et recevront de fausses au lieu d’avoir la pleine lumière de la foi chrétienne, avec ses exigences certes  mais avec la vraie lumière. Quand on écoute la Parole de Dieu dans l’Esprit-Saint, on mesure de plus en plus que la vie inaugurée par le Christ ressuscité  n’est pas une vie qui supprime toute action personnalisante. Car les  gens ont souvent peur –et nous aussi-de perdre notre personnalité, ce à quoi nous sommes tellement attachés ! Au contraire, il s’agit une vie triomphale dans un monde dont on mesurera de plus en plus les limites.

Vivre de la Résurrection ne veut pas dire s’évader, cela veut dire au contraire souffrir des limites de ce monde. Nous verrons combien la résurrection est vraiment l’éclosion d’une vie triomphale. En affirmant que nous vivons de la vie du Christ ressuscité, nous affirmons que notre vie ne sera pas pour toujours affrontée à l’incessants obstacles, mais que  notre vie sera comblée par la vie même de Dieu, car la rencontre avec Dieu est d’abord communication de son amour en ensuite plénitude d’action. Quand nous adorons le Christ dans l’Eucharistie, nous savons, pour autant que nous nous laissions faire par la grâce du Seigneur qu’Il renforce ce lien personnel mais sans  nous centrer sur nous. Bien au contraire, Il nous ouvre aux autres, Il nous ouvre à la plénitude de sons action dans le monde. La vie de se définit pas seulement comme une lutte face aux différentes finitudes : elle les dépasse. Seulement il faut faire le chemin que font tous non contemporains, et il faut accepter de regarder, pour les offrir au Seigneur, toutes les limites de la condition humaine. Et il est bon de voir que la Parole de Dieu elle-même ne biaise pas avec ces limites de la condition humaine, elle ne biaise pas avec l’angoisse, la souffrance, la mort :

« Un sort pénible a été fait à tous les hommes, un joug pesant accable les fils d’Adam, depuis le jour qu’ils sortent du sein maternel jusqu’au jour de leur retour à la mère universelle. L’objet de leurs réflexions, la crainte de leur cœur, et l’attente anxieuse du jour de leur mort. » ( Ecclésiastique 40,1-2)

Ce cri de la Bible reprend à son compte tout le cri de ceux qui ne croient pas et  qui le crient au monde. Nous en avons de multiples exemples soit  des personnes qui viennent  s’adresser à nous, soit certains auteurs de la littérature dont certains extraits sont parlants. Soit nous sentons une immense lassitude, soit nous sentons aussi une grande indignation, quelquefois une révolte, une incompréhension et nous comprenons pourquoi certains auteurs modernes se sont abaissés jusqu’à faire des réflexions atroces, telle celle de Tourgueniev qui livre bien la détresse de l’homme sans Dieu :

« J’ai pitié de moi-même, des autres, de tous les hommes, des bêtes sauvages, des oiseaux, de tout ce qui a vie. J’ai pitié des enfants et des vieux, des malheureux et des heureux de ce monde. J’ai pitié de heureux plus que des malheureux. J’ai pitié des chefs de guerre triomphants, des grands artistes, des penseurs, des poètes, je plains l’assassin et sa victime. La laideur et la beauté nous font pitié, l’opprimé et l’oppresseur. Que ferais-je pour me délivrer de cette pitié ? C’est par elle que vivre me devient impossible. Par elle, et puis pour mon ennui ! Oh, mon ennui, tout macéré dans la pitié ! L’homme ne saurait descendre plus bas. Je préfèrerai être jaloux, oui certes, être jaloux ! Mais je le suis : j’envie les pierres. »

Il faut réaliser que beaucoup de nos contemporains en sont là et qu’être sans Dieu, c’est envier les pierres ! Car la condition humaine vue sans Dieu est tragique. Combien nous avons l’occasion de faire un constat de vie manquée par suite de circonstances malheureuses qui ont pu compromettre un développement  spirituel. Des vies broyées aussi par toutes sortes de causes, de liens d’affection brisés !

Et l’humanité oscille entre un réalisme terribles, destructeur finalement de toute liberté et un idéalisme de pureté totale. L’humanité se voit alors contrainte soit d’opter pour un royaume mais qui est une évasion, un rêve quand on est sans Dieu, soit au contraire se laisser écraser par une chape de plomb, une chape de malheur.

Si  nous méditons la vie terrestre du Christ, nous voyons qu’il n’a pas échappé, dans son humanité, aux  limites de la vie terrestre. . Et pour saisir justement le réalisme de la Résurrection  -qui est un fait parce que c’est un évènement- il importe de voir à quel point  Jésus a assumé toutes les réalités de la vie terrestre. (....)

Le mystère de la Résurrection est venu se couler dans une existence humaine et dans un dénuement tellement réel que souvent, nous n’aimons pas jeter les yeux dessus car nous sommes trop peu empreintes de la puissance du Saint-Esprit alors que la grâce de Pâques éclate sans cesse en nous. Tout d’un coup, avec cet évènement de la Résurrection, celui qu’on a bafoué, celui qu’on a crucifié est élevé à la dignité du Vivant victorieux de la mort :

« Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous,  vous avez crucifié. » Ac 2,36

« C’est lui que Dieu a exalté par sa droite le faisant chef et sauveur, afin d’accorder par lui à Israêl, la repentance et la rémission des péchés. » Ac 5,31

Finalement, qu’est-ce que notre foi ?  Notre foi au Christ est essentiellement la foi en cet évènement, c’est-à-dire la foi en l’état du Christ ressuscité glorieux où il demeure pour toujours. Cette foi au Christ ressuscité élargit d’une façon incroyable les perspectives de l’humanité, de notre monde. Si nous sommes en buttes aux limites, nous comprenons qu’elles sont passagères. Il faut que cette certitude emplisse notre cœur. Si nous sommes amenées à communier aux souffrances du Christ, c’est pour pouvoir communier à la joie de la Résurrection et cette foi au Christ ressuscité nous amène à vivre dans une espérance invincible. Sommes-nous en certains et incarnons-nous vraiment ce véritable renouveau de la vie ?

 

(Extrait du livre : Le sens de notre vie Parole et Silence )

 

 

 

[Accueil] [Prier par son intercession] [Récollection-Pèlerinages] [Ecrits, Etudes] [Une vie pour Dieu] [Lire la Parole]


© 2003, L'Association "Père Marie-Joseph le Guillou o.p."